LA FRANCE PROTESTANTE
C'est M. Emile Haag, le plus jeune des deux frères, qui le premier conçut le projet grandiose de réunir « les Vies des Protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire, depuis les premiers temps de la Réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l'Assemblée nationale ». C'est M. Eugène Haag qui eut la direction de l'ouvrage, et c'est à ses persévérantes et infatigables recherches que l'exécution en fut principalement due. Malgré des difficultés qui eussent découragé vingt fois des lutteurs moins résolus à sacrifier leurs forces, leur temps, leur existence même à l'accomplissement d'un devoir, les deux frères terminèrent en treize années, de 1846 à 1859, la tâche qu'ils s'étaient imposée. Au lieu de trois cents noms, à peine, de Protestants français dispersés et perdus dans les dictionnaires biographiques, les dix volumes de leur France Protestante renferment près de 4,700 notices. Comme l'a dit Michelet, « ils ont ressuscité un monde ».
Et cependant, dès la dernière feuille tirée, Eugène Haag se remettait au travail. Les renseignements qui avaient fini par arriver tardivement de tant de côtés montraient, avec les lacunes inévitables, la nécessité d'une seconde édition. En 1861, il publiait une liste de 239 articles nouveaux à rédiger; mais sa vie s'était usée à ce labeur; en mars 1868, il allait rejoindre son frère, qui l'avait devancé de trois ans là où l'on se repose des travaux d'ici-bas.
L'œuvre restait. Héritière des manuscrits des frères Haag, la Société de
SOC] É T É S D'INSTR U C TÏON
l'Histoire du Protestantisme français sentit, qu'il lui appartenait de l'achever. Sur ses instances, M. Henri Bordier consentit à en prendre la direction, d'abord avec le concours d'un Comité, puis, à partir de 1881, seul, afin de mieux en assumer la responsabilité. Il avait, en effet, bientôt entrevu qu'il ne s'agissait pas d'un simple Supplément : il avait une ambition plus haute : « Ceux qui laissent un. nom dans l'histoire sont encore, disait-il, les favoris du monde. S'il est une vic time inconnue, dont on ne sait rien, sauf qu'elle donna sa vie plutôt que de désobéir à sa conscience, n'est-ce pas un devoir d'inscrire son nom sur une table d'honneur? Est-il un seul protestant qui n'ait eu à souffrir jusqu'au