MISSIONS É V A N G É L I Q U E S
Avec la création de Morija prend fin la période des origines, où tout est si grand et si haut : les principes, les hommes, les écrits, les œuvres. La Société des Missions de Paris entre désormais dans le cours régulier de son histoire. Nous ne pouvons l'y suivre que de très loin; mais un simple coup d'oeil suffira pour montrer que la protection de Dieu et les directions de sa providence ne lui ont manqué dans aucune des phases de son développement. Le gouvernail reste confié aux mains les plus capables de le tenir . A l'amiral Verhuell succède, en 1846, comme président, le comte Jules Delaborde, L'historien distingué du protestantisme, le défenseur zélé de la liberté religieuse ; puis, à partir de 1873, M. le baron Léon de Bussierre, ancien conseiller d'Etat, que la Société a eu la douleur de perdre le 17 février 1893. M. le baron Léon de Bussierre n'a pas seulement présidé aux travaux du Comité avec un soin et un zèle qui n'eurent d'autres limites que celles de ses forces physiques; par sa libéralité jamais épuisée, par l'intérêt très
actif qu'il prenait à l'œuvre, et par l'appui moral qu'il donnait aux ouvriers, il a puissamment contribué aux derniers progrès des Missions françaises. On retrouve son intervention dans chacune des entreprises récentes de la Société, notamment dans les débuts de la Mission du Zambèze et dans la construction de la Maison des Missions. Le souvenir des œuvres de M. de Bussierre ne sera effacé dans les cœurs que par le souvenir plus doux encore de sa personne et
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SOCIÉTÉS DE MISSIONS
de son caractère chrétien, un des meilleurs et des plus complets qu'il nous ait été donné de rencontrer.
Quant au Comité, à mesure que la mort fait des vides dans son sein, il comble en appelant à lui les hommes les plus distingués par leur piété et par leurs capacités : ce sont, pour ne nommer epic quelques-uns de ceux qui ne sont plus : MM. Victor de Pressensé, Henri Hollard, I)1' Lamoureux, L. Mcyer, Vermeil, A. de Gasparin, L. Valette, Ch. Meyrueis, Ad. Monod, G. Fisch, E. Berger, Edmond de Pressensé, Eugène Bersier, comte R. de Pourtalès, E. Granier, L. Gruner, amiral Jauréguiberry. La maison des Missions, de son côté, ne change de directeur que deux fois; à M. GrandPierre, qui se relire après trente années de services, succède en 1856 le missionnaire Eugène Casalis, remplacé lui-même en 1882 par le directeur actuel, M. le pasteur A. Boegner.
Quant à l'œuvre accomplie par la Société, on peut y distinguer trois phases. La première, coïncidant avec la direction de M. GrandPierre, est la phase créatrice; pendant sa première moitié surtout, l'élan des débuts subsiste, les stations se multiplient au sud de l'Afrique; en France et dans les autres pays de langue française, la Suisse romande, les Eglises wallonnes de la Hollande, la Belgique, les Vallées vaudoises d'Italie, les Eglises du Refuge des différents pays protestants (1), l'attachement aux Missions ne cesse de grandir, le nombre des Comités auxiliaires augmente; les recettes, qui étaient en 1824, à la clôture du premier exercice, de 13,001 fr. 95 c, atteignent dès l'année 1830 la somme de 31,141 fr. 30 c, et dix ans après 71,113 fr. 80 c. ; l'année suivante, 1841-42, elles dépassent 100,000 fr. Ce mouvement ascensionnel se continue dans la suite avec les intermittences inévitables. Cependant vers 1845 il se produit un ralentissement; les envois de missionnaires cessent pour un temps; la création de nouvelles stations est ajournée. Cette éclipse, due à diverses causes, atteint son maximum en 1848 : la Maison des Missions est fermée et les élevés, dispersés, renoncent à partir, à l'exception d'un seul, M. Théophile .]< Misse. C'est alors que la tournée de M. E. Casalis en Europe, en 1849-50, vient ranimer les courages; pour un grand nombre d'Eglises cette visite, la première d'un missionnaire français, est le point de départ d'un nouvel élan. La Maison reste toutefois fermée jusqu'en 1850, où elle se rouvre enfin, à Passy, sous la direction de M. Casalis lui-même, rappelé du Lessouto à cet effet.
(1) Ces diverses régions, notamment la Suisse française, n'ont cesse de donner à la Société des Missions de Paris un concours énergique en hommes et en argent.
MISSIONS RVANGELIOURS
M. Casalis apportait à ses nouvelles fonctions l'expérience de vingt-trois années de vie missionnaire el la flamme d'un zèle qu'il excellait à communiquer. Avec son installation commence une seconde ère dont le trait caractéristique est, outre l'impulsion donnée à l'œuvre du Lessouto, l'ouverture presque simultanée de deux champs de travail dans les colonies françaises, auparavant fermées à la propagande évangélique. Ce sont : en Océanie, les îles de la Société, Tahiti et Mooréa, amenées vers 1820 à la foi chrétienne par h ;s missionnaires de la Société de Londres, et obligées par rétablissement du protectorat de la France en 1860 à demander à nos Églises des pasteurs que la Société des Missions est heureuse de fournir en 1862| l); et, en Afrique, le Sénégal, où elle place, en 1862 également, le premier missionnaire. Antérieurement à ces deux entreprises, dès 1860, deux missionnaires, MM. Hau et Bonhoure, axaient été envoyés en Chine; dans le cours de 1863, un autre, M. Perrelet, se rendait à l'île Maurice. On le voit, un bel élan marque ces années, et cependant des œuvres commencées alors deux seulement ont survécu; celle de Tahiti, accrue récemment par suite d'annexions nouvelles, et celle du Sénégal, qui n'a pas pris jusqu'à ce jour une extension proportionnée aux sacrifices faits en sa laveur. Il en est autrement au Lessouto. Aux nombreux envois de missionnaires qui suivent les débuts de M. Casalis comme directeur (F. Coillard en L858, P. Germond et A. Mabille en 1859, F. Ellenberger en 18(51, L. Duvoisin en 1862, Dr E. Casalis en 1864), répond la c réation
(1) Le premier missionnaire envoyé fut M. Arbousset qui partit en 1862, suivi peu de mois après par M. le pasteur Atger, sou gendre.
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SOCIÉTÉS DE .MISSIONS
d'un nombre presque égal de stations (Maboléla 1860, Thabana Morèna 1861, Siloé 1862, Massitissi 1866, Smithfield 1868). La seconde moitié de la direction de M. Gasalis, de 1870-74 à I SS2, inoins riche <jue la première en événements, est cependant marquée encore par plusieurs envois de missionnaires dans l'Afrique du Sud, au Sénégal et à Tahiti, et, présage de nouveaux progrès, par le premier voyage du missionnaire Goillard au Zambèze.
La création d une nouvelle Mission sur les bords de ce fleuve lointain ouvre la période actuelle qui a été jusqu'à ce jour une période d'expansion.