A MADEMOISELLE SERVANT
l’vne des Filles de son Altesse Royale.
LETTRE CXVH.
Mademoiselle,
Vous que j’ay tousiours trouuce si éloquente, aidez-moy, ie vous supplie, à rendre les remerciemens que ie dois à la plus belle et à la plus genereuse Princesse du Monde, le suis, sans mentir, comble de ses bontez ; et j’auoüe qu’il n’y a rien sous le Ciel de si charmant, ni de si aimable, que la Maistresse que vous seruez. l’ay pensé dire, que nous seruons : et en vérité, il n’y a rien que ie ne donnasse volontiers pour pouuoir parler ainsi. Dés la première fois que ie l’oüis, ie jugeay d’abord, que de tous les esprits du monde, il n’y en auoit pas vn si grand que le sien. Mais le soin qu’il luy a plA auoir de moy, m’estonne sur toutes choses ; et ie ne puis assez admirer, (|u'en mesme temps qu’elle a de si grandes pensées, elle en ait aussi lie |)ctiles, et qu’vn esprit qui est d’ordinaire si haut, puisse descendre si bas. Au reste , les pastilles que l’on m’a données ce matin , ont fait en moy vn effet merueilleux : et si ce n’est qu’elles ayent touché la main de son A. R., ie ne vois pas d’où peut venir ce miracle. Pour auoir baisé seulement le panier où elles estoient, ie me trouue beaucoup mieux. Ce me sera toute ma vie vn contrepoison contre toutes sortes de maux : et hors vn , ie n’en sçache point , dont vn si agréable remede ne me puisse guérir. De peur que vous cherchiez trop curieusement celuy que J'entends, il vaut mieux que ie m’explique , et que ie vous die que c'est le regret de ne la voir pas assez, et d’estre destiné à viure loin de la seule personne, qui mérité d'estre seruie. Si vous le voulez bien considérer, ce mal là est plus grand que tous les autres : et il est bien difficile d’estre honneste homme, et de n’en pas mourir.
LETTRES
A MONSIEVR LE COMTE DE GVICHE