AV MESME LETTRE CXXVI
Monsievb ,
le voulois rompre pour quelque temps, le commerce que j’ay aiiecque vous : et en vne saison où l’on doit faire penitence, ie faisois scrupule de me trouuer à ces grands festins que vous me faites. Mais apres auoir beaucoup souffert, j’ay connu que ie ne m’en pouuois passer, l’ay demandé dispense de receuoir de vos lettres, et l’on me l’a donnée. Pour vous, vous pouuez sans scrupule receuoir ce que ie vous enuoye. A peine ay-je de’quoy vous faire vne legere collation. Au lieu de ces multos trilibres que vous me présentez, ie n’ay que des Tiberinos catilloncs, qui ne font que lécher les boixls du Tybre, et se nourrissent du limon du pais Latin ,
Postquam exhaiistiim est nostruœ mare.
Encore n’en auray-ie pas pour ce coup pour faire vn plat : et ie ne vous seruiray que des legumes.
Impune te pascent oliuæ,
Te cichorra, leuesque maluæ.
11 faut que vous vous accommodiez à cela, le ne puis pas faire da-
(I) Guillaume Girard, archidiacre d’Angoulcmc. Celait l’ami intime de Balzac.
UE MONSIEVR DE VOITVRE
iiantage. le n’ay pas ces grands parcs , ni ces pais que vous auez à chasser. Horlulus hic, etc. vnde epulum possis salis dare Pythagoreis. Il vous souuient bien de ce Cecilius, Atreus cucurbilarutn. le seray contraint de faire ainsi. Car pour vous dire le vray, mon fonds est épuisé ; et
Mihi omno penu ex fundis amicorum hic affertur.
Vous autres Piscinaires ( Cicéron appelle ainsi ie ne sçay quels riches de son temps escriuant à Atticus ; )
Quantum Piscenarij mihi inuideant, alias ad te scribam.
A vous autres, dis-je, il vous est bien aisé de trailter vos amis. Vous n’auez pas besoin pour cela de faire les efforts que nous faisons.
Nec seta longo quærit in mari prædam.
Vous auez tousiours des reseruoirs tout pleins.
Piscina rhombum pascit, et lupos vernas.
Vous n’auez qu’à siffler.
Natat ad magistrum delicata murena. ^
On ne vous sçauroit iamais surprendre , vous cui est varius penus, ou varia, si vous voulez, ou varium, ou penum, ou penu. Ce drolelà est plaisant, il est de tous les genres, il sc fourre presque dans toutes les déclinaisons, et est indéclinable quand il luy plaist. Moy qui suis de ceux, quibus sunt verba sine penu et pecunia, ne trouuez pas estrange que ie me trouue estonne. Voila ce que c’est, de faire de si grands festins à vos amis. Cela est cause que l’on ne vous les peut rendre. Encore pour me mettre plus en peine , vous m’amenez Monsieur de Balzac , le plus friand , et le plus délicat homme du monde, qud tmindilià, quü elegantiû hominetn ! \c m’estois accoustumé à vous , et peut-estre aussi l’estiez-vous à ma table : mais elle ne peut pas receuoir vn suruenant comme cela,
ingentem non sustinet vmbnim.
Sans mentir, en vous voyant tous deux , vous m’auez fait souiienir de lupiter et de Mercure, quand ils furent embrasser le panure Philemon : et cela soit dit pourtant sans vous offenser ni l’vn ni l’autre , car toutes compar.iisons sont odieuses. Et en effet, ce bonhomme n'aunit pas plus raison d’estre empcsché cpic moy. C'est,
LETTRES
en vérité , vne cruauté à vous , de iii'nuoir engagé à cela , et vue cruauté de Néron ; tndicebat familiaribus cœnas, quorum vni melli(a quadragies ns. conslilerunt ; alleri pturis aliquanlo rosaria. Pour vous dire le vray, c’est ce qui m'a retenu si long-temps. l’ay dit beaucoup de fois à moy-mesme
nuaquam-ne reponam ?
Mais vostre considération et la sienne me retenoient.
Cupio cnim magnifiée accipere summos vires,
VI mihi rom cs.se reanlur.
Enfin, après auoir bien cherché, sans rien Irouuer, il m’a semble que l’on me pouuoit dire comme à cet autre : Numquid adolescens, iiielim dicere vis quàm potes?
