I. COUP D'ŒIL HISTORIQUE
On aurait pu croire que les Eglises protestantes de France, affaiblies par trois siècles de souffrances, et absorbées par le soin de leur reconstitution, demeureraient étrangères au mouvement qui, vers le commencement de ce siècle, amena la création des grandes Sociétés de Missions d'Angleterre, d'Amérique, d'Allemagne, de Hollande. Il n'en fut rien. Dès 1820 on vit se former à Toulouse et ailleurs de petites associations d'amis des Missions. Deux ans après, le 4 novembre 1822, un groupe de chrétiens de la capitale donnaient un centre à ces efforts en constituant la Société des Missions évangêliques parmi les peuples non chrétiens, établie à Paris. Le Comité fondateur comprenait les hommes les plus remarquables que possédât alors le protestantisme parisien; à côté des pasteurs réformés et luthériens (1) Marron, Jean Monod, Juillcrat, Gœpp, Boissard, représentants du passé, il comptait des savants, des écrivains et des philanthropes tels que les Stapfer, les Kieffer, les Auguste de Staël, les d'Ounous; et ces hommes pleins de foi et de zèle, alors jeunes et auxquels nos Églises doivent la plupart de leurs œuvres d évangélisation et de charité : Frédéric Monod, Henri Lutteroth, François Delessert, Bartholdi , Dobrée, Waddington, et le Rév. Mark Wilks; ce dernier était le trait d'union vivant entre la jeune Société de Paris et ses sœurs aînées d'Angleterre, comme la visite de l'inspecteur Blumhardt avait constaté son lien en quelque sorte filial' avec la Société de Bâle, à laquelle les amis des Missions de France avaient envoyé leurs premiers dons.
(1) La Société des Missions repose sur le principe de l'Alliance évangélique. Son Comité est composé de membres des Eglises réformée, luthérienne et libre.
SOCIETES DE MTSSIONS
A peine constituée cl pourvue d'un président, l'amiral comte Yerhucll, chrétien aussi dévoué à la cause de Dieu, depuis sa conversion, qu'il l'avait été comme marin au service du drapeau, le Comité envoya une double circulaire aux Églises. Par la première il les informait de sa constitution; par la seconde il les conviait à intercéder pour les Missions, faisant ainsi de la prière le point d'appui de son œuvre. Son second acte fut la création d'une Maison des Missions,
qui fut ouverte en 1823, et dont M. A. Galland, un des pasteurs de l'Eglise française de Berne, prit la direction en 1824. Dès lors, chaque année voit s'accomplir quelque événement important ou quelque progrès. En 1825 la Maison des Missions reçoit son premier élève français, M. Lemue. En 1826, le Journal des Missions évangéliques prend la place du Bulletin qui depuis 1823 avait apporté
aux Eglises les nouvelles des Missions. En 1827, M. Galland, obligé pour des motifs de santé à se retirer, est remplacé à la direction de la Maison des Missions par l'homme en qui s'est incarné pendant de longues années l'activité de la Société, le pasteur Henri GrandPierre. En 1829 la Société a la joie de faire partir pour l'Afrique du Sud ses trois premiers envoyés, Prosper Lemue, Isaac Bisseux et Samuel Rolland, qu'un quatrième missionnaire, J.-P. Pellissier, allait rejoindre deux ans après. En 1832, le 11 novembre, se place encore un triple départ : celui de MM. Casalis, Arhousset et Gosselin. Enfin en 1833, au mois de juillet, a lieu la fondation du poste de Morija. dans le pays des Bassoutos, qui devient des lors et est resté jusqu'à ce jour le principal champ de travail de la Société des Missions.
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