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POUR LES SOURDS-MUETS PROTESTANTS DE FRANCE

L'Institution des Sourds-Muets de Saint-Hippolyte-du-Forl a été fondée en 1856, et compte actuellement trente-sept années d'existence. Déjà, à celle époque, au sein de notre protestantisme français, plusieurs Asiles avaient élé ouverts en faveur des orphelins des deux sexes, des malades, des vieillards et des infirmes; mais rien n'avait été fait pour les sourds-muets, pour celte classe si intéressante des déshérités de la nature, en sorte cjue ces malheureux appartenant à la communion protestante étaient condamnés à rester dans l'ignorance ou obligés d'aller s'instruire dans les établissements catholiques, où, h* plus souvent, ils devenaient catholiques eux-mêmes. C'est alors que se fit entendre en leur faveur une voix chaleureuse et sympathique, celle de M. Sardinoux, alors professeur à la Faculté de Montauban, au milieu d une réunion de plus de quarante pasteurs, tenue à Saint-Hippolyte, pour s'occuper de la question de la Mission intérieure.

La voix de l'éminent professeur trouva de l'écho dans tous les cœurs. Rientôt après, quelques membres pieux et zélés (pasteurs et laïques) de l'Eglise de Saint-Hippolyte se constituèrent en Comité, et l'Asile des Sourds-Muets protestants de France était fondé, au lieu même où l'idée de cette fondation avait pris naissance, en plein pays des Cévennes, au cœur de ce glorieux pays qui a été le bouclier de la libre parole chrétienne.

Le Comité fondateur de l'œuvre fut composé de la manière suivante : MM. Sardinoux, président honoraire ; Durant, maire de Saint-Hippolyte, conseiller général du Gard, président; Clauzel père, vice-président; Dussaut et Roissièrc, pasteurs, secrétaires; Jules Bousquet, trésorier; Combes, Adrien Rousquet, Pellet père et A. Planchon, président du tribunal de commerce, assesseurs.

Le Comité ainsi composé se hâta d'appeler à la direction de l'œuvre naissante M. le professeur Kilian, directeur de l'Institut des sourds-muets de Lausanne, homme plein de cœur, de foi et d'expérience dans l'enseignement.

En prenant la direction de l'institution, M. Kilian y apporta sa méthode,

ŒUVRES DE CHARITÉ

jusque-là inusitée en France, dite par l'articulation ou par la parole, en opposition avec la méthode des signes. Sons ce rapport, on peut dire que l'Institut de Saint-Hippolyte a rendu de grands services, en France, à La cause de l'enseignement des sourds-muets. Depuis quelques années, les principales écoles, celles de l'Etat en particulier, ont adopté la méthode de M. Kilian.

Après lui cinq autres directeurs se sont succédé, jusqu'à ce jour : MM. Martin, professeur (1861); Bouvier, pasteur (1875); Rayroux, pasteur (1879) ; Capilléry, pasteur (1881) et Verdeilhan, ancien instituteur (1885), directeur actuel.

Cette œuvre de bienfaisance a pour but de procurer aux jeunes sourdsmuets protestants de France, avec l'éducation religieuse, le double bienlait d'une bonne instruction primaire et de l'apprentissage d'un métier. Les principaux métiers enseignés dans l'Etablissement sont, pour les garçons : la cordonnerie, la menuiserie, la reliure, la boulangerie, le jardinage, et pour les filles, la couture, le repassage du linge, le blanchissage et la cuisine.

Le prix de la pension est de 500 fr. par an, mais, fidèle au principe de charité qui a présidé à la fondation de l'œuvre, le Comité réduit ce prix même jusqu'à la gratuité absolue, suivant la situation de fortune des familles.

Les recettes de l'exercice 1856-1857 (année de la fondation) ont été de 24,680 fr., et les dépenses de 19,800 fr., y compris des frais considérables d'installation. En 1892, les recettes se sont élevées à 36,064 fr., et les dépenses à 32,317 fr. Les recettes totales, depuis la fondation, ont été de J,l 14,825 fr., et les dépenses de 964,295 fr. ; excédent des recettes 150,520 fr. Cette dernière somme a été employée par le Comité à la construction du bâtiment où l'Asile est installé depuis douze ans, au milieu d'un vaste jardin et dans une situation admirable de salubrité, à 500 mètres de la ville et à quelcpies pas de la gare du chemin de fer.

L'œuvre a été reconnue d'utilité publique par décret du 3 mai 1865.

A part quelques allocations départementales et 3,000 fr. environ de pensions (3 élèves seulement paient pension entière), l'Etablissement vit des fruits de la charité chrétienne. Il instruit actuellement 56 enfants des deux sexes, venus de tons les points de la France protestante. L'enseignement proprement dit est donné par six professeurs (trois pour les garçons, trois pour les filles); des contre-maîtres sont chargés de la direction des ateliers. Plus de 300 élèves sont sortis de l'Institution et ont été ainsi rendus, par la grâce de Dieu, à la

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