‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 224 sur 326 · PARMI LES PROTESTANTS DE FRANGE · texte numérisé non relu

PARMI LES PROTESTANTS DE FRANGE

Pour donner même un simple aperçu de l'œuvre accomplie depuis soixante-trois ans par la Société pour l'Encouragement de l'Instruction primaire parmi les protestants de France, il faudrait pouvoir rappeler les phases successives par lesquelles a passé dans le pays cette question primordiale de l'instruction. Un peu avant la chute delà Restauration, alors que les fonds alloués à l'enseignement primaire dans le budget de l'Etat ne s'élevaient qu'à 50,000 fr. par an pour La France entière, quelques hommes de cœur et de foi crurent l'heure venue d'arracher nos enfants aune ignorance presque générale, et de reprendre ainsi l'un des principes fondamentaux de la Réforme : mettre chaque protestant en état de lire l'Evangile, de méditer et juger par lui-même les divines leçons, les sublimes vérités qu'il renferme. Fondée par MM. Bartholdi, François Delessert, trésorier et bienfaiteur anonyme de l'œuvre pendant quarante années, Denfert, Kieffer, Ed. Laffon de Ladébat, H. Lutteroth, baron Mallet, Matter, Martin fils, Jean Monod, baron Obcrkampf, d'Ounous, secondée par les sentiments libéraux du ministre M. de Vatimesnil, aidée par le savant Georges Cuvier, alors directeur des cultes non catholiques, l'association nouvelle obtenait du roi Charles X, par l'intervention de son président, le marquis de Jaucourt, la déclaration d'utilité publique. Les deux premiers articles des Statuts visés dans l'ordonnance royale du 15 juillet 1829, portent: « Le but de la Société est de seconder les progrès de l'instruction primaire parmi les protestants de France. La Société emploiera les fonds qui seront mis à sa disposition de la manière qui paraîtra la plus utile pour aider à l'amélioration des écoles existantes, à l'établissement de nouvelles écoles, et pour concourir, avec les institutions publiques ou particulières, à tout ce qui peut propager l'instruction primaire de la population protestante. »

De ces « écoles existantes » il n'y en avait encore que dans quelques milieux privilégiés, à Paris, Bordeaux, Montpellier, Marsillargucs, Nîmes et tout le département du Gard, et en Alsace : on s'efforçait d'y propager la méthode lancastrienne de renseignement mutuel dont les protestants, le pasteur

SOCIÉTÉ DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE

Martin fils en tête, ont été en France les initiateurs. Mais dans le reste du pays presque rien n'avait été fait jusque là dans ce sens, si ce n'est l'ouverture de deux très modestes Ecoles modèles, réunissant chacune 7 ou 8 élèves à peine, l'une fondée en 1822 par le pasteur Jacquet, dans le village de Glay, en Pays de Montbéliard, sur les confins de la Suisse (I), l'autre par le pieux Félix Neff, en 1823, à Mens, dans une vallée reculée du Dauphiné. Dans certaines régions ce n'était guère qu'un enfant protestant sur vingt qui apprenait à lire; dans des communes de la Charente-Inférieure et de la Dm me il n'y en avait pas un seul. Un des premiers actes de la Société naissante fut de décerner une médaille à Etienne Roland, simple tisserand, qui, partageant son temps entre son travail manuel et les leçons qu'il donnait autour de lui, avait parcouru depuis vingt ans les hameaux les plus pauvres du canton de Lacaune, et instruit gratuitement au moins la moitié de ses élèves, à la condition qu'ils instruiraient à leur tour leurs frères et sœurs.