Et encore,
Quid mullum cupias, cùm sil tibi gobio tantum In loculis?
le me suis donc résolu à faire ce que ie pourray : et contcntez-voiisen, s’il vous plaist,
rebusque veni non asper cpenis.
Il faut que vous vous accommodiez à ma disette. le ne puis pas daiiantage. le n’ay pas ces grands parcs, ni ces pais que vous aucz à chasser, ni ces vastes mers où vous peschez tout ce que vous dites,
Ilurtulus hic puteusquo breuis sine reste mouendus.
l’ay honte, ie vous l’auoüe, de vous dcscouurir ma pauureté , et pour estre panure, ie ne laisse pas d’estre ambitieux ;
bic viuimus ambiliosn t’aupcrtatc.
le voudrois de Imn coeur.
Ad Palatinas acipcnscra mitterc mensas,
ou vous faire vn souper comme celuy auquel duo millia lecfissrvioruin pisciitm, septem auium appusita traduntur. Mais dites-moy. ie vous supplie, mangez-vous force acipensers, vous antres en l'oitou'? l’en ay enuoyé demander icy. Maison ne les connoist point aux lialles. Il estoit autrefois fort estimé à Rome. Hiiic tanins olim hnbrbalur honns, ce dit Macrobe; pensiez-vous que j’i'iisse leu .Ma-
DE MONSIEVK DE VOITVRE.
<’i’ol)e? vl à coronalis ministris, et cum tibiis in conuiuium solerel ferri. C’estoit là vn beau priiiilege pour vn poisson. G. Duilius en auoit à peu prés vn pareil : Caium Duilium, qui primus Panos clause deuicerat, redeuntem à cœna senem sæpè videbam puer. Delectabalur cereo funali et tibicine, qvæ sibi nullo exempta priualus sumpseraf; tantum licentiæ dabat ÿ/on'a. Ce n’est pas moy, non, (jui le voyois comme cela, c’est Caton le Censeur. Et Cicéron qui nous fait ce conte-là, rcndoit aussi, comme ie crois, grand honneur à ce poisson, et en mangeoit volontiers. Car il se souuient de luy en scs Tusculailcs, et le nomme sur tous les autres, comme vn bon morceau. Si quem igilur luorum afjlietum mœrore videris, huic acipenserem potius, quàm aliguem Socraticum libellum dabis? Cependant, on n’en dit plus pas vn mot. Iiigez par là cc que c’est que dt* la gloire des choses humaines, et quel cas on en doit faire apres cela.
I démens, et s.Tuas curre per Atpes,
Vt pueris place.is , et dectamatiu lias.
Quoy qu’il en soit : (ce qnoy qu’il en soit vient un peu de loin. Car il se rapporte à cc que ie disois, que ie n’auois rien à vous donner.) le vous traitleray de ce que j’ay : et ie diray comme cét autre : Vide audaciam, etiam Hircio caenam dedi sine pauone. Il dit en vn autre endroit à quelqu’un , qui se vantoit qu’il luy feroit aussi maiiuaise chere que ie vous la feray : Si perseueras me ad matris tuæ cænam vocare , feram idquoque. Vola enim videre animvm, qui mihi audeat isla qux scribis, apponere, aut etiam pnlijpum, Miniani louis similem. Crede mihi, non audebis. Ante meiim aduentum,fnma ad te de mea lautitia veniet. t'am exfimesces. Mandez-moy, ie vous supplie au vray, quelle bestc c’est, que ce polijpus âlitiiani louis? Sans mentir, ie ne scay plus rien depuis que ie ne reçois plus rien de vos lettres. Pour la promulside, cela n’est pas pas trop mal iusques icy. Mais vous ne vous en contenterez pa.s. Pion enim vir es, qui soleas promulside eonfici. Integram famcm ad ovum affers. Venons donc au reste.
Pour ce qui est de ce que vous vous plaignez de ceux qui ne font pas les grâces assez grandes, ie pense qu’ils n'ont pas tant de tort : et la raison est, que les véritables grâces, et qui touchent le plus, consistent principalement en de petites choses, en certaines actions, certains mouucmens du corps et du visage , dans Ic.squels, sans estre (|uasi apjrerceuës, elles font leur elïet ;
Conipoiiil furlim. sulist’ipiiturc|ui' docor.
