SOCIÉTÉ ÉVANGÉLIQUE DE FRANCE
Article fondamental :
« La Société évangélique a pour but unique de propager l'Evangile en Fiance par tous les moyens que Dieu mettra à sa disposition. »
i: VA NC.ELISATIOM
. I rticle additionnel :
' i La Société, se composant de membres d'Eglises diverses, laisse les postes qu'elle a fondés libres de se rattacher à l'Eglise de leur choix. »
Les Origines et la Première Période (1833-1863).
En l<S;{.*{, il n'y avait à l'œuvre, en France, que trois Sociétés françaises : la Société biblique, la Société des Traités religieux, la Société de la .Morale chrétienne. Mais on était en plein réveil religieux. Une lettre datée du 28 février, et signée G. S., était publiée le (.) mars dans les Archives du Christianisme, proposant la fondation d'une association nationale, dont le hut serait la prédication de l'Evangile, la distribution des Livres saints, de traités, rétablissement d'écoles pour former des instituteurs et des évangélistes. L'auteur donnait .MM) IV. pour créer la caisse de la future' association. Six semaines après, la Société évangélique de France se constituait. « Plusieurs chrétiens de Paris, dit le premier des procès-verbaux, ayant pensé que le moment est venu de fonder en France1 une Société française, pour répandre les vérités de l'Evangile, se sont réunis, à cet effet, en Comité préparatoire ce jour, avril 1833. » Il v avait là, au n° 'iN, rue du Faubourg-du-Temple, tout ce que le protestantisme comptait de plus honorablement connu : MM. Adam, Audebez, le comte Jules Delaborde, Dobrée, GrandPierre, Jules Hollard, Henri Hollard, Juillerat- Ch asseur, Lamouroux, Lovett, II. Lutteroth, Fréd. Monod, Valdemar Monod, Nente, Victor de Pressensé, Pvt, Reynolds, Stapfer, Stoddard, Mark Wilks.
M. Y. de Pressensé, déjà représentant à Paris de la Société biblique
britannique et étrangère, fut nommé trésorier de la Société. Né d'un père cathotholique et d'une mère protestante, il s'était, après son mariage avec une prolestante, rangé du côté de la foi évangélique. Dieu l'avait destiné à être une bénédiction pour son pays. Il mit au service de la Société des talents rares, une grande force de caractère, beaucoup de capacité en affaires, et un esprit d'entier dévouement. Onze agents : trois « évangélistes-prédicateurs », trois instituteurs-évangélistes, cinq « colporteurs-évangélistes », furent mis à l'œuvre dès la première année, dans les départements des Ardennes, du Bas-Rhin (Strasbourg), de l'Aisne, de l'Aube (Troyes), de Vaucluse, de l'Hérault, des Hautes-Alpes, des Deux-Sèvres, tic la Seine-Inférieure, de Lot-et-Garonne, en Bretagne. Des Sociétés auxiliaires se fondèrent à Toulouse, Lyon, Dijon, Saverdun, Orthez, etc. Les dons arrivèrent abondants de la Grande-Bretagne,
SOCIETE EVA NGELIQUE
de l'Irlande, des Iles de la Manche, de l'Amérique, de la Suisse. Ce fut un véritable élan d'apostolat. Le nombre des agents s'éleva, la deuxième année, à ; la quatrième à 48, et ainsi de suite; de 7,000 IV. la première année, le> dons montèrent à 48,000 fr. pour la troisième.
L'avantage était grand pour le protestantisme : les envoyés de la Société découvraient des protestants dans des localités où l'on n'en soupçonnait point, de sorte que la famille protestante se voyait notablement agrandie; ils lui amenaient des recrues : en 1839, einq colporteurs-évangélistes et un étudiant en théologie sortaient des rangs des nombreux prosélytes faits par eux.
En répandant la Bible et en prêchant l'Evangile, ils heurtaient des préjugés invétérés; en en appelant aux consciences et en provoquant l'éclosion de la foi personnelle, ils devaient soulever d'ardentes oppositions dans un pays où dominait le catholicisme romain, hostile aux doctrines protestantes, et accoutumé à imposer sa loi à tous. Cet ennemi, le cléricalisme, pour dire son vrai nom, avait pour lui des lois inspirées par lui. Une prescription du Code pénal de 1810, maintenue dans le
Code revisé de 1832, exigeait de chacun l'agrément du gouvernement pour la profession de sa religion. Elle servit, interprétée par des mœurs moins libérales que les lois, à neutraliser la garantie donnée à chacun par la (marte de 1830, et par la Constitution de 1848, pour la libre profession de sa religion.
