‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 25 sur 326 · MISSION DE L'ÉGLISE MÉTHODISTE EN KÀBYLIE · texte numérisé non relu

MISSION DE L'ÉGLISE MÉTHODISTE EN KÀBYLIE

Pendanl de longues années, 1 Eglise évangélique méthodiste française n'a pas eu de Mission lui appartenant. Le produit des collectes annuelles faites dans les Eglises était envoyé à La Société des Missions wesleyennes de Londres, Société qui a, dés l'origine, piété une aide efficace à l'œuvre en Elance. Mais depuis longtemps cet état de choses était considéré comme provisoire, et on aspirait à rattacher directement à nos Églises une Mission qui relevât d'elles et dont elles eussent la responsabilité. 11 avait été question de la Mission à Haïti, mais ce projet n'eut pas de suite. Ce fut du côté de l'Algérie que se portèrent les vues des Eglises méthodistes du Midi, surtout depuis qu'un certain nombre de leurs membres s'étaient vus dans l'obligation d'émigrer vers notre grande colonie africaine, à la suite de la ruine des vignobles du Gard.

En 1877. un méthodiste de la Drômc, installé dans la vallée du Sahel, près de Bougie, invitait M. le pasteur J.-W. Lelicvrc à lui faire une visite. Ce

MISSION !)!•; KABYLIK

pasteur rapporta de cette visite la conviction qu'une Mission en kabylie pouvait et devait être fondée. Une seconde visite, cette fois officielle, qu'il lit en 1885 dans la même région, aboutit enfin à la création de cette Mission. La Conférence méthodiste française de 1880 n'hésita pas à entrer dans celle voie; elle plaça l'œuvre sous la direction d'un Comité siégeanl à Nîmes et désigna pour commencer l'œuvre un jeune pasteur, originaire de l'île de Guernesey, M. Thomas llocart. Ce fut en novembre 1880 que le missionnaire, accompagné de sa vaillante femme, arriva à Bougie, où il devait séjourner une année pour commencer à se familiariser avec l'idiome kabyle, si différent de toute autre langue, même de l'arabe," pour nouer quelques relations avec les indigènes par des tournées faites dans les tribus, et enfin pour se déterminer quant au choix de la localité où il débuterait. Cette année fut bien employée, tant à étudier la langue qu'à commencer de modestes travaux d'évangélisation parmi les Kabyles qui forment la moitié de la population de Bougie.

Après avoir visité plusieurs tribus, M. llocart se décida en faveur de celle des Fenaïa, dans la vallée de l'Oued-Sahel, sur les pentes orientales de la chaîne du Djurdjura. C'est au village d'Il-Mathen qu'il demanda à se lixer, et la Conférence de 1887 approuva son désir. Il acheta un emplacement situé entre ce village et celui de Zoubia, qui ensemble peuvent contenir 2,000 habitants, tous indigènes, et y fit élever une modeste maison d'habitation contenant une salle d'école. Il s'y installa dans l'été de 1888, et commença ses travaux missionnaires. Le Comité directeur lui adjoignit, peu après, une institutrice, qui ouvrit une école; mais l'expérience lui apprit bientôt (pie, pour faire réussir cette partie de l'œuvre, il fallait la main ferme d'un homme. Un instituteur-évangéliste, M. Berthault, fut donc envoyé pour prendre la direction de l'école. Pendant deux ans, cet excellent chrétien, ancien élève de l'Lcole d'évangélistes de Marseille, s'est consacré à cette œuvre avec un grand dévouement. Il est mort à la peine, emporté en quelques jours, pendant l'été de 1892, alors qu'il avait seul la garde de la station, pendant une visite de M. llocart en Europe. Outre l'école, . qui est le moyen d'évangélisation sur lequel il v a le plus de fond à faire en pays musulman, M. llocart, qui se sert facilement de la langue kabyle, évangélise par tous les moyens à sa disposition. La prédication se fait d'ordinaii;e en plein air, quelquefois sous l'avant-toit d une mosquée. Les passants se réunissent autour de lui, il leur explique familièrement l'Evangile, puis termine par la prière. L'ouverture d'un dispensaire, où, trois fois par semaine, on distribue des remèdes aux malades, fournit aussi un excellent moyen d'évangélisation.

SOCIÉTÉS DE MISSIONS

Los indigènes accueillent avec bienveillance et reconnaissance les travaux dévoués du missionnaire et de ses aides.

Il ne peut pas être encore question de dresser une statistique des résultats acquis. Il est reconnu que les œuvres en terre musulmane sont difficiles et lentes. Cette Mission, comme les œuvres sœurs de M. Mayor et de la North A f 'riva Mission, en est encore au temps des semailles; mais tout permet d'espérer que ces semailles seront productives.

M. Ilocart aura, dès cette année» un collègue dans la personne de M. J.-P. Cook, fils.

Ajoutons que notre missionnaire participe, avec MM. Cuendet et Lamb, à la préparation du Nouveau Testament Kabyle cl qu'ils ont récemment achevé la traduction de l'évangile de saint Marc.

Le budget de la Mission, fait exclusivement par les Eglises méthodistes françaises, ne dépasse guère un total de 6 à 7,000 fr.

Le Comité directeur de l'œuvre siège à .Nîmes, et a pour président M. le pasteur Matth. Lelièvre et pour secrétaire M. le pasteur Jules Guiton.

M v,tth. Lelièvre.

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