Ce furlim veut dire, ce me semble, cela , et ce que les Espagnols appellent et no se que. Elles sont si petites, que mesme on ne sçait ce que c’est, et ne vous mettez pas non plus en peine de leurs maris. De quoy vous auisez-vous de vouloir rompre des mariages , qu’il y a si long-temps qui sont faits? Les Dieux, comme vous disiez sur vn autre sujet, en font bien d’autres. Le monde est plein de ces mariagcs-là. N’ont-ils pas marié la Peine au Plaisir, le Trauail à la Gloire, le Ciel à la terre, et Mademoiselle **’ à Monsieur son mary ?
Sic visum Vencri , cui placel imparcs Formas, atque animos, sub iuga ahcnca,
Sœuo mittere cum ioco.
le ne syay, si ie vous auois dit qu'il y a long-temps que nous lu* nous écriuions plus, et que l’on m’auoit dit qu’elle se plaignoit fort de moy. Elle est en cette ville : et ie l’ay esté voir. Nostre entreueiié a esté à peu prés, comme celle de Didon et d’Enée, quand ils st; rencontrèrent aux Enfers, l’ay fait tout ce que i’ay pft pour l’appaiser. leluyay dit, Verus mihi nuntius ergo, eiper sidéra iuro: et, nec credere quiui.
Ilia solo flxos oculos auersa tcnerc :
Nec magis incepto vultum scrmone moiieri ,
Quàm si dura silex , aut stet Marprsia cautes.
Le sommeil , au reste , n’est pas vn si maïuiais'mary que vous dites : et cette Grâce , ie ne sçay comme elle s’appelle , ne pouuoit pas estre mieux , pour estre en repos, et à son aise. Il est doux comme vn mouton. C’est le plus paisible de tous les Dieux,
placidissimc Somne Dcorum ,
Fax animi, quem cura fugit.
Et lors qu’il n’y auoit point de portes à son logis, c’estoit vn fort bon party. Voyez vn peu dans Lucien la description de sa ville, et comme il estoit accommodé. Quand il ne sçauroit autre chose, que de racommoder le teint; remettre les yeux battus , et embellir les Dames ; iiensez-vous que ce ne soit pas assez pour estre bien aiioc elles? C’est vn grand distillateur de pauots , et de mandragores ; et il scait faire des fards, qui valent mieux, sans comparaison, que /> tout le blanc et tout le rouge d’Espagne, no vsaua afeytes Dorinda,
' y asi desperlo con los que el sueno le auia dado. .\pprenez vn peu l'Espagnol , quand ce ne scroit que j)our ne nous rompre tant la teste aiire vosire Italien. Il n’est pas non plus si pesant que vous pensez.
Tuni Icuis iclhcrcis dcInpsiiK .smnims ,ib asiris :
!)E MONSIEVK DK VüITVKE.
l’t ii’eust pas fait tant d’enfaus , s’il eust esU; si foiblp.
Tiim pater è populo natorum mille suorum.
Et quand mesme il seroit aussi froid que vous le croyez, pensezvous que ce soit vn petit secours , que tous ces songes qu’il manie à baguette, et dont il dispose comme il luy plaist ? Ne vous souuientil pas de celuy de Fleur-d'espine?
Se son sogni questi ,
Ch’ io donna sempre, e mai più non mi desti.
Et cél autre ;
Proh Venus! et tencra volucer cum matre Cupido I Gaudia quanta tuli, quàm me maiiiresta libido Ouitigil.
Contez-vous cela pour rien, et ne croyez-vous pas qu'vne honneste femme s’en pourroit contenter? Quant à ce que vous dites que les Grâces ne doiuent iamais dormir, allez vn peu voir nos Dames le lendemain d’vn bal, quand elles ont veillé, et dites-moy apres vostrc aduis là-dessus. Pour vostre somno mollior herba; et vûstre morbida : Domina Magister noster; ie crois que vous n’auez entendu , ni le Latin , ni l’Italien. Car l’vn veut dire , propre pour dormir dessus ; et morbido, ne signifie autre chose, que poly, doux, lene, doüilict proprement.
Vostre Empereur de Lampridius , me semble homme de fort bon goust : et si Heliogabale auoit fait vne vingtaine d’ordonnances comme cela, ie le mettrois à costé de Tite, et de Trajan. le m’estonne que vous ayez oublié cét autre de Tibere : Asellio Sabino HS. ducenta donauit pro dialogo, in quo boleli , et fwedulœ, et ostrea, et turdi certamen induxeral. C’estoient des Empereurs cela? l’ay regret , sans mentir, que ce Dialogue se soit perdu : et n’eussiezvous pas esté bien-aise aussi , de voir discourir vne huistre auec vn champignon ? Cét Asellius deuoit estre vn galant homme : et ie luy eusse donné de bon cœur vn chappeau de castor.