Ees tracasseries commencent déjà en 1834. En L836, un colporteur est arrêté à Montargis. Malgré l'arrêt rendu par la Cour royale d'Orléans en I S.iS, statuant « que la nécessité de l'agrément du gouvernement pour professer librement sa religion rendrait illusoire l'un des droits les plus précieux de l'homme ». les autorités continuent à ne pas vouloir se contenter de la déela-
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ration au maire, et réclament l'agrément du gouvernement pour que Ton puisse tenir des réunions religieuses, ce qui permet aux fonctionnaires mal disposés d'empêcher celles-ci selon qu'il leur plaît, et souvent il leur plaît ainsi.
Maigre les entraves suscitées par l'administration, et à force de plaider, grâce aussi au dévouement de ses agents et aux sympathies des popidations, la Société évangélique l'ait des progrès ininterrompus. Des chapelles s'ouvrent à Troyes, à Rennes, à Strasbourg, à Montargis, etc. En I <S:ï9, elle a 51 agents; 8 a 9,000 personnes suivaient ses cultes, et les écoles rassemblaient 7 à 800 enfants. Elle avait évangélisé, pendant ses sept premières années, \ I villes, 33 départements.
Dans sa dixième année (1843-44), un déficit considérable obligea au renvoi de 13 agents. Il eu restait 77. En 1845, elle se trouve en avoir 137, et elle inaugure une Ecole normale pour former des instituteurs et des institutrices.
C'est en ces années, 1843, 1844, que des populations entières adoptent la foi évangélique et que le Comité et ses agents ont à subir des persécutions violentes pour la liberté de conscience.
A Villefavard (Haute- Vienne), la commune, détachée de l'Eglise romaine depuis la Révolution, accueille avec empressement l'a prédication enflammée de M. le pasteur .Napoléon Roussel, et la vieille église catholique devient le temple protestant.
Le mouvement se propage dans les communes avoisinantes : Balledent, Rançon, où Ton bâtit des chapelles. A Limoges, le culte est inauguré à domicile par M. le pasteur Léon Pilatte, dont la parole redoutable soulève les foules dans des conférences sur le catholicisme et l'Evangile. Quatre nouvelles stations sont fondées (1845-46) : Thiat, Clavières, Droux, Châteauponsac. Des chapelles s'ouvrent à Saint-Lô, à Saint-Denis, à Boulogne, à Nancy, et à Angers, où un rude jouteur, M. le pasteur Puaux père, secouait le romanisme; à Foix, à Aillant, à Blois, à Breuillac, à Angoulême et à Mansle (184(j-47), où se comptaient par milliers les auditeurs d'un ancien et digne prêtre devenu pasteur, M. Trivier. Sens s'ébranlait sous l'aiguillon de ce puissant missionnaire, M. le pasteur Bertholet-Bridel, et était doté d'un temple.
Pendant cet exercice 18/i6-47, la Société eut à son service 173 personnes, y compris les élèves des deux Écoles normales et leurs maîtres.
Les chicanes sur le caractère illicite des réunions de culte non autorisées renaissaient sans i esse à Mansle, à Auxerre, à Lunéville, au Havre. Mais ce fut surtout la Révolution de LS'iS qui faillit emporter la Société dans une crise
SOCIÉTÉ ÉVANQÉLIQUE
financière, dont elle fut merveilleusement délivrée. Quand l'accalmie reprit dans le pays, les persécutions recommencèrent, dès avril 18V.), dans les postes de la Société; à Châteauponsac, à Mamers, à Chablis, les réunions furent fermées eu vertu de la loi sur les clubs, étendue aux réunions de culte. C'est cependant en cette même année que la Société adoptait, à Paris, des écoles rassemblant des centaines d'enfants, et une œuvre d'évangélisation au faubourg du Temple, rue Saint-Maur, puis au faubourg Saint-Antoine. C'est dans la grande chapelle de cette dernière œuvre, édifiée par ses soins, que M. le pasteur Bersier commença sa brillante carrière.
