‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 110 sur 326 · COLONIE DE SAINTE-FOY · texte numérisé non relu

COLONIE DE SAINTE-FOY

encore imparfaitement conquis, qu'ils entendaient revendiquer partout et sans cesse. Ils s'efforçaient enfin de stimuler le zèle religieux dos protestants euxmêmes, en provoquant la fondation d'oeuvres d'intérêt général propres à combler les lacunes encore existantes dans le domaine moral et religieux. Ainsi les articles du Code pénal prévoyant l'internement des enfants, non pas dans les prisons, mais dans des établissements spéciaux de correction, ne pouvant à cette époque trouver leur application pratique, parce que les colonies de l'Etat n'existaient encore qu'en principe et n'étaient pas prêtes à remplir leur mission éducatrice et correctionnelle, une des premières manifestations de l'existence de la Société fut de préparer l'organisation d'un Etablissement destiné à recueillir les jeunes détenus protestants, confondus jusque-là dans les prisons et livres à l'influence catholique.

Les efforts de la Société prévalurent. Le gouvernement admit le principe d'un établissement spécial aux protestants, analogue à celui qui venait de s'ouvrir à Mettray pour les enfants catholiques. Il était destiné à recevoir les enfants jugés et condamnés par les tribunaux, ou acquittés comme ayant agi sans discernement, qui devaient lui être confiés par l'Administration pénitentiaire. Son but était de leur procurer le bienfait d'une éducation morale et religieuse, de les diriger vers les travaux de l'agriculture et, dans certains cas, de leur enseigner un métier; enfin de leur assurer une tutelle bienveillante après leur sortie de la Colonie.

Un an après, en 1844, la Société obtint l'autorisation de recueillir, à côté des enfants ci-dessus désignés d'autres enfants protestants, vicieux, âgés de moins de seize ans, n'ayant pas subi de jugement, mais ayant commis à diversereprises des actes qui les placeraient sous le coup de la loi, s'ils étaient déférés aux tribunaux. Enfin, par un arrêté récent (du 16 mai 1891), la Colonie de Sainte-Foy a été comprise au nombre des établissements investis des droits spécifiés dans l'art. 17 de la loi du 24 juillet 1889, permettant de déposséder les parents indignes des droits de la puissance paternelle et de confier à des établissements publics la tutelle des enfants abandonnés.

Ce sont ces trois catégories d'enfants qui forment aujourd'hui la population de la Colonie agricole de Sainte-Foy.

L'installation se fit au début dans des conditions très modestes, dans un petit domaine rural dénommé « les Bardoulets », assis au bord delà rivière de la Dordogne, dans un site riant et salubre, en face du bourg de Sainte-Foy.

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Il se composait d'une grande maison d'habitation avec des annexes étendues pouvant être facilement affectées à une exploitation agricole, entourée d'assez vastes terrains proprés au jardinage et à ta culture maraîchère, adossée à un coteau au sommet duquel s'étendait un vignoble d'une quinzaine d'hectares. Le coût de celle acquisition originaire s'élevait à 24,000 fr. La Société n'ayant aucune existence légale, le domaine dut être acheté au nom des fondateurs de l'œuvre qui en conservèrent la propriété apparente. Les choses étaient encore dans cet état lorsque la Société des Intérêts généraux du Protestantisme ayant cessé d'exister, la Colonie de Sainte-Foy se constitua à l'état d'œuvre indépendante sous la direction d'un conseil d'administration où l'on voit figurer les noms de MM. de Gasparin, J. André, Juillerat, V. de Pressensé, Félix Veines, Waldemar Monod, Meyrueis, de MM. les pasteurs Fréd. Monod, GrandPierre, (look, Y ailette et Armand-Delille.

M. le pasteur Frédéric Monod en fut le premier président ; il conserva ces fonctions jusqu'à sa mort, survenue en 1863. La présidence en fut conférée alors à M. Félix Veines, dont l'entrée en fonctions coïncida avec la reconnaissance de la Colonie comme établissement d'utilité publique. Investie ainsi de la personnalité civile, elle profita de cette situation nouvelle pour faire transférer à son nom la propriété des immeubles. Après la mort de M. Vernes, en 1880, la présidence passa aux mains de M. Alfred André, qui en est encore aujourd'hui investi.

L'œuvre commença à fonctionner en 1844. Les bâtiments avaient été aménagés au début pour contenir 30 enfants ; l'Administration, qui en avait promis 12, n'en envoya que 6, prétendant qu'il n'existait pas à sa connaissance d'autres enfants protestants dans les prisons ; mais des recherches nouvelles, faites sur les instances du Conseil, ne tardèrent pas à faire grossir ce chiffre. Dès 1845, la Colonie recueillait 40 enfants. Il y en avait 55 en 1847, nombre qui resta slationnaire pendant quelques années. A partir de 1854, le chiffre s'élève rapidement. Il atteint et dépasse le nombre de 100 pour retomber après la guerre, en 1871 , au chiffre de 65. Cet abaissement de la population provint de la séparation de la France des départements alsaciens qui, étant en grande partie protestants, fournissaient précédemment à la Colonie un chiffre important d'enfants.

Au début, l'Etat avait fixé à 80 centimes par jour l'indemnité de pension de ses colons; réduite plus tard à 70 centimes, elle fut rétablie il y a quelques années à 75 centimes, rémunération qui, loin de constituer un profit pour l'œuvre, laisse encore peser sur elle une assez lourde charge.

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