‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 98 sur 229 · LETTRE CXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXI

MOJiSIKVB,

Quelque hardy que ie sois, ie n’oserois retourner à Paris, sans vous faire réponse : et i’ay honte, sans mentir, d’auoir tant tardé à vous rendre ce deuoir. Mais ie vous l’auouéray franchement : préuoyant que j’aurois encore à vous escrire, pour vous faire sçauoir ie iugement que l’on auoit fait des vers que vousauez enuoyez ; j’ay différé tant que i’ay pû, en dessein de mesnagervne lettre. Si vous estes iuste , vous ne deuez pas trouuer estrange , que l’on ait peur en escriuant à vn Docteur comme vous estes : et certes, quand il me vient en la pensée, que c'est au plus judicieux homme de nostre siecle, à l’Ouurier de la Couronne Impériale, au Metamorphoseurde la Lionne, au Pere de la Pucelle que j’escris; les cheueux me dressent en la teste si fort , qu’il semble d’vn hérisson. Mais d’ailleurs, quand ie pense que cette lettre s’adresse au plus indulgent de tous les hommes, à l’excuseur de toutes les fautes, au loiieur de tous les ouurages , à vne colombe , à vn agneau , à vn mouton : mes cheueux s’applatissent tout à coup, plat comme d’vne |K»ule moiiiliée ; et ie ne vous crains non plus que rien, le vous diray donc nuëment, et franchement. Monsieur, comme à vn mouton que vous estes, que les vers de Mon.sieur de Balzac, n’ont pas encore e.stc vens de Mon.sieur le Cardinal.

n Cfpliini , <1 Tcna», n Maria .Nrpliini !

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DE MONSIEVR DE VüITVKE. 290

\ ous écrierez-vous. Est-ce l’estât que l’on fait des enfans de lupiter? et comme on traitte le premier homme du monde’

Frange miser calamos, vigilataque pra-lia dule.

Vous auez raison de dire tout cela. Mais vous ne sçauriez croire , combien on a eu d’autres choses à penser durant tout ce voyage : et si Apollon , que bien connoissez , fust venu luy-mesme à Narbonne, ie dis auec tous ses rayons; il n’y eust esté receu qu’en qualité de Chirurgien. l’en ay parlé cent fois à Monsieur de Chauigny, qui m’a tousiours respondu , que pour l’amour de Monsieur de Balzac, il falloit reseruer cela au temps, où l’esprit de son E. fust plus tranquille, et plus en estât de bien gousler cette sorte de choses. 11 m’a donné charge, au reste, de vous prier de sa part de faire de grands remercimens à nostre amy : pour les epigrammes qu’il a faites pour luy, desquelles il est merueilleusement satisfait. A dire le vray, elles sont les plus belles du monde. Pour ce qui est des vers pour Monsieur le Cardinal, ils sont entièrement de Virgile, auec vn peu plus d’enthousiasme qu’il n'a accoustumé d’en auoir : et pour moy, quand j’aurois les deux bras rompus, ic prendrois plaisir à les entendre. S’il y a de la honte, que celuy pour qui ils ont esté faits , ne les ait pas encore veus : la plus grande partie en retombe sur Monsieur de la Victoire (1), qui en estoit principalement clmrgé. Pour moy, j’ay eu en cela tout le soin et toute l’affection que ie deuois auoir : et sans mettre en considération le poids de vostre recommandation, et la passion que j’ay à seruir Monsieur de Balzac, j’aurois, ie vous iure, sollicité aussi ardemment pour vn homme du fond de la Suede , qui auroit fait ce que vous auez enuoyé icy. Toute la faute que j’ay faite, est de ne vous auoir pas escrit plustost. Mais vous m’en auez bien pardonné d’autres, et m’en pardonnerez encore , puis que ie suis ,

Mossievb, Yoslre,elr.

A Auignon Je II luin let?.

(I) Claude Duval de Coupeauville , uommé à l'abbaye de lu Victoire en lfi39, mourut au mois de décembre in'fl. On citait ses bons mots.

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