‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 227 sur 326 · LOUIS COURTOIS FRANK COURTOIS ARMAND COURTOIS · texte numérisé non relu

LOUIS COURTOIS FRANK COURTOIS ARMAND COURTOIS

bibliothèques populaires, soit en s'associant d'une manière toujours plus directe, par ses dons de livres, à l'œuvre de l'évangélisation.

Les bases sur lesquelles elle repose ne sont autres que les principes chrétiens et bibliques, exposés avec fermeté, mais avec une modération de langage et une largeur suffisantes pour que ses publications puissent pénétrer dans tous les milieux religieux ou sociaux et y exercer une sérieuse influence. Les développements considérables que l'œuvre a dû prendre en vue des besoins nouveaux, et les résultats auxquels elle est parvenue, disent assez combien les hommes de foi et d'action qu'elle eut le privilège d'avoir à sa tète avaient eu raison de penser que, dans ce domaine de la propagande par le livre, la fidélité dans la doctrine est une condition nécessaire de succès.

SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX

Parmi ces ouvriers de la première heure, il convient de mentionner le pieux pasteur Chabrand, une des personnalités les plus énergiques et les plus vaillantes du corps pastoral de cette époque, et surtout les trois frères Courtois, qui sont demeurés, dans le souvenir de ceux qui les ont connus, comme la personnification la plus harmonieuse et la plus complète du ministère laïque. Quelques années plus tard, le professeur de Félicc, dès son arrivée à Montauban, vint apporter à ses amis de Toulouse le concours hautement apprécié de sa parole et de sa plume. Écrivain de race, orateur disert et élégant, M. de Félice consacra ses beaux talents à la défense des Églises réformées, dont il écrivit l histoire, et laissa un nom justement respecté et admiré. La mémoire de ces hommes de Dieu est restée en bénédiction dans les Églises. La Société des Livres religieux, qui fut leur œuvre de prédilection, a gardé jusqu'à maintenant la forte empreinte dont ils surent la marquer dès le premier jour. Ils eurent bientôt conquis autour d'eux les sympathies des chrétiens de France et de l'étranger auxquelles ne tardèrent pas à s'ajouter celles des deux grandes Sociétés religieuses similaires de Londres et de New- York.

La Société de Toulouse s'est attachée avant tout à exercer, par ses publications, une action religieuse sur les masses, qui, il y a soixante ans, lisaient peu ou point, faute de livres ou de culture suffisante, qui, aujourd'hui, lisent trop souvent mal. Après avoir contribué, une des premières dans notre pays, la première à coup sûr dans le midi delà France, à éveiller chez les populations laborieuses des villes ou des campagnes le goût des bonnes et saines lectures, elle s'est efforcée dans sa sphère, par ses publications à bon marché et au prix de grands sacrifices, de donner satisfaction à ce besoin de connaître qui peut devenir, s'il est bien dirigé, un instrument si puissant de moralisation et d'éducation populaires. Il n'est pas de question de doctrine ou de morale pratique qui n'ait été traitée dans ses livres, pas de vice, pas de mauvais penchant qui n'y ait été combattu. On pourrait citer des cas bien nombreux de conversion déterminés par la lecture de ces ouvrages qui sont ainsi devenus, de par le monde, d'humbles mais fidèles messagers, souvent écoutés, de la cause du bien, qui ne se sépare pas de celle de l'Évangile, ce principe toujours fécond de relèvement et de salut.

Un grand nombre de ses publications s'adressent spécialement à la jeunesse. Sous forme de livres de classe ou de livres pour les distributions de prix, la Société de Toulouse s'est appliquée à donner un grand développement à cette branche plus spécialement pédagogique de son activité. A la catégorie des

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livres de classe se rattachent ses histoires saintes, ses récits bibliques, ses catéchismes, ses instructions familières sur l'Ecriture sainte ou sur l'histoire de l'Eglise, ses lectures graduées en prose ou en vers pour les enfants. Ses volumes pour distributions de prix forment une série nombreuse et variée. Ils sont, pour la plupart, ornés de gravures et coquettement reliés en percaline, et sonl vendus avec un rabais considérable, qui est de 40 °/0 pour les libraires el s'élève, pour les pasteurs, instituteurs et directeurs d'écoles du dimanche, jusqu'à .")0 °/o- C'est ainsi que, l'année dernière, 455 écoles se sont adressées à elle pour leurs distributions de prix.

