PARIS — ORPHELINAT DE RON-SECOURS
L'Orphelinat protestant de Bon-Secours, établi dans un bel immeuble du faubourg Saint-Antoine, 95, rue Alexandre-Dumas, réunit 45 à 50 garçons orphelins protestants, de quatre à quatorze ans, qui fréquentent l'école communale du quartier et suivent les instructions religieuses et les cultes de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg. La fondation en est duc à l'initiative d'un vénérable pasteur alsacien, M. Ilosemann, devenu, en 1855, pasteur du quartier Saint-Antoine. Frappé des immenses besoins des faubouriens protestants, il voulut leur donner tout ensemble un lieu de culte, où l'Evangile fût régulièrement prêché, des écoles de garçons et de filles et un internat pour orphelins des deux sexes, avec un asile de vieillards.
Commencée avec foi, confiée à un brave ouvrier chrétien et à sa femme, cette œuvre très économique eut d'emblée le cachet de l'humilité et de la charité, ces deux vertus chrétiennes par excellence. Comme il arrive à l'ordinaire,
ŒUVRES DE CHARITE
l'expérience démontra qu'il fallait concentrer ses efforts sur un point. Les filles orphelines étant mieux pourvues à Paris que les garçons, on se borna à ces derniers; les écoles dévinrent moins nécessaires, vu le grand développement des écoles communales; la cohabitation des vieillards pauvres avec les enfants ayant eu des inconvénients moraux, on renonça à recevoir des vieillards, et maintenant Bon-Secours n'est plus qu'un Orphelinat de garçons.
Le pasteur lloseniann, qui avait participé à Nérac au réveil religieux du premier tiers de ce siècle, imprima à son œuvre un caractère chrétien et ecclésiastique qu'elle n'a pas perdu. Après la retraite du pieux couple d'ouvriers Waltcr, la nouvelle directrice, M",e Baer, dut faire traverser à nos orphelins et à nos vieillards les temps si difficiles des
OUPHEI.IX.VT DE BON-SECOTJRS
deux sièges de Paris.
Après elle, une digne fille de l'Alsace, soutenue par son père, vieillard pieux et modeste, a dirigé l'Orphelinat, et présidé à son transfert de l'ancien local des sœurs de Notre-Dame-
de-Bon-Secours à notre nouvel immeuble, situé 95, rue Alexandre-Dumas. Le nom a été conservé comme étant de bon augure et perpétuant le souvenir historique de la belle époque de la charité française catholique, alors que, sous l'influence de saint Vincent de Paul, surgirent un grand nombre d'oeuvres de charité et de piété, et qu'en 10^8 fut fondée par Emmanuelle-Madeleine de Bouchavannes l'établissement des religieuses de Notre-Dame-de-Bon-Secours.
La marche régulière de l'œuvre, la comptabilité rigoureusement réglée par un ami des pauvres, feu M. Henri Goguel, l'esprit de subordination, de travail et de simplicité qui s'est maintenu dans l'Orphelinat, lui ont assuré une grande et générale bienveillance. L'Etat lui accorde un subside annuel de 500 fr. ; une collecte à domicile et une Vente de poupées, organisée par des dames parisiennes, lui procurent des ressources suffisantes. Bon nombre de nos jeunes
ORPHELINATS DE GARÇONS
orphelins entrent après leur première communion dans la Maison ouvrière, pour y séjourner pendant les années de leur apprentissage; ils restent en rapport avec la directrice et l'encouragent souvent par leur bon esprit de fidélité et de piété.
Les immeubles appartiennent à une Société civile, présidée par M. Albert Juncker. La maison de la rue Alexandre-Dumas, 9."), a été construite dans des conditions exceptionnelles de bon marché, et grâce à l'intervention d'un des membres du Comité, M. Viéville, l'acquisition des 1,31'8 mètres de terrain n'a coûté que 32,779 fr. 40 c. La construction, faite sous la direction de M. Augustin Rey, architecte, a coûté, avec le mur d'enceinte, 78/i/i2 fr. Nous aimons à nous rappeler que c'est un enfant pieux et mourant qui a insisté sur son lit de mort, auprès de ses parents, pour que l'œuvre fût, presque dès son entrée dans le nouveau local, entièrement libre de toute dette. Ce souvenir bienfaisant est resté une bénédiction pour nos orphelins.
Nos dépenses sont extrêmement modérées, puisque pour 45 à 50 enfants notre budget est de 14,000 fr. environ.
L'Asile de Bon-Secours nous prouve, par toute son histoire, que l'on peut faire, avec des moyens fort restreints, une œuvre efficace à la gloire de Dieu et pour le bien durable de la société, lorsque les seuls mobiles en sont la foi et la charité chrétiennes.
F. DUMAS, Pasteur. G. ApPIA, Pasteur.