SOCIÉTÉ DES AMIS DES PAUVRES
Vers la fin de 1833, Louis Meyer, appelé à visiter une famille eu détresse, se rendit au lieu indiqué avec les jeunes Schlumberger dont il était le précepteur, et trouva dans la rue une famille éplorée, expulsée de son logement pour dette au propriétaire. C'était une famille juive, du nom de Cantor, dont le chef avait naguère occupé une assez haute position sociale, mais que de grandes épreuves, l'âge et les infirmités avaient al teint. La fille, qui eût dû être la ressource de ses parents, était peu valide et sans expérience. La situation était des plus lamentable. Louis Meyer et ses jeunes amis furent profondément émus d'une si poignante détresse et résolurent de tenter le relèvement de celle famille.
C'est ce premier essai de bienfaisance pratique qui, bien qu'ayant assez, médiocrement réussi, ouvrit le cœur de ces jeunes gens et fut pour eux l'indice d'une œuvre à créer : « Combien d'autres familles misérables n'y a-t-il pas à secourir, à relever, se dirent-ils! Il faut nous associer quelques-uns, et nous constituer en Société d'Amis des pauvres. » Telle fut l'origine de l'œuvre dont il s'agit.
Mais Louis Meyer, envisageant toujours les choses au point de vue supérieur du salut des âmes, comprit de suite ce que le soin des pauvres pourrait avoir de précieux pour la jeunesse qui voudrait s'y consacrer. En effet, si la philanthropie qui a pour but de soulager les malheureux dans leur pauvreté est déjà une bonne chose qui saisit facilement le cœur généreux du jeune homme, combien plus la charité de Christ, éclairée, guidée par la Parole de Dieu,, doitelle être profitable à celui qui, l'ayant vivante dans le cœur, s'en va par la foi consoler les désolés et relever les cœurs abattus! Avant donc cette pensée, tous les efforts de Louis Meyer tendirent dès lors à amener à la foi chré-
ŒUVRES !>!•: CIIAIUTL
tienne tous les jeunes amis qu'il pouvait grouper autour de lui, par le moyen de La petite Société des Amis des Pauvres. C'est ainsi qu'à chaque réunion hebdomadaire de la Société, après avoir traité, discuté les questions relatives aux intérêts matériels des pauvres, la séance se terminait par un petit culte intime, où Louis Meyer, avec toute La chaleur de son cœur et toute La richesse de sa vive imagination, exposait à son jeune entourage captivé, les choses qui regardent La vie et La piété. Or, c'est de cette espèce « d'école de prophètes », dont Louis Meyer était le professeur béni, que sont sortis beaucoup de chrétiens d'élite qui ont marqué clans l'Eglise de Dieu, entre autres John Bost, fondateur des Œuvres de La Force, Lequel, en en rendant toute gloire à Dieu, reconnaissait hautement Louis Meyer pour son père spirituel. C'est de là aussi qu'est sorti le premier groupe de l'Union chrétienne des jeunes gens de Paris. Nous pourrions citer bien des amis plus ou moins connus, qui, sous cette influence de Louis Meyer sont nés à la vie de Dieu; mais la place nous manque" I h >ur le faire.
Mais à partir de 1857, Louis Meyer quittant les Billelt.es ne put plus suivre d'aussi près les réunions, ce qui fut une épreuve pour l'œuvre. Hélas! depuis lors, elle eut à en subir bien d'autres qui eussent pu l'anéantir, telles la mort de Louis Meyer en 1867 et la guerre de 1870.
Cependant, quoique bien amoindrie, la Société des Amis des Pauvres a continué de subsister, et elle accomplit maintenant son œuvre paisiblement avec les faibles ressources dont elle dispose. Ainsi elle a secouru en 1891 129 familles et 160 en 1892. Sur ce nombre d'assistés 165 ont été remis à flot en ces deux années et peuvent, par leur travail, suffire à leurs besoins. Les autres attendent encore la délivrance, ou sont abandonnés comme incurables. Pour obtenir ce résultat, la Société a dépensé en 1891 2,211 IV. 15 c. et en 1892 2,209 fr. Elle a clos ses comptes avec un déficit de /i69 fr. 90 c. Inutile de dire qu'en vue de l'accroissement effrayant de la misère, il faudrait que les ressources abondassent dans la même proportion; or, c'est le contraire qui est arrivé, puisque les receltes de 1891, qui étaient de 1,834 fr., sont, par suite de décès et autres causes explicables, descendues en 1892 à 1,747 fr.