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DES MALADES PROTESTANTS DANS LES HOPITAUX DE PARIS

Cette œuvre existe depuis une trentaine d'années. Le Comité qui l'a fondée a été longtemps présidé par M"10 la baronne de Staël, qui, héritière d'un grand nom, se dévoua sans réserves à nos œuvres charitables; la présidente actuelle est Mmc Philippe Hottinguer.

C'est une œuvre d'initiative privée, faite uniquement par des dames et dont le budget est alimenté par une collecte annuelle. Sans avoir aucune attache officielle, elle est reconnue par l'administration de l'Assistance publique de Paris, sous la direction de laquelle sont placés les hôpitaux et les hospices de la capitale. Pour rendre possible, à toute heure, l'entrée dans ces établissements des dames visiteuses, celles-ci sont pourvues d'une carte spéciale. L'administration en met annuellement une trentaine à la disposition du Comité.

L'œuvre du Comité est à la fois religieuse et philanthropique. Les dames visiteuses essayent d'exercer une action spirituelle sur les malades qu'elles visitent; elles leur lisent quelques passages de l'Ecriture et font une prière avec eux aussi souvent que cela est possible. En même temps elles s'informent de la situation de famille de chacun d'eux; elles préviennent les parents dont

ŒUVRES DE CHARITÉ

les (ils ou les (illcs sont malades et ne peuvent écrire; elles apportent, outre les Nouveaux Testaments, les livres, les journaux religieux, quelques douceurs et laissent régulièrement une petite somme aux malades pauvres qu'elles visitent.

On peut estimer à un chiffre de 2 à )},000 les malades protestants visités annuellement dans les treize hôpitaux de Paris. Le budget de l'Œuvre est

d'environ 2,500 fr. Une partie de cette somme est consacrée à l'entretien des diverses bibliothèques religieuses.

A la sortie de l'hôpital, les malades femmes peuvent être admises à la Maison de convalescence, 127, rue de Longchamp, à Passy. Ce sont les dames visiteuses qui délivrent les cartes d'admission aux femmes qui leur semblent avoir besoin de quelques semaines de repos et de régime fortifiant.

Cette œuvre a été, dès sa fondation, éminemment utile. Aujourd'hui on peut dire qu'elle est de première nécessité. Autrefois, au moment de son admission, le malade était invité à déclarer le culte auquel il se rattachait. Le nom des malades protestants était d'office consigné dans un registre spécial. Le pasteur, au moment de sa visite, n'avait qu'à consulter ce registre pour connaître le nom et l'adresse de ses coreligionnaires. Aujourd'hui nulle question n'est posée aux malades au sujet de leur croyance religieuse. Les pasteurs ne doivent visiter que les malades qui les font spécialement appeler. D;ms ces conditions les protestants seraient absolument ignorés et

MADAME I.A BARO.NNE DE STAEl.

ŒUVRE DE LA CHAUSSÉE-DU-MAINE

resteraient privés de toute visite, si les dames visiteuses ne les découvraient. Elles sont, pour cela obligées de parcourir salle après salle, de s'informer à haute voix de la présence éventuelle d'un malade. Travail difficile et fatigant, mais travail indispensable. La visite de la dame de charité prépare et rend possible en bien des cas la visite du pasteur.

Cette œuvre modeste, peu connue, continuée avec suite et persévérance, inspirée par la sympathie chrétienne, a rendu de grands services et est appelée à en rendre encore. Les encouragements ne lui ont jamais fait défaut. Que d'expériences bénies on pourrait raconter! Que de bien ont fait ces visites! epic de souffrances allégées, que d'agonies rendues moins douloureuses, que de services aussi rendus à des veuves, à de pauvres orphelins! La conscience de ce bien accompli est la meilleure récompense que puissent désirer les dames qui se sont vouées à une œuvre difficile, mais utile, nécessaire et digne de la sympathie de tous les chrétiens.

Au nom du Comité, HENRIETTE FaVARGER,

ŒUVRE DE LÀ CHAUSSÉE-DU-MAINE

L'institution qui porte le nom d'Œuvre de la Chausséc-du-Mainc, en souvenir du quartier où elle a commencé, a eu un début des plus modestes. Gréée dans l'automne de l'année 1871, elle ne devait avoir, dans la pensée de ses fondatrices, qu'une durée très limitée.

C'était simplement à l'origine une sorte d'ouvroir destiné à procurer du travail et des vêtements aux victimes de la guerre civile. Des écoles vinrent s'y ajouter, et bientôt tout un réseau d'oeuvres de relèvement se forma autour du centre primitif : réunions de diverses natures, cours du soir, conférences, bibliothèque populaire, caisse d'épargne pour les loyers, dispensaire, assistance par le travail; enfin création d'un atelier-école, qui, après avoir commencé dans notre local, s'est constitué en œuvre indépendante. Tel est le passé* de notre Œuvre, mais c'est à son organisation actuelle que nous voulons nous arrêter.

Les circonstances y ont amené peu à peu des modifications considérables.

ŒUVRES l)K CIIAIUTF

La réorganisation dos (Voles de la ville rendant inutiles nos écoles primaires, nous n'avons eonscrvé que l'école maternelle, qui compte une centaine d éniants de trois à sept ans, sous la direction de deux excellentes institutrices.

La plupart d'entre eux prennent le repas de midi que fournit la cantine de l'école, et ceux dont les mères travaillent hors de chez elles peuvent rester jusqu'au soir sous la surveillance d'une personne spécialement chargée de s'occuper d'eux.

L'école du dimanche et celle du jeudi réunissent un grand nomhre d'enfants plus âgés.

Cette dernière est partagée entre l'instruction religieuse et l'amusement : récits, musique, promenades dans les musées, quelquefois même la représentation d'une petite comédie. Dès la rentrée en octobre on voit les enfants arriver en foule pour demander si l'école du jeudi ne va pas recommencer. Outre l'école maternelle et celle du dimanche et du jeudi, nous avons conservé la caisse d'épargne pour les loyers et une caisse de secours qui a pour but essentiel de venir en aide aux misères causées par la maladie et le chômage, et surtout de donner de temps à autre un de ces secours efficaces qui permettent à une famille de se remettre à flot. Notre Ouvroir subsiste aussi; il a même pris ces dernières années plus d'importance sous la direction de M""' Adolphe Puaux depuis qu'il a été transféré de la rue de Vaugirard au boulevard Saint-Michel, n° 129. Son but est de venir en aide aux ouvrières qui ne peuvent travailler dans les ateliers. Les femmes viennent chaque semaine chercher et rapporter les travaux à l'aiguille qui leur sont confiés. L'Ouvroir se charge de la confection des trousseaux, layettes, linge de maison et vêtements de pauvres.

Nous arrivons maintenant au couronnement de notre Œuvre, à notre dernière création, l'Asile temporaire, 74, rue des Fourneaux, destiné aux enfants dont les mères sont malades ou à l'hôpital, le seul établissement de ce genre qui existe en France. Il y a dix ans que M"8 Vieux, directrice de l'Œuvre de la Chaussée-du-Maine, eut la pensée vraiment maternelle d'utiliser les salles d'école restées inoccupées pour y recueillir quelques pauvres enfants que la maladie ou la mort privaient des soins de leurs mères. L'Asile temporaire commença modestement par un dortoir de 9 lits. En sortant de l'hôpital ou de la Maternité les mères qui venaient reprendre leurs enfants étaient surprises et ravies de les trouver en meilleur état que lorsqu'elles les avaient quittés. C'est que la nourriture saine et régulière, les soins de propreté, le bon air, le soleil entrant à flots dans les dortoirs et les préaux avaient fait des miracles.

ŒUVRE DE LA CHAUSSÉE-DU-MAINE

Et ce n'étaient pas seulement les corps chétifs qui avaient profite de ce régime bienfaisant, les cœurs et les intelligences s'étaient épanouis dans une atmosphère de tendresse et de gaieté. Les demandes devinrent si nombreuses qu'il fallut agrandir l'Asile, ouvrir un autre dortoir, et augmenter le nombre des lits en les portant à 27, c'est le chiffre réglementaire, mais il arrive bien souvent qiïe l'Asile en contient quelques-uns en surcroît. En 1888, par exemple, 38 enfants ont été reçus ensemble, mais alors il y avait des corbeilles d'osier dans tous les coins disponibles. La chambre de la directrice en est par moments encombrée, et cela nous fait alors ardemment souhaiter un local plus vaste, mieux aménagé, avec une infirmerie, un séchoir, etc.

Tous ceux qui visitent l'Asile temporaire sont frappés de l'atmosphère de gaieté et de liberté qui y règne. Les grandes fdles de huit à douze ans, au retour de l'école, s'occupent des plus petits, qui sont toujours très nombreux, et se préparent ainsi à leur vocation future. Partout les regards des enfants rencontrent des regards affectueux, des visages souriants, des objets propres à les égayer, des images, des jouets, des animaux, des fleurs. On ne néglige aucune occasion de mettre un peu de joie et de soleil dans ces petites vies qui, plus tard, en auront peut-être si peu.

N'ont-ils pas droit, les enfants des pauvres, aux plaisirs simples et bienfaisants dont les éléments sont si largement répandus dans la création? Il faut qu'ils se sentent aimés, qu'ils soient heureux pendant cette période plus ou moins longue où ils nous sont confiés, qu'ils obéissent par amour plutôt que par crainte, qu'ils puissent garder de l'Asile un doux souvenir.

Pendant trois mois chaque année, l'Asile tout entier est transporté à la campagne, dans une belle ferme du Loiret mise à notre disposition par une famille amie de notre Œuvre; nous lui adjoignons des enfants choisis parmi les plus pauvres, les plus chétifs, ceux que la maladie a éprouvés pendant l'hiver; le nombre de ces privilégiés dépend des dons qui nous sont faits pour ce but spécial. Pendant l'été de 1892, l'Œuvre des Colonies de vacances a envoyé 196 enfants à la campagne. Le séjour d'un mois revient à 30 fr. pour chaque enfant.

En 1892 nos recettes générales se sont élevées à 55,229 fr. 05 c. Nos dépenses n'ont jamais dépassé nos recettes et nous avons eu le rare bonheur de ne jamais enregistrer de déficit.

Encore un mot sur l'esprit qui pénètre notre Œuvre. Nous croyons pouvoir dire sans orgueil que c'est celui d'une vraie largeur chrétienne et humaine.

ŒUVRES DE CHARITÉ

Notre maison est ouverte à tous sans distinction de religion et de nationalité. Aussi combien de sympathies nous avons rencontrées, que de cœurs se sont ouverts pour nous, que de mains, se sont tendues pour nous aider! Cet Asile de si modeste apparence est un foyer qui attire et concentre bien des rayons. Plus d'un cœur s'y réchauffe et s'y épanouit au contact de ces petits êtres confiants et aimants dont il est dit que « le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent ».

L'œuvre a pour présidente M"R Elise de Pressensé et pour secrétaires Mme Frank Puaux et M. le pasteur Hollard.

Elise de Pressensé.

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