La liberté penchait toujours plus vers l'abîme où elle allait tomber. Aussi pleuvaient condamnations à l'amende, à la prison, interdictions de réunions, ordres de fermeture des lieux de culte. Les congrée:atious et leurs conducteurs spirituels étaient également frappés. A Villefavard, le temple resta fermé quatre ans; les prosélytes célébrèrent leur culte dans les bois; les instituteurs de la Haute- Vienne, n'ayant pas l'autorisation d'ouvrir leurs écoles, sous prétexte qu'elles n'appartenaient pas à un culte reconnu par l'Etat, durent aller instruire les enfants chez leurs parents, de maison en maison, pendant dix ans. MM. Lutteroth, le comte J. Delaborde, le comte Agénor de Gasparin, M. Ed. de Pressensé, ou d'illustres avocats comme MM. Odilon Barrot, Leblond, ou M. Alf. Monod, plaidèrent maintes fois devant les Cours, aux Chambres, à la Cour même. Enfin, grâce à l'intervention de l'empereur, moins clérical que ses ministres ou ses préfets, le temple de Villefavard lut rouvert (1859); d'autres furent successivement rendus aux fidèles; en 1861, les instituteurs purent rouvrir leurs écoles, à
TEMPLE DE VILLEFAVARD
\.\ A NGELISATION
la condition de q v admettre que des enfants protestants. Le retentissement de procès iniques avail enfin forcé la main au gouvernement, qui avait lui-même été obligé d'amener les autorités départementales au respect des droits des citoyens.
De I ÎS ( > I à 1863, la lutte pour l'existence légale occupa encore la Société sans l'absorber; son travail d'évangélisation en bénéficia.
La Société évangélique avait terminé en I H5S les vingt-cinq premières années de son existence. Elle n'avait établi aucun poste dans une localité où m' trouvait une autre Église. Les postes d'Angers, d'Arras, de Josnes, de Cherbourg, de Saumur, de Senneville, de Siouville, de Saint- Jean-d'Angely, de Tours et de Troyes s'étaient rattachés à des Consistoires. Elle avait fourni des ministres de l'Evangile, des instituteurs et des évangélistes à 20 paroisses. Son activité avait stimulé l'Eglise réformée, où se créa, en IH'iN, la Société centrale protestante d'évangélisation, à qui la Société évangélique céda les 7 postes d'Angoulême, de Blois, de Dunkerque, de Mansle, de Rennes, de Saint-Lô et de Tarbes. En dehors du protestantisme officiel, elle avait fondé les Eglises libres du Breuillac, de Boulogne-sur-Mer (rattachée ])lus tard à l'Etat), de Gaubert, de Limoges (temple bâti par la Société évangélique), de Thiat, du Riou, de Nancy (méthodiste), de Pau; celles du faubourg du Temple et du faubourg Saint-Antoine à Paris; de Saint-Etienne et de Saint-Denis (celle-ci rattachée plus lard à la Confession d'Augsbourg). FJIe avait travaillé dans .")8 départements (y compris la Corse) et en Algérie, compté 33 I collaborateurs (72 pasleurs, .S évangélistes, 1 7«S instituteurs et institutrices), reçu 3,150,415 fr. ~'-\ c. L'Ecole normale, qui allait, il est vrai, se fermer à cause de la persécution, et n'avait plus d'élèves institutrices depuis IH'iS, avait compté IG<S élèves, dont 2S seulement n'avaient pas obtenu leur diplôme. Il avait été pourvu aux frais des éludes théologiques de 10 jeunes gens.
Dei xième Période (1863-1882).
En 1863, après avoir rempli pendant trente années les fonctions de trésorier et de secrétaire-directeur des travaux, M. Y. de Pressensé jugea le moment venu de déposer sur de plus jeunes épaules la charge que les siennes avaient si vaillamment portée. Son entente des affaires et son ardeur missionnaire, ses grandes qualités morales et intellectuelles le rendaient difficile à remplacer. Il \ avail dans le Comité un pasteur d'une activité dévorante, d'une bonté cordiale. M. Georges Fisch. Il fut appelé à succéder à M. Y. de Pressensé.