Après l'avènement delà monarchie de Juillet, c'est à un membre du Comité, à M. Guizot, devenu ministre, qu'est due la grande loi du 28 juin 183:}. Elle amena une véritable révolution dans l'organisation de l'enseignement primaire et eut pour résultat d'augmenter en quatre ans d'un million le nombre d'enfants français fréquentant les écoles. Comme elle établissait nettement la distinction entre les écoles privées et les écoles publiques, la Société s'efforça de faire comprendre aux divers groupes protestants l'urgence qu'il y avait pour eux de demander soit que l'école protestante, s'ils en possédaient une, fût nommée communale, soit qu'une nouvelle école spéciale fût créée pour leur culte. 11 faut l'avouer, ses premiers appels ne furent guère entendus. En présence de l'optimisme des uns, croyant que la loi nouvelle suffisait à tout, de la tiédeur ou de l'indifférence des autres, le Comité se posa la question solennelle : « Le moment est-il venu de se séparer? » La voix éloquente du pasteur Coquerel répondit aussitôt : « Il est écrit que Dieu n'éteint pas le lumignon qui fume encore : je puis consentir à n'être qu'un lumignon dans le champ du Seigneur, mais non point à m 'éteindre de ma propre main. Je propose de voter que la Société continuera d'exister. » Enfin, par une circulaire qu'inspira M. Verny, partant du principe qu'il n'est point d'éducation morale si elle n'est religieuse, et surtout par les deux tournées missionnaires dans lesquelles M. Montandon entra*en relations directes, en 1839 et en IS'i'j, avec plus de deux cents pasteurs, provoqua des délibérations de Consistoires, distribua et recueillit des renseignements,

(1) Voir la notice sur l'Institut de Glay. p. 1 1 S .

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le Comité parvint à ébranler les Églises et à leur faire sentir un double devoir : d'abord de créer, autant que leurs moyens le permettraient, et avec son aide, une école spéciale dans chaque localité contenant un nombre important de nos coreligionnaires; et une fois l'école en bon fonctionnement, le second

devoir qui incombait surtout

M . MON UM»i\

au Comité lui-même, de parvenir à la faire communaliser, afin de reporter les efforts cl les ressources sur des créalions nouvelles et de plus en plus urgentes. Alors que déjà de plusieurs côtés ou signalait des conversions d'enfants sur les bancs des écoles mixtes, il était de vastes agglomérations prolestantes presque totalement dépourvues d'instituteurs; une entre autres de cinq Consistoriales, de 40,000 âmes, n'en comptait encore que deux en 1845.

A ces besoins croissants, M . Coquerel,qui venait d'inauaurer les services solennels en faveur de la Société, avait proposé en 1843 d'y pourvoir par l'institution d'une Vente.

Dès la première année l'ardeur généreuse des dames patronnesses quadruplait nos recettes, atteignant à peine jusque-là 6,000 IV.; l'année suivante elle les quintuplait. Celte Vente n'a cessé depuis de constituer ce qu'on a si bien nommé la source vive du budget de l'œuvre. Et tout d'abord c'est grâce à elle que le Comité se vit en mesure de préparer pour nos écoles ce qui leur manquait trop souvent, des instituteurs sérieux , fortement attachés aux pri ncipes de l'Evangile, en ouvrant, le 9 août 1 846,

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dans une propriété acquise par lui, l'École normale de Courbevoie. II la confiait à M. le pasteur Gauthey, de Lausanne, qui pendant dix-huit ans n'eut plus d'autres pensée que cette institution, où 852 élèves reçurent ses leçons et ses précieux conseils.

Nul ne s'intéressa plus à l'École normale que M. Charles Vernes; ami constant et généreux, il acheta, pour l'agrandir, la maison et le jardin qui l'avoisinaient.

Après les commotions de 1848, la loi de 1850 pose un principe dont la proclamation marque à elle seule déjà un réel progrès : « Dans les communes où les différents cultes sont professés publiquement, des écoles séparées seront établies pour les enfants de chacun de ces cultes. » Et pourtant nos coreligionnaires s'aperçurent bientôt que « si les écoles mixtes tendaient à disparaître de tous côtés, c'était devant des écoles où le culte catholique régnait complètement et régnait seul ». Devant les entraves apportées pendant les premières années du second

empire à l'établissement, au maintien ou à l'activité progressive des nôtres, objections préalables et lenteurs indéfiniment prolongées avant l'autorisation d'ouverture d'une école nouvelle, fermeture et interdiction subite d'écoles ^ — huit à la fois dans un seul département — défense d'établir une école de fdles « dans l'intérêt, disait-on, des mœurs publiques », la Société dut rester constamment sur la brèche. Elle avait également à se préoccuper du sort

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