SAVERDUN — INSTITUT DE CHARITÉ
Entre tous les Orphelinats protestants de France, celui de Saverdun mérite, par son importance, d'être mis au premier rang. Fondé en 1839, il est dû à l'initiative de quelques hommes de foi et d'action dont le souvenir se trouve intimement mêlé à la vie religieuse du protestantisme dans le midi de la France pendant cette période. C'étaient MM. d'Ounous, de Larlenque, Faure, Laurens, le pasteur Lacroix, de Saverdun; M. Alba-Lasource, de Castres; enfin, les trois frères Frank, Louis et Armand Courtois et le pasteur Chabrand, de Toulouse.
Les débuts de l'œuvre furent modestes autant que les progrès en furent rapides et constants. Ouverte en février 1840 avec il élèves, la maison en comptait déjà 33 avant la fin de l'année. Elle en abrite aujourd'hui 125. La reconnaissance comme établissement d'utilité publique lui ayant été accordée en 1848, l'Institut de Saverdun ne tarda pas à recevoir, par testament, quelques
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biens-fonds, grâce auxquels, conformément à ses statuts, il put se constituer en une sorte de ferme modèle et diriger vers l'agriculture et le jardinage le plus grand nombre des enfants que les Eglises lui confient. Les modestes revenus qu'il relire de ses terres, joints au produit des souscriptions recueillies et à celui d'une subvention annuelle (.'{,000 fr.) du ministère de l'agriculture, lui ont permis jusqu'à ce jour d'équilibrer son budget. Ce dernier s'est élevé, pour l'exercice 1891-92, à la somme de 56,000 fr.
L'Institut de Saverdun est administré par un Comité de dix membres. C'est ce Comité qui décide des admissions, contrôle la gestion du directeur et veille avec soin sur les intérêts matériels et moraux de l'œuvre. L'âge d'admission varie de six à douze ans. La sortie réglementaire a lieu à dix-huit, mais elle demeure facultative à partir de seize, sur le désir qui en est exprimé par la famille ou les protecteurs de l'enfant. Pendant toute la durée de leur séjour dans la maison, les jeunes orphelins reçoivent une solide instruction primaire (pie l'obtention du certificat d'études vient couronner chez la plupart d'entre eux. C'est ainsi que 144 certificats d'études ont été obtenus dans l'espace de treize ans. A partir de l'âge de quatorze ans, les élèves sont plus spécialement appliqués aux travaux des champs et initiés par de bons chefs pratiques à tous les détails de la vie de cultivateur ou de jardinier. Toutefois ils n'interrompent pas entièrement leurs études et continuent à suivre la classe deux heures par jour. Au reste, il est fait régulièrement à chacun d'eux une remise sur la valeur de son travail. Cette remise ou pécule, payée en argent, et dont il est tenu un compte exact, s'élève souvent à plus de 100 fr. au moment de la sortie de l'élève. A cette somme, il convient d'ajouter chaque année le montant de ses prix d'encouragement, également payés en argent, après concours. Ces prix embrassent toutes les matières scolaires ou pratiques. C'est ainsi qu'à côté des prix d'instruction primaire, d'arpentage, de musique ou de dessin, le Comité décerne des prix de gymnastique, d'exercices militaires, de natation, auxquels viennent se joindre les prix agricoles, tels que ceux des soins du bétail, de labourage, de fauchage, de culture maraîchère, de taille de la vigne, etc.
De sa masse, qui dépasse assez souvent 300 fr., le jeune orphelin n'emporte à sa sortie que le produit de son pécule. Le surplus, qu'il ne touchera qu'à I âge de vingt et un ans, est déposé en son nom à la caisse d'épargne de Saverdun. Enfin, après son départ, une rente perpétuelle, dite « Rente Isabelle », placée en fonds de l'Etat, permet encore à l'établissement, vraie maison paternelle, de le suivre dans la vie et de suppléer la famille absente, en venant
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parfois assez largement en aide, par des secours pécuniaires, à ceux d'entre les anciens élèves que l'épreuve ou la maladie pourraient frapper. Le Comité n'y met qu'une seule condition, c 'est qu'ils ne se soient pas rendus indignes, par leur inconduite, de la sollicitude de leurs amis.
857 jeunes gens ont été recueillis jusqu'à ce jour dans l'Orphelinat de Saverdun. Sur ce chiffre, 732 en sont sortis. La plupart lui font honneur. On compte parmi eux 6 pasteurs dont l missionnaire, 52 instituteurs, 15 négociants, 43 employés de bureau, 35 régisseurs dont 2 à Buenos-Ayres, 18 officiers. Les cultivateurs sont de beaucoup les plus nombreux. Ils dépassent 300, auxquels il faut ajouter 26 jardiniers et 30 domestiques. Les autres, au nombre de 200 environ, exercent divers métiers manuels.
Pour entretenir, instruire et doter, ne serait-ce que d'un modeste pécule, une si nombreuse famille, le Comité a dépensé depuis la fondation, c'est-à-dire depuis un demi-siècle, la somme de trois millions de francs (exactement 2,929,113 fr.), dont la plus grande partie lui a été fournie par des souscriptions volontaires. En remerciant les Eglises de France du fidèle intérêt qu'elles portent à cette œuvre, le Comité rend grâce à Dieu d'avoir bien voulu éveiller leur charité fraternelle en faveur de ces pauvres et de ces petits que Jésus aimait.
A. PaRLIER, Secrétaire. COURTOIS DE VlÇOSE, Président.