Vous auez merueilleusement bien taillé, et admirablement mis en opuure ces pierres que ie vous auois enuoyées toutes brutes. Elles sont deuenuës des pierres précieuses entre vos mains : et vous en auez fait vn des meilleurs plats de vostre festin ; /ecis/i vt lapides illi panes fterent. Sans auoir l’estomach de Saturne, ny les dents de la Lune, i’en ay tres-bien mangé, et auec grand plaisir. C’est cette viande-là , quam nemo coquus hactenus in tus vocauerat. Mais vous faites des sausses, auec lesquelles on mangeroit des rail- I. '7
LETTRES
loux. le ne croyois pas que de si graues Aulheurs eussent rapporté cette histoire. le ne fais pas de doute, apres cela, que les pierres n’ayent oüy autrefois le son de la lyre. Et de fait encore aujourd'huy nous croyons que les murailles ont des oreilles.
le vous auouë que ie fais plus de cas d’Ausone que ie n’en faisois. Vous me l’auez fait voir en son lustre , en me le monstrant dans sa Poésie. C’estoit, sans mentir, vn fort honneste homme : et ie crois que sa harangue eust été fort bonne, s’il Teust traduite envers. Ceux que vous m’auez fait voir de luy, me semblent merueilleusement beaux. le connois des hommes comme cela, qui vont fort mal à pied, et qui font des merueilles à cheual. Mais ie voudrois bien , que ces gens-là ne fissent , que ce qu’ils sçauent faire : et que Cicéron n’eust iamais escrit de vers, ny Ausone de prose.
Si vous me demandez pour parler à cette heure, de cét autre festin, dont vous m’auiez fait part,
Vt Nasidieni iuuit me cosna beati?
C’est à dire, comme ie me trouue de la bonne chere de Monsieur de Balzac? ie vous répondray, hunquam invitafuerit meliùs. L’Apollon de Luculle, ny l’Apollon mesme de Delphes, ne pou rroient rien faire de si magnifique. 11 n’y a point de si petits mets , qui ne vaille mieux que le Dodecathée d’Auguste, (vous sçauez bien
Cum primum istonim conduiit mcnsa choragum ,
Sexque Deoa vidit Millia , sexque Deas.)
et qui ne mérité des louanges admirables. C’est d’vn festin comme cela que l’on peut dire,
I lauri di Permesso, et di Parnaso
Andorno à coronar la Gclatina.
Cét homme , sans mentir, est admirable en tout ce qu’il fait. le vois de temps en temps des vers de luy, qui sont, sans doute, beaucoup au dessus de ce que ie croyois que nostre siecle pût produire, et qui donneroient de la jalousie, ie ne dis pas à Lucain, ni à Claiidian , mais à Lucrèce et à Virgile. Maisdemandez-luy, ievous prie, sur quoy il se fonde, de croire que j’aye tiré de ses entrailles, l’explication du passage d’Ausone ; et pourquoy il me tient de ceux , qui plus ex iecore aliéna sapiunt, quàm ex sua.
11 pense donc , que ie ne sçay rien que par réminiscence des choses que mon ame a apprises autrefois dans sa conuersation. Son plat de vent , aussi bien que vostre plat de pien-es , m’a pleù exlrémemenl : et ç’auroit esté vne excellente viande en l’isle de Ruac. le
DE MUNSIEVR DE VÜITVKE. 291
ue sçay. Monsieur, si vous le sçauez. C’estoit vne Isle où les habitans ne viuoient que de vent ; et on n’y donnoit aux malades que des vents-coulis. Sans mentir, vous estes de merueilleux ouuriers. Vous assaisonnez les choses de sorte , qu’il n’y a rien que l’on ne mangeast quand vous l’auez appresté ; et que vous ne fissiez aualer auec plaisir. Vous sçauez donner
Cuerpo a los viealos , y a las piedras aima.
