‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 99 sur 229 · I.EITKliS · texte numérisé non relu

I.EITKliS

3fW)

A >r\DE>ioisi:i,Li; de rambovjllet.

LETTRK CXXXII.

Mademoisellr,

II faut anoürr que ie vous aimcrois estraiigcment, si ie ne vous voyois jamais. Pour auoir esté seulement deux mois, sans estre auprès de vous, mon affection en est augmentée de moitié, et s’aceroist tellement de iour en ioiir, que si ie ne vous reuoy bien-tost, ie sens bien qu’elle passera toutes sortes de bornes. A dire VTay, outre la satisfaction que j’ay d’auoir esté quelque temps sans disputer aueeque vous; et d’auoir passé vn Caresme, sans que nous ayons eu querelle sur les laits d’amende ; ie vous auoüe. Mademoiselle , que vos lettres contribuent encor beaucoup , à faire que ie iuge de vous plus fanorablement , et que ie vous trouue plus aymable. Les deux que vous iii’auez fait l’honneur de m’escrire, m’ont estonné de nouueau, comme si ie n’auois iainais connu vostre esprit : et quoy que l’on ait , à parler franchement , quelque dépit, de lire des choses que l’on ne pourroit escrire ; j’en ay receu, ie vous asseure, vn extrême plaisir. Elles m’ont consolé de tous mes desplaisirs ; elles m’ont presque guery de tous mes maux ; et m’ont donné vne Joye , que ie ne pouuois auoir icy, que par enchantement ou par miracle : Il y a tant de l’vn et de l’autre en tout ce que vous escriuez, que ie no m’eslonne pas, Mademoiselle, qu’elles ayent fait cét effet en moy. le m’estonne seulement de ce qu’elles m’ont donné vne extrême impatience d’auoir l’honneur de vous reuoir : puis qu’il est certain qu’il n’y a point d’homme, qui eust le goust des bonnes choses , et qui vous connust aussi meschante que ie vous connois, qui ne desirasl volontiers estre tousiours à deux cens lieues de vous, pour receuoir de vos lettres. Vous deuriez encore plus souhaiter, que ie me contentasse de cét honneur; et (|ue ie ne me r’approchasse pas de vous. Car .sans doute, en estant csloigné ; ie vous sers beaucoup mieux, et vous dois estre sans comparaison plus agréable. Et certes quand ie songe à tons les soruices que ie vous ay rendus depuis que ie suis hors de Paris; à tout ce que ie dis de vostre part à Monsieur de Rou.ssillon ; aux asseurances que ie «lonnay de vostre affection à Monsieur le Comte d’.Alaix; aux protestations que ie lis à M.adainc sa femme , qu’elle estoit vne des personnes du monde que vous honoriez, et que vous aimiez le plus; aux inerucilles que ie dis pour vous à Madame de .saint .''iinon; cl

Digilized by Goc^le

ÜK MONSIEVR UL VOITVHK. ;î01

aux paroles auec lesquelles j’asseuray Messieurs les Députez dis Marsi-ille , de la bonne volonté que vous auiez tousioiirs eue pour eux et pour leur ville : il me semble que ie ne vay par le monde , que pour vous y acquérir des seruiteurs , pour y entretenir vos amitiez; et pour estendre voslre réputation. Encore hier. Monsieur le President F. que ie trouuay dans la Chambre du Roy, me vint parler de vostre bel esprit, le lui dis, qu’il estoit vn des hommcsdii monde, qui estoit autant à vostre gré ; et qu’il y auoit long-temps que le connoissois que vous auiez vne inclination particulière pour luy. Il est beau, et le croit : et ie vous asseure. Mademoiselle, et Monsieur de Chauaroche aussi, que si vous plaidez iamais à la Cour de Parlement de Grenoble, le premier President sera pour vous, l’ay eu vn extrême plaisir, à voir tout ce que vous me mandez des maistresses de Monsieur le Marquis de saint Maigrin. Sans mentir j’en ay vne extrême joyc : et pour estre entièrement honneste homme, il luy manquoit d’auoir fait vne fois cette sorte de vie-là. A dire le vray, pour mettre quelque chose dans son esprit, qui pust tenir la place de la personne qui y estoit; il falloit qu’il y en misl sept à la fois : et encor il aura de la peine à trouuer en sept autres toutes les choses qu’il aimoit en vne seule. Cependant, ie trouue estrangc, pour vous parler franchement, et ne comprens pas comme il se peut faire , qu’vn homme aime ainsi sept personnes à la fois. Car pour moy, ie n’en ay aimé que six , lors que j’en ay aimé le plus : et il faut estre bien infâme pour en aimer sept. Mais, Mademoiselle, selon que ie voy qu’il est deuenu corpiet, et que ie suis deuenu chagrin : ie croy pour moy que nos deux âmes se changèrent, quand il m’embrassa la derniere fois, lors que ie luy dis Adieu. Car depuis ce temps-là j’ay eu vne perpétuelle inquiétude; j’ay tousiours souhaité d’estre hors des lieux où j’estois; mesme il me semble que j’ay mieux aimé Mademoiselle du Vigean que de coustume. le ne sçay si cela vient , ou de l’honneur qu’elle m’a fait de se souuenir de moy ; ou bien de ce qu’il faut, qu’vne affection si bien fondée s’augmente, et s’accroisse à toute heure. Mais ie voudrois, qu’au lieu qu’il a aimé jusqu’icy la plus douce personne du monde : il se fust adressé à cette autiv que vous sçauez, qui veut , quand vne fois on s’est déclaré estre dans son seruice, que l’on y demeure, et que l’on y meure : pour voir ce qui en fût arriué. Et d seroil expédient, sans mentir, pour le bien de tout le monde, que l’on vist vne fois vn infidèle puny. le l’appelle infidèle, quoy (pi’il n’ait fait que ce qu’on desiroit de luy. Mais il ne deuoit pas le pouuoir faire : et pour son honneur et pour l’affection (pie ie luy porte.

LETTRliS

i«i voudrois qu'il en fust mort. Mais nous verrons quelque iour ces galans-là terriblement chastiez en l’autre monde. Pour moy qui ay esté pecheur comme les autres, ie me suis admirablement conuerty : et ie puis dire, que j’ay mis mon ame en repos de ce costclà. Mais, Mademoiselle, qu’cst-ce que vous me contez du mariage de Mademoiselle de Vertus et du Comte de Grancey : et où est-ce que la Fortune a esté chercher ces deux personnes, pour les joindre ensemble ? le me resioüis de celuy de Mademoiselle de Clermont et du Comte de Fiesque. Il y a vue de nos amies , qui sera bien fianiere à ces nopces-l.à : et ie suis bien fasché de n’y estre pas. Toutes les nouuclles sont, que ceux de Coliourc capitulent. Vous verrez par la lettre que ie vous enuoye, que ie n’ay pas oublié de faire rendre àMadamede Lesdiguieres, celle que vous luy écriuiez. Il y a, Mademoiselle, quatre heures que j’escris. N’est-il pas temps, à vostreaduis, que ie vous die, que ie suis,

Vostre, etc.

Page 1