‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 113 sur 326 · COLONIE DE SAINTE-FO Y · texte numérisé non relu

COLONIE DE SAINTE-FO Y

moment où il sera en plein rapport; son revenu reparait déjà dans les comptes comme un élément important des recettes.

Mais dans une œuvre de ce genre il reste toujours des transformations à accomplir et des progrès à réaliser. D'ailleurs, par son essence même, elle exige un personnel considérable, qui paraît à première vue disproportionné avec le nombre des enfants et qui grève lourdement les frais généraux de l'œuvre. En effet, pour exercer sur les colons une action efficace, les pousser au travail et maintenir la discipline au milieu de tous ces petits groupes de travailleurs divers, il faut un personnel de surveillants varié et nombreux. Le travail agricole, qui occupe environ la moitié des enfants, se fait par petites escouades répandues sur la surface du domaine. L'autre moitié des enfants e>t répartie dans les bâtiments de la Colonie et y fait l'apprentissage de divers métiers utiles qui exigent la présence d'instructeurs spéciaux bien qualifiés; suivant leurs aptitudes, les colons apprennent à devenir tailleurs, cordonniers, charrons, menuisiers, tonneliers, vanniers; un certain nombre sont occupés à la boulangerie, au blanchissage, aux services intérieurs de la maison et aux travaux de jardinage. On voit d'ici combien cette organisation variée pèse lourdement sur la dépense.

L'attention et la vigilance du directeur et de la directrice s'exercent sur toute cette grande famille. Il y faut de leur part tout un ensemble d'efforts et d'aptitudes, un dévouement de tous les jours et de toutes les heures, et s'ils y trouvent la joie du devoir accompli et des fruits constatés, il est facile de comprendre quelles sont leur fatigue et leurs difficultés. Car l'œuvre extérieure, si grande soit-elle, ne représente que le moindre élément de leur tâche. En effet, pour achever de donner une vue complète de la Colonie, il faut bien se rappeler qu'à côté de la charge et du souci de la partie matérielle de cette grande; œuvre, où se réalisent des progrès et un développement constants, elle ne vaut que dans la mesure où elle satisfait aux intérêts moraux et religieux de la population qu'elle recueille.

L'éducation intellectuelle tient une très grande place dans la vie des colons; un instituteur s'y consacre avec dévouement et persévérance. Le chant, la gymnastique, les exercices militaires apportent un élément d'intérêt et de variété moralisateur dans la vie régulière des colons. Mais le développement de l'instruction des enfants, pas plus que l'application de règles de discipline ou le profit d'une bonne hygiène, ne suffisent à obtenir les résultats désirés. L'action religieuse du personnel dirigeant restera toujours le facteur essentiel de leur

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transformation; elle exige de la part du directeur un effort incessant, et celuici, aussi bien que le Conseil d'administration, considère que son œuvre resterait bien imparfaite s'il ne voyait pas se réaliser dans le cœur des enfants la transformai ion qu'il recherche et la conversion de leur conir à Dieu, seule sauvegarde suffisante de leur avenir au jour où la Colonie est appelée à les rendre à la société. A cet égard, les résultats sont encourageants : un grand nombre de nos colons nous donnent des gages sérieux de véritable retour au bien. Nous en trouvons la preuve dans la faible proportion de rechutes ou de récidives i .") 0/0 d'après les statistiques que Ton peut estimer sérieuses, car elles portent sur un chiffre total de 1,412 enfants avant depuis l'origine passé par la Colonie ).

L'action moralisatrice et protectrice exercée sur les enfants pendant leur temps de présence se poursuit d'ailleurs encore au delà des limites de la Colonie. Lorsqu'ils la quittent, munis du petit pécule qu'ils ont pu s'amasser comme fruit de leurs bonnes noies (de <S0 à (.)0 fr. en moyenne, il peut s'élever jusqu'à 150 ou 200 fr.), ils ont besoin de direction, d'encouragements et d'appui. Pour les leur assurer, un Comité de patronage s'est fondé en IN77 avec le précieux concours d'un certain nombre d'hommes de bien de la région avoisinante. Il s'occupe de placer à leur sortie ceux des enfants qui ne sont pas immédiatement pris par la loi militaire; les nombreux amis que la Colonie compte à Bordeaux l'assistent dans celte tache. Ce Comité a dans la personne de M. le pasteur Paris, de Port-Sainte-Foy, un secrétaire dont l'intelligence et le dévouement sont une sûre garantie de son efficacité.

Chaque année, quand, au milieu de l'année, la Colonie célèbre sa fête annuelle au milieu du concours de toute la population du voisinage, réunie au nombre de plusieurs milliers, le rapport du Comité de patronage vient compléter de la manière la plus intéressante celui de l'œuvre principale.

'l'ont cela ne se fait pas sans beaucoup d'efforts et de sacrifices; pour poursuivre sa tache, la Colonie a besoin de faire appel au dévouement et à la libéralité de ceux qui apprécient la valeur des services qu'elle rend au protestantisme. Grâce à Dieu, ils ne lui ont jusqu'ici encore jamais fait défaut; elle sait qu'elle peut y compter encore pour l'avenir.

Alfred André, Président.

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