ETTRK CXIII
Monsievh,
Vous in’auicz asseuré que ie n’aurois pus esté en ce lieu trois semaines, que j’y passerois bien le temps : et il y en a plus de six que j 'y suis, sans que ievoye l’elTet de vostre prédiction. le vous supplie tres-buriiblement de me tenir vostre parole, en me donnant le contentement que vous m’auez promis ; et de m’en enuoyer de là oii vous estes, puis que ie n’en puis trouucr icy. le vous ay si bien seruy à mon abord, que vous estes obligé de ne me pas refuser ce secours. Car il faut que vous sçaehiez , (|ue ie vous ay ressuscité dans l’opinion de tout le monde , et que vous n’auiez point icy de parons, ni d’amis, qui ne vous creussent mort dés l’Automne passé. ■S’il vous semble. Monsieur, que ce seruice soit imporlant, et qu’il mérité d'estre reconnu : il ne tiendra qu’à vous, que vous n’en fassiez autant pourmoy, et que vous ne me rendiez la vie, dontie puis ilirc que ie ne jouis pas icy. Il ne faut, pour faire ce miracle, qu'vue de vos lettres, et vne asseuranec «[uc j'ay tousiours riionncnr d'esirc aymé de ^ous. Si l'afl'eclinn que vous me lesmoignastes à
LETTRES
mon départ n’est pas tout à fait perdue, vous ne me refuserez pas cette grâce : mesmement ayant à vostre besoin vn si bon Secrétaire que celuy dont vous auez accoustumé de vous seruir. l’ay sceu que vous m’auez fait l’honneur de boire à ma santé. Mais en l’estât où elle est, il faut de plus forts remedes que celuy-là pour la remettre : et il n’y a gueres que de vous que j'en puisse attendre. Mais selon que vous aimez tout ce qui vous appartient , et qu’il me souuient de vous auoir veu protéger autrefois vos sujets : ie croy que vous ne m’abandonnerez point, moy qui suis le vostre autant que si j’estois né dans vostre Bourg des Essars, et qui fais profession d'estre particulièrement,
Moksibvb, Voslre.ele.
A MADEMOISELLE DE RAMBOMLLET.
LETTRE CXIV
Madeuoisklle,
11 faut auoüer que ie suis de bonne amitié. l’ai regret de ne vous point voir, comme si j’y perdois quelque grande chose, et ie m’imagine que ic ne passe pas si bien le temps icy que, lors que j’auois l’honneur d'estre auprès de vous. Amiens en vostre absence, me semble moins aimable que Paris : et pouuant tous les iours voir des Dames qui parlent picard admirablement, ie ne m’en tiens pas plus heureux pour cela. La conuersation de Monsieur le Duc de G***, de .Monsieur de T”*, et de Monsieur de N**' que ie rencontre icy par tout, n'a rien de charmant pour moy. 11 m’arriue mesme quelquefois de m’ennuyer d’estre trois heures de suitte dans la chambre du Roy : et ie ne prens pas plaisir de m’entretenir auec Monsieur Libcro , Monsieur Compiegne, et vingt autres honnestes hommes que ie ne connois point, qui m’asseurent que j’ay vn bel esprit, et qu’ils ont veu de mes oeuurcs. J’ai veu aujourd’huy sa Majesté jouer au Hoc toute l’apresdinée, et ie n’en suis pas plus gay : et allant réglément trois fois la semaine à la chasse du Renard, ie n’y ay pas vne extrême joie , quoy qu’il y ait tousioui's cent chiens, et cent cors qui font un bruit épouuantable, et qui vous entre terriblement dans les oreilles. Enfin, Mademoiselle, les plaisirs du plus grand Prince du monde, ne me diuci lissent pas : et quand ic ne vous vois point, les
DE MONSIEVR DE VOITVUE
delices de la Cour n’ont rien qui me touche. Vous estes sans mentir , ingrate , si vous ne me rendez la pareille. Mais , défiant comme ie suis, j’ay peur que vous ne preniez quelquefois plaisir auec Madame la Princesse, et Mademoiselle de Bourbon : et peut-estre que depuis que vous estes à Grosbois, vous n’auez pas souhaitté cinq ou six fois d’estre à Amiens. Si cela est, au moins, pour me recompenser d’ailleurs, faites s’il vous plaist, que leurs Altesses me fassent l’honneur de se souuenir quelquefois de moy, et que ie ne sois pas moins considéré d’elles, pour estre en vn lieu où ie vois deux fois tous les iours le Roy et Monsieur le Cardinal. le vous asseure pourtant , Mademoiselle , que ie n’en sçay pas plus de nouuelles pour cela : et c’est la cause que ie ne vous en mande point. Monsieur Fabert arriua icy hier au matin, auec ordre à nos Generaux de ce qu’ils ont h faire. Il m’a dit que Monsieur Arnaut a fait rage des pieds de derrière en vn combat qu’il y a eu prés de Lille ; et Monsieur le Mareschal de Brezé l’a escrit au Roy, à ce que m’a dit Monsieur de Chauigny. Le bruit court icy, que nos armées reuiennent , et que nous ne reuiendrons pas si tost. Soyez-en faschée, ie vous supplie : et faites-moy l’honneur de croire, que ie suis de tout mon cirur autant que ie dois.
Mademoiselle , Voslre , elc.
A Amiens le 10 Septembre I6lü.
A MONSEIGNEVR LE CARDINAL MAZARIN
LETTRE CXV
Moxseigxevb,
l’ay appris par vne lettre de M. de V. la grâce qu’il a plù a vostre Eminence de me faire , et auec quelle bonté, et quels tesmoignages
de bien-veillance elle m’a fait accorder Puis que ie connois par
là. Monseigneur, que dans les plus importantes affaires, V. E. ne laisse pas de se souuenir de ses moindres serviteurs ', et qu’en faisant de plus grandes choses, elle ne négligé pas les plus petites : ie croy qu’elle n’aura pas désagréable la hardiesse que ie prens, deluy rendre les tres-humbles grâces que ie luy dois, et qu’elle daignera prendre la peine de lire la protestalion que ie lui fais icy, qu’outre le respect et la vénération que nous deuons tous à vne i)crsonne,
LETTRES
(|iii a acquis et acquiert tous les iours tant de gloire à cét Estât, j'atiray tuusiours vue passion tres-particuliere de testnoigiier par toutes les actions de ma vie, que ie suis,
Vostre, etc.