I.A RETKAITt
ŒUVRE S DE CHARITÉ
reconnaissance. Les maisons sont toujours remplies, elles peuvent donner asile à une cinquantaine de personnes, et il est impossible d'y pénétrer sans comprendre qu'elles ont été construites avec amour par leur fondateur comme une offrande délicate à ce besoin de l'idéal qui poursuivit, sa vie durant, l'âme d'artiste qui avait consacré toutes ses forces au soulagement des misères les plus poignantes de l'humanité!
Quelle chute aussi lorsque du Repos et de la Retraite on passe à la Miséricorde et à la Compassion, ces deux derniers asiles arrachés par la nécessité à l'inépuisable activité de M. John Bost! En s'écoulant, le temps avait amené chez quelques-uns des idiots et dés idiotes, chez les épileptiques, hommes ou femmes, de lamentables transformations. La misère de leur état allait s'aggravanl ; ce n'étaient plus des créatures humaines, et ils descendaient lentement au niveau de la brute. Leurs compagnons moins dégradés souffraient dangereusement d'un contact impossible à éviter dans des demeures presque toujours trop petites pour le nombre des habitants : les gâteux de toute provenance menaçaient de devenir une plaie pour leurs Asiles respectifs. M. Bost le sentait, hésitant à tenter une nouvelle entreprise et à demander de nouveaux efforts à ses amis, lorsque deux vieilles sœurs de Bergerac, héritières d'une modeste aisance, mirent entre ses mains une somme de 100,000 francs pour élever un Asile destiné aux misérables restes de l'humanité féminine qui encombraient les maisons de Béthesda et d'Eben-Hézer. Elles ne mettaient qu'une condition à leur libéralité : leur nom ne devait être inscrit nulle part.
La Miséricorde fut peuplée dès l'année 1878, et en 1881 une annexe ouverte à côté de Béthel, sous le nom de la Compassion, reçut les hommes idiots ou épileptiques ayant atteint le dernier degré de l'abrutissement. De tous les Asiles rassemblés à La Force, aucun ne serre le cœur comme celui-là. Un seul instinct subsiste encore chez ces misérables créatures, dépourvues de tout raisonnement comme de tout sentiment moral; ils semblent éprouver une certaine reconnaissance pour ceux ou celles qui leur prodiguent leurs soins, et quels soins! fruits de quels dévouements, très souvent gratuits et absolument désintéressés! Dieu seul peut en mesurer tout le prix!
Le repos venait enfin pour l'infatigable lutteur, qui parcourait encore l'Europe au profit de ses bien-aimés Asiles. Deux attaques de congestion cérébrale avertirent M. John Bost qu'il était temps de se décharger de l'immense fardeau qu'il avait si vaillamment porté, et il venait d'appeler auprès de lui M. Ernest Rayroux, qui dirigeait l'Asile des sourds-muets à Saint-Hippolyte-du-Fort,
ASILES JOIIN-BOST
lorsqu'il tomba malade à Paris, et mourut en peu de jours, à L'âge de soixantetrois ans. Ce serviteur de Jésus-Christ, grand parmi les plus grands, se reposait enfin de ses travaux.
Ses œuvres l'ont suivi. Dans les neuf Asiles de La Force agrandis, reconstruits même pour l'un d'eux, 510 infortunés, orphelins abandonnés, idiots, épileptiques, sont aujourd'hui abrités, soignés, instruits, consolés. 230,000 fr. dépensés annuellement suffisent à peine aux besoins qui vont sans cesse croissants. Mais les ressources de la charité n'ont jamais fait défaut à l'œuvre, qui ne connaît heureusement pas de déficit. L'affection charitable des chrétiens américains, anglais, hollandais et suisses n'a pas laissé que de jouer un rôle important dans les secours qui entretiennent l'huile de la veuve dans la cruche à La Force; niais la principale ressource, le fonds sur lequel M. John Bost et son fidèle successeur ont toujours pu compter sans jamais se tromper dans leurs joyeuses espérances, c'est la générosité et le dévouement des Églises protestantes de Fiance. Comme le disait saint Vincent de Paul dans ses instructions aux Filles de la Charité, « Dieu a vu que vous aviez embrassé cet emploi avec amour, et il a dit : « Je vais leur en donner un autre. » C'est, en effet, la récompense suprême de la Providence divine de remplir les mains joyeusement tendues pour son service. L'exemple de saint Vincent de Paul et celui de John Bost peuvent enseigner comment les serviteurs savent répondre à cet appel du Maître (I).
Gui/.ot DE WlTJ.
(1) Les Asiles John-Bosl sont dirigés par un Conseil d'administration dont le président est M. Léo Domanget, ancien magistrat, et dont le secrétaire est M. le pasteur Joël Laforgue; le directeur général des Asiles est M. le pasteur E. Rayroux,