CHARLES VERSES
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(!(•■> institutrices, auxquelles un ministre avait eu le triste courage de retirer l'allocation de 2,000 IV. partagée annuellement entre les moins rétribuées : (uned'entre elles recevait un traitement de 85 IV. par an). Ne fallait-il pas aussi encourager et faciliter les vocations pour cette carrière toute de dévouement et de sacrifice? La munificence de M. Henri Ilottinguer, donnant une maison, un jardin et une rente perpétuelle de 5,000 fr., permit d'ouvrir en 1858, après quatre années de démarches, l'Ecole normale de Boissy-Saint-Léger; elle est encore en pleine vitalité.
Pendant trente ans la Société s'était passée d'agent, grâce au dévouement de ses secrétaires, M. Laffon de Ladébat d'abord, M. Meyer par intérim, pendant longtemps M. Montandon, et enfin l'infatigable M. d'Aldcbcrt qui lui avait donné « sans réserve et son cœur et son temps ». Mais la tache était devenue trop absorbante, et en 1859 le Comité fit appel au concours de M. le pasteur Renous : ses tournées départementales augmentèrent les ressources annuelles d'une moyenne de 26,000 fr.
Avec le ministère de M. Duruy, l'instruction primaire prit en France, à partir de 1865, un essor inespéré. La Société, se maintenant à la hauteur de ses devoirs nouveaux, votait dans ce seul exercice 41,265 fr. d'allocations à i'i'i écoles qui n'eussent pu exister sans ses secours. Elle était elle-même puissamment stimulée par le don de 75,000 fr., fait en 1868-1869 à la condition que le nom du bienfaiteur, M. D. M., ne serait jamais imprimé.
Les épreuves de la guerre et de l'invasion interrompirent douloureusement cette marche constamment ascendante. Quand le pays reprit possession de luimême, c'est dans la diffusion de l'instruction primaire sur la plus large échelle qu'il chercha les principaux éléments de son relèvement. La Société a traversé alors une période de transition pendant laquelle, en présence d'une part du service militaire rendu obligatoire et, d'autre part, des dispenses accordées à l'enseignement libre congréganiste, elle parvint à obtenir, non sans peine, que les directeurs d'écoles entièrement subventionnées par elle auraient, eux aussi, le bénéfice de l'exemption du service par l'engagement décennal ; de plus que les écoles protestantes reconnues par des Consistoires pourraient être désignées par le ministre comme aptes à procurer ce môme bénéfice à plusieurs de leurs instituteurs. Ce régime dura dix ans, mais il fallut, pendant ces dix années, suivre pas à pas, région par région, souvent école par école, l'application des exemptions obtenues. Les obstacles, modifiés dans la forme, restaient les mêmes dans le fond : jamais peut-être l'intervention de la Société n'a été plus répétée,
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plus nécessaire. Mais rien ne pouvait lasser le zèle, nous dirions volontiers raideur débordante de son président, M. Félix Vei nes. Ce sont les communes, les maires, les préfets, le Conseil départemental qu'on devait ramener à l'exécution de la loi, parfois le Conseil d'Etat dont on était forcé de réclamer l'intervention. (Voir l'histoire plus détaillée des cinquante premières années dans le Rapport du Jubilé, avril 1880).
Nous ne saurions oublier qu'à cette époque correspondent les libéralités de Mmc Maracci, mettant le Comité à même de consacrer 8,000 fr. à la fourniture de matériels scolaires pour les plus déshéritées de nos protégées, tandis que Mme Bouthenot-Peugeot organisait, en 1874, avec le Comité auxiliaire de dames d'Audincourt, une Vente annuelle qui a duré jusqu'à son décès, c'est-à-dire onze ans.
Au moment où elle célébrait son cinquantenaire, la Société était à l'a veille de transformations et de difficultés nouvelles.
Tout, en effet, a changé de face avec les lois récentes, celles du 16 juin 1881 déchargeant les familles de la rétribution scolaire, du 28 mars 1882 excluant l'élément religieux de l'école et établissant l'instruction obligatoire, du<30 octobre 1886 décidant l'ouverture d'une école par commune, lois complétées par la dernière du 19 juillet 1889. Désormais eVst l'Etat qui passe au premier rang et qui fait de renseignement primaire un grand service public, mais il supprime
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en même temps toutes les subventions et toutes les bourses accordées à l'enseignement privé el à ses Écoles normales.
Un double courant s'esl alors dessiné dans le protestantisme français. Eos uns ont pensé que le danger du prosélytisme étant écarté, il devenait superflu de soutenir des écoles séparatistes, et ils ont renoncé aux leurs, comptant sur l'impartialité de celles de l'Etat. Les autres ont redouté au contraire pour leurs enfants — et non sans raison, l'expérience le prouve déjà — une éducation d'où est banni l'enseignement religieux; ils ont constaté la difficulté qui existe à faire donner régulièrement cet enseignement en dehors de l'école, dans des régions où le pasteur est seul à desservir plusieurs communes ; ils ont reconnu que l'école, aujourd'hui comme aux temps de la Réforme, est la vraie pépinière de l'Église, et que la disparition de l'école compromettrait l'existence de plus d'une Eglise.
Il en résulte actuellement pour la Société une responsabilité de double nature. A ceux qui ne veulent et ne peuvent se passer de leurs écoles confessionnelles, il lui faut continuer ses allocations : et déjà, dans plusieurs paroisses où l'on avait cru pouvoir fermer les écoles franchement chrétiennes, le prosélytisme de la pensée athée, ou, chose étrange, l'influence renaissante d'instituteurs catholiques donnés à des enfants protestants, ont obligé à les rouvrir et à recourir aux subsides d'autrefois.
Au nombre des écoles indispensables qui sont laissées à l'initiative privée, nous signalerons expressément celles de filles; un nombre considérable de communes n'en possèdent d'ailleurs aucune relevant de l'Etat, la loi ne les rendant obligatoires que lorsqu'il y a plus de 500 habitants, puis celles des hameaux isolés, dont les enfants seraient exposés sans elles à demeurer dans l'ignorance des plus sombres jours du passé (par exemple celle de Campis (Lozère), située à 6 kilomètres de toute autre école par des chemins de montagne). Enfin celles dites catéchuménales (1) ; » ces dernières recueillent pendant un certain temps les enfants des familles disséminées et perdues dans des milieux catholiques, les instruisent et les préparent à la communion, en un mot leur fournissent les moyens d'être et de rester protestants.
Nous ne saurions oublier non plus quelques écoles d'adultes très fréquentées, et surtout les écoles maternelles, où l'on dépose dans les jeunes âmes la semence chrétienne en demandant à Dieu de la faire germer et mûrir.
Le second champ d'action de la Société est celui de l'enseignement
(1) Voir la notice sur les Catéchuménats rie Dijon et de Tonneins, p. 257, 258.
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religieux là où il n'est plus donné dans les écoles devenues non-confessionnelles; c'est la branche toute nouvelle et dont l'importance s'accroîtra d'année en année des « Ecoles du jeudi ». Il faut pourvoir au local, au chauffage, aux livres, aux frais de déplacement du pasteur, obligé de parcourir souvent de grandes distances pour venir parler aux enfants du Père de leur Seigneur et Sauveur Jésus-Christ : trop souvent, sans l'école du jeudi, ils ne le connaîtraient plus.
Sur toutes ces écoles, de quelque nature qu'elles soient, le Comité fient à posséder des renseignements précis. Aucune demande d'allocation n'est étudiée si elle n'est accompagnée d'un tableau explicatif où sont relevés le nombre des élèves, les présences à l'école, ses ressources, les résultats obtenus dans l'exercice écoulé : ce sont les éléments de l'enquête poursuivie d'année en année, les bases d'une statistique sur l'instruction primaire protestante.
La Société ne peut non plus se désintéresser de la question des instituteurs. S'il en faut d'abord pour les écoles restées confessionnelles, n'est-il pas nécessaire que les principes de lumière, de progrès et de foi, que l'esprit protestant aient une part d'influence dans le corps enseignant français en général. La laïcisation même des écoles leur permet maintenant de pénétrer dans bien des milieux autrefois absolument fermés. Forcée, en présence des difficultés comme des hésitations qu'ont amenées les nouvelles lois scolaires, de suspendre au moins pour quelque temps son Ecole normale de Courbcvoie, elle continue, comme elle l'a toujours fait, mais dans une mesure encore plus large, à entretenir des boursiers dans celles des départements. A l'Ecole normale d'instituteurs de Châtillon-sur-Loire, fondée par le pasteur Rossellotty en 1831, elle a constamment accordé pendant les huit ans de sa durée cinq bourses et demie; à l'Ecole modèle de Lille, fondée par M. le pasteur Marzials, sept bourses et demie de 1838 à 1844; à l'école stagiaire de Glay une moyenne de trois demi-bourses depuis 1831 ; à l'Ecole normale de Montbéliard, depuis L844, deux et quelquefois six demi-bourses. Elle a aidé de même l'Ecole modèle de Fénestrange (Moselle), fermée en 1871 après avoir formé pendant ses vingt-trois années d'existence 75 élèves-maîtres ; l'Ecole normale d'institutrices de Nîmes, où la Société a donné jusqu'à dix bourses par an, jusqu'à ce qu'elle soit devenue École de l'État en 1884; pendant quatre ans l'École modèle de Larzallier (Gard), et à^plusieurs reprises les pensionnats de jeunes filles de Jeanne-d'Albret à Nérac, Delorme à Sainte-Foy, Dupont à Valence.
L'Ecole modèle de Dieulefit (Drôme), fondée en 1828, et d'où sont sortis
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environ 220 élèves pourvus de leur brevet, a reçu d'elle depuis 1831 d'abord sept et demie, puis dix bourses et une part de 1,000 fr. dans le traitement du directeur. Celle de Mens, subventionnée depuis 1830, a vu croître successivement ses allocations jusqu'au chiffre qu'elles atteignent maintenant de 3,000 fr. par an.
En résumé, dans la longue carrière parcourue jusqu'ici, la Société a créé et entretenu plus de l/i()0 écoles de garçons ou de filles ou salles d'asile, dont les deux tiers ont été communalisées et sont entrées dans le domaine de l'instruction générale du pays. Elle a formé, dans ses propres Ecoles normales, 570 instituteurs à Courbevoie, 320 institutrices à Boissy-Saint-Légcr : ses larges subventions ont permis le fonctionnement des Ecoles normales des départements d'où sont sortis environ 800 instituteurs et 350 institutrices. De plus elle a aidé à l'organisation et au fonctionnement de 650 écoles du jeudi. Commencée avec un modeste budget de quelques milliers de francs, elle a consacré à l'œuvre de l'instruction primaire, ses comptes dûment contrôlés en font foi, une somme totale de plus de cinq millions.
Les dépenses du dernier exercice se sont élevées à 122,490 fr., dont 26,017 pour l'Ecole normale de Boissy-Saint-Léger, qui compte actuellement 26 élèvesmaîtresses, et 32,500 pour des écoles écloses de circonstances locales et que de généreux amis de l'instruction primaire protestante, après les avoir créées et dotées, ont demandé à la Société d'adopter. Sa situation comme établissement d'utilité publique, qui la rend apte à recevoir tous dons et legs, lui permet, en effet, d'assurer ainsi la perpétuité à des fondations dues à l'initiative privée : administrées par des Conseils locaux, ces Ecoles adoptées jouissent des avantages que leur procurent sa personnalité civile et son patronage. Elles sont jusqu'ici au nombre de 18 : Ferney (Ain), école libre de garçons, dépenses annuelles 1,200 fr. ; Fresnoy-le-Grand (Aisne), école libre de garçons, 1,500 fr. ; Sedan, école libre de garçons 2,000 fr. ; La Rochelle, école de filles et école maternelle, 2,500 fr. ; Cognac (Charente), écoles de garçons et de filles dites « Écoles Élisa », fondées par M. Lecoq de Boisbaudran, 5,000 fr. ; Molière-sur- Cèze (Gard), école libre de garçons, 1,200 fr. ; école libre de filles 800 fr. ; Bricy (Loiret), école libre de garçons, 1,550 fr. ; Le Creusot, fondation de jyjme yve Schneider : deux écoles libres de garçons, deux de filles, deux écoles maternelles, une École supérieure et une école de filles à Digoin, 15,000 fr.
La Société a subventionné, dans l'année 1892, 110 écoles libres réparties entre les départements suivants : Ain 10 écoles, Aisne 2, Algérie 2, Allier 4,
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Hautes-Alpes 3,Ardèche 3, Ariège i, Charente 4, Charente-Inférieure 2, Côted'Or 2, Côtes-du-Nord 3, Creuse 1, Drôme 2, Eure I , Gard 9, Gironde 3, Isère 2, Jura I, Loire 1, Lot-et-Garonne 5, Lozère 6, Marne 1, Haute-Marne I, Nièvre 1, Nord 4, Puy-de-Dôme 2, Basses-Pyrénées 2, Hautes-Pyrénées 2, Haut-Rhin 2, Saône-et-Loire 2, Savoie 1, Seine 4, Seine-Inférieure 2, Seine-et-Oise 3, Tarn 1, Vendée 4, Vienne 3, Haute-Vienne 3, Marne 1, Haute-Marne i, Nièvre 1, Yonne 1; — et 172 écoles du jeudi: Ain 6, Aisne 17, Algérie 1, Allier 3, Ardèche 21, Ariège 1, Calvados 5, Charente 5, Charente-Inférieure 3, Cher 3, Côte-d'Or 3, Creuse 1, Drôme 10, Gard 10, Gers 2, Hérault 3, Isère 3, Loire 3, Lot-et-Garonne 2, Lozère 26, Marne 2, Haute-Marne 2, Nièvre 1, Nord 4, Puyde-Dôme i, Basses-Pyrénées 7, Saône-et-Loire 2, Savoie 4, Seine 0, Seine- Inférieure 2, Deux-Sèvres 2, Tarn, 2, Vendée 6, Haute-Vienne 3.
Depuis sa fondation la Société a été présidée : de 1829 à 1852 par le marquis de Jaucourt, de 1852 à 1872 par M. Guizot, de 1873 à 1880 par M. Félix Vernes, dont l'active impulsion mit nos méthodes à même de répondre aux exigences croissantes de renseignement primaire; de 1881 à 1892 par M. Charles Robert, ancien Conseiller d'Etat, secrétaire général au ministère de l'instruction publique et collaborateur éclairé de M. Duruy; de 1892 à 1893 par le baron F. de Schickler.
Le Comité de dames a eu pour présidentes : Mmcs François Delessert de 1845 à 1874, baronne de Neuflizc 1874-1887, et Philippe Hottinguer, depuis 1887.
Le trésorier est M. le baron Rod. Hottinguer; l'agent de la Société M. le pasteur Labeille, 8, rue de Solférino, Paris.
Aux Expositions universelles de 18G7 et de 1878 la Société a obtenu une médaille d'or.
F. de Schickler.