C’est vn vers de Louys de Gongora, que vous ne connoissez pas. l’ay esté bien-aise d’apprendre l’alliance que les Athéniens auoient aeuc Borée, et de sçauoir qu’il y ait eu vn Noruegien , qui ait esté Citoyen d’Athenes. Celuy-là, ce me semble, se pouuoitdire Citoyen du Monde , auec autant de droit , que cét autre des leurs qui s’en vantoit. Les Athéniens , au reste , auoioit là pris vn Bourgeois bien turbulent. le ne croyois pas, ie vous l’auoüe, que la mer fust vne larme semblable à celle de cét autre, qui mangeoit des pierres encore mieux que moy. Il la jetta , sans doute, lors qu’il fut chassé et garotté par son fils. Ne vous semble-t-il pas, (au moins si cela est vray :) que l’on peut dire de Saturne , aussi bien que du cheual du panure Pallas,
guttis humectât grandibus ora.
A la vérité , on luy fit de mauuais tours. Mais bien a pris, pour le genre humain ; que comme il estoit fort mélancolique, il n’estoit pas grand pleureur. Car s’il eust jeté seulement trois larmes, où en serions-nous? omnia ponlus erant. On peut dire en cette occasion qu’il pleura amerement. Mais dites-moy, ie vous prie , si vous le sçauez , pleura-Hl la mer et les poissons?
immania Ccte,
TritoDCsque cilos, Phorcique exercitus omucs? l’auois oublié à vous parler de vostre passage de Seneque. Valde tne torsit ilia podagra ; adeoque impliciti mihi videntur hi pedes, v( ad illos vlrosque dexlros explicandos , nullum dcxlrum pedem habeam ; si ce n’est qu’il voulust dire, que la goutte tourne quelquefois en dedans le pied gauche qui doit estre en dehors; et qu’ainsi estant tourné du mesme costé que le pied droit , il dit vlrosque dexlros : Mais aussi ne pourroit-clle pas tourner le droit du costé du gauche? et ce seroit vlrosque sinislros. Sans mentir, cela est bien difficile. Si vous y voyez quelque chose de mieux.
Si quid dexiro pede concipis,
dites le-moy.
l’ay appris vostre maladie auec l)eaucoup d’alarme, quoy que ic
Digilized by Goc^Ie
LtrrRiiti
ne l’aye sçeuê qu’apres qu’elle estoit passée : el j’ay esté eslonné d’apprendre le péril où j’ay esté sans en rien sçauoir. Je vous prie, mon cher Monsieur, de croire, qu’il n’y a rien au monde qui me soit plus cher que vous; ny que j’aime, et que j'estime dauanfage. le n’ay, que ie meure, point de joye si sensible, que lors que ie pense, (et ie le pense souuent : ) que la fortune nous donnera moyen quelque iour, de passer le reste de nostre vie l’vn auec l’autre, et de vous auoir, in seriis iocisque ; amicutn omnium horarum. le vous jure, qu’il n’y a rien que ie souhaitte tant ; et que ie suis, et seray tousiours à vous, auec autant de passion, que lors que ie vous voyois tous les matins, le vous fais cette protestation à la veille d’vu voyage de six mois, où ie m’en vay. Car ie parts auec le Roy pour aller en Catalogne. Ne m’escriuez-donc pas, s’il vous plaist, que lors que vous sçaurez qu’il sera retourné, l’aurois plus d’impatience de reuenir, si ie croyois vous retrouuer icy cét Esté, le vous exhorte à faire tout ce que vous pourrez pour cela. Qui benè latuit, beuè vixit, n’est pas vn precepte qui vous regarde. Laissez-là Panaque, Sylvanumquc senem, Nymphasque sorores.
Vous vous deucz au public : et il faut que les hommes comme vous, soient connus de tout le monde. Omnix auletn peregrinatio, comme vous sçauez, est obscura. Hastez-donc vostre retour, ie vous en conjure encore vne fois : et dés que vostre terme sera expiré, reuenez icy me reuoir, ou M”*, ou quelque "* : et prenez garde, ne quid temporis addalurad hanc prouincialem molextiam. le vous enuoye vn liure de Mademoiselle de Gournay, qu’elle m’a donné pour vous le faire tenir. Adieu, Monsieur. Aymez-moy tousiours, ie vous supplie, souuenez-vous souuent de moy ; et soyez asseuri* que ie seray toute ma vie de tout mon cœur,
Vostre infelix Theseus, m’a semblé merueilleiiscmcnt heureux ; et Hercule , sans mentir , ne le tira pas des Enfers plus heureusement, ni plus glorieusement que vous.
Voxtre, Pic.
k Paru ce 14 lanulir isil.
A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.