Un autre de ses moyens d'action a été la création et l'entretien, à titre gratuit, de nombreuses bibliothèques populaires. Celles-ci atteignaient, au 31 mars 1892, le chiffre considérable de 2,420 bibliothèques, dont 1,977 en France, '\ I en Algérie ou en Tunisie*, 177 en Suisse, 51 au Canada, 35 en Italie, 18 en Angleterre ou dans les îles de la Manche, I.") aux Etats-Unis, Il en Belgique, 15 aux Antilles, 7 en Allemagne, 13 au sud de l'Afrique, 5 au Sénégal, 5 en Nouvelle-Calédonie, 1 à Taïti, ('te. A l'heure qu'il est, il n'est pas de pays où notre langue est parlée qui n'ait sa bibliothèque religieuse, et toutes sont abondamment pourvues des publications de la Société. Cet état de choses suppose, de la part de celle-ci, sur les six à sept millions de volumes environ (6,609,687) qui sont sortis de ses presses, plus d'un million de volumes ainsi répartis. Les nouvelles que le Comité reçoit de ces diverses bibliothèques sont satisfaisantes et lui donnent la certitude qu'un grand bien spirituel s'accomplit par leur moyen.

Bon nombre de volumes publiés par la Société de Toulouse s'occupent de questions historiques, et principalement de l'histoire du protestantisme français. Plusieurs de ceux qu'elle a cru devoir réimprimer jouissaient depuis longtemps, à bon droit, d'une autorité considérable. Telle est YHistoire ecclésiastique, de Théodore de Bèze, et la monumentale Histoire des martyrs, de Jean Crcspin. L' Histoire des Camisards, d'Antoine Court, qui est en préparation, est également de ce nombre. D'autres, plus modernes, sont déjà devenus classiques, comme Y Histoire des protestants de France, de M. de Félice, celle des Réfugiés huguenots en Amérique, du Dr Baird, et les savantes monographies du xviii0 siècle de M. le pasteur Benoit. Une autre publication non moins importante est la réimpression des Commentaires de Calvin sur le Nouveau Testament, en cours d'impression. Signalons encore, dans un autre ordre d'idées, A travers les Etats-Unis, La Terre des Pharaons, Le Pays de la Promesse,

HISTOIRE DU PROTESTANTISME

richement illustrés; enfin YAlmanach pour la jeunesse (45 à 50,000 exemplaires), qui paraît depuis 1871 et s'est déjà fait une place honorable parmi les productions du même genre qui sollicitent la confiance du public.

La Société de Toulouse a reçu, depuis sa fondation, 980,000 fr. de dons et vendu pour plus de 1,600,000 fr. de livres. Son dernier budget annuel s'élevait à 68,061 fr. 22 c. de recettes. Sur ce chiffre, 50,695 fr. 87 c. étaient le produit des ventes; 10,000 fr. provenaient de l'allocation annuelle de la Société des Traités religieux de Londres, et le reste, soit 7,365 fr. 35 c., des dons de la France et de la Suisse. Les dépenses se sont élevées pendant la même période, à la somme de 79,125 fr. 67 c, laissant subsister 12,000 fr. environ de déficit.

Cette situation anormale est profondément regrettable, en ce sens surtout qu'elle ne permet pas à la Société d'accomplir tout le bien qu'il y aurait à faire, particulièrement à l'heure actuelle où l'œuvre de la mauvaise presse est plus active et plus malfaisante que jamais.

A. PaKLIER, Secrétaire. COURTOIS DE VlÇOSE, Président.

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