‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 111 sur 326 · COLONIE \)E SAINTE-FOY · texte numérisé non relu

COLONIE \)E SAINTE-FOY

Depuis 1872, on voit se produire de nouveau un mouvemenl ascensionnel de la population, qui atteint en 1878 le chiffre de 100. La Colonie contenait 112 enfants en 1887, 121} en 1889. Elle en renferme aujourd'hui 145 donl 51 seulement sont envoyés par l'Administration et 94 par leurs parents ou Leurs protecteurs. Ainsi on voit que les enfants jugés, qui formaient presque exclusivement au début la population de la Colonie, n'y entrent plus aujourd'hui que pour un tiers du contingent total; c'est la conséquence de la disposition, de plus en plus accusée dans les œuvres tentées pour la moralisât ion de la jeunesse, à mettre à l'arrière-plan Faction répressive et à porter ses principaux efforts sur l'emploi des moyens préventifs.

La pension des enfants reçus en correction comme insoumis ou abandonnés est fixée à 360 fr. par an; mais ce n'est là qu'un chiffre nominal; la presque totalité des enfants paient à peine 15 fr. par mois, ce qui oblige la Colonie à faire largement appel à la charité chrétienne et surtout à solliciter la fondai ion de bourses destinées à lui assurer des ressources permanentes.

Comme indication complémentaire, il y a lieu de rappeler ici que, dés 1846, il avait été essayé à titre d'expérience d'annexer à l'œuvre de la Colonie un Refuge pour les jeunes fdles jugées ou pouvant être confiées à l'œuvre à titre de correction paternelle. Placées dans des conditions d'isolement et de surveillance spéciales, elles étaient néanmoins pour la Colonie une source de complications et de péril. Ces jeunes filles, qu'il fallait tenir étroitement renfermées dans un quartier spécial, ne pouvaient bénéficier comme les colons des avantages de la vie active du dehors; le résultat ne répondait pas à ce que l'on en avait attendu. L'œuvre annexe n'eut jamais qu'une importance extrêmement restreinte. Elle fut abandonnée en 1865.

Le premier directeur de Sainte-Foy fut M. le pasteur Martin, ancien collaborateur de Félix Neff dans l'évangélisation des Hautes-Alpes, et pasteur dans file de Ré quand il fut appelé par la Société des Intérêts généraux à présider à l'organisation de la Colonie. Il se distinguait par un caractère énergique associé à une grande chaleur de cœur, par une piété solide et par une charité qui ne connaissait aucune lassitude. Son action morale sur les enfants se traduisit dès le début par de visibles résultats. Il était secondé par sa compagne, fille de M. le pasteur Chabrand, de Toulouse, dont le dévouement était bien à la hauteur de sa tâche. Leur retraite, survenue en 1873 lorsque l'âge et les infirmités ne leur permirent plus de continuer leur travail, laissa des regrets unanimes dans le sein du Conseil d'administration, regrets partagés par tous les

ŒUVRES DK CIIAIUTL

colons. Le Conseil a tenu à recueillir dans l'enceinte de la Colonie leurs dépouilles mortelles afin d'y mieux perpétuer leur souvenir. C'est pendant la direction de M. Martin, en I S 7 , que furent accomplies les premières transformations des bâtiments et que fut construite la chapelle située dans leur partie centrale.

Pendant cette gestion de trente années, qui est un des secrets du succès obtenu et des progrès réalisés, les ressources de l'œuvre s'étaient graduellement accrues. Les recettes de l'année 1844, année de début, s'étaient élevées à 17,500 IV. Elles atteignaient en 1864 le chiffre de 65,600 IV., et elles étaient encore en I <S7.'ï , après la guerre, dè 58,000 IV., don1 20,000 IV. environ de produits agricolés. Les budgets s'équilibraient sans que l'on fût obligé de faire appel à des ressources extraordinaires, et l'on pouvait envisager l'avenir avec confiance. Cette situation se maintint pendant la période intérimaire qui suivit la retraite de M. Martin. Après deux années, pendant lesquelles M. Martin (ils fit fonction de directeur, le Conseil plaça à la tête de l'œuvre M. Rey, pasteur de l'Eglise réformée d'Avignon. Son arrivée coïncida avec les premières apparitions du fléau qui devait bientôt porter une si complète atteinte à la situation financière de la Colonie. Le phylloxéra se développa très rapidement, cl c'est à peine si les récolles de vin, qui fournissaient précédemment un élément si important aux recettes du budget, donnèrent désormais à la Colonie les quantités nécessaires à la consommation des colons. La crise était arrivée à l'état aigu en 1878. Les terrains rocailleux des coteaux étaient impropres à toute culture; les propriétaires voisins de la Colonie, ruinés eux aussi par le Il eau, n'avaient plus occasion de faire appel à la main-d'œuvre des colons, dont le prix formait aussi autrefois un des éléments de recette du budget. Toutes les sources de revenus étaient donc taries à la fois, et la Colonie se voyait menacée* des plus graves difficultés financières. La nécessité d'un grand effort s'imposait.

11 existait à une petite distance de la Colonie un domaine de 'M hectares, appelé Le Fauga, qui n'avait pas échappé au fléau, mais qui contenait des surfaces importantes de prairies et de terres arables. Pour se rendre acquéreur de ce domaine, qui offrait pour l'avenir un vaste champ de travail, la Colonie dut subir les conditions des vendeurs, appartenant à la religion catholique et peu disposés à voir leur domaine passer entre des mains protestantes. Son coût, frais compris, s'éleva à 143,000 fr. La Colonie fut encouragée dans celte nouvelle entreprise par la bienveillance de l'Etat, qui lui accorda une

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