‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 29 sur 326 · SOCIETE EVANGELIQUE · texte numérisé non relu

SOCIETE EVANGELIQUE

La caisse était, comme d'ordinaire, en déficit. D'antres Sociétés travaillant au même but que la Société évangélique, les dons des chrétiens avaient, en partie, pris d'autres directions; elle n'avait plus que 66 agents, mais elle comptait encore dans ses stations 400 communiants et 6,200 personnes placées sous l'influence de l'Évangile, qu'autrefois elles ignoraient absolument. L'évangélisation de localités nouvelles se heurtait toujours à des obstacles de la part des autorités. N'importe : en 1868, la Société avait travaillé dans 452 localités, 62 départements, 115 stations. Comme un souffle de liberté passait dans l'air, appelant les âmes à vivre, M. G. Fisch poussait à l'action. A Paris et en province les masses accueillaient avec sympathie la prédication de l'Evangile; un réveil se manifestait dans les stations; la caisse avait un excédent de recettes! Survint la tempête de 1870. Tout fut bouleversé. Il fallut des prodiges de dévouement chez les uns, de libéralité chez les autres, pour sortir de la crise.

Après la guerre, les persécutions recommencèrent sous le gouvernement de l'ordre moral. Dix réunions furent fermées d'un coup. La Société évangélique combattait pour la France entière le bon combat de la liberté des cultes. Enfin l'opinion publique prit le parti des persécutés, et M. E. de Pressensé put déposer en 1874, devant l'Assemblée nationale, sa proposition sur la suppression de l'autorisation préalable. L'Assemblée n'eut pas le temps de la voter. Plus tard le Parlement, sans reconnaître expressément la liberté des cultes, accorda le droit de réunion, moyennant la déclaration au maire : simple formalité.

La Société en profita pour lancer au milieu des populations catholiques, qui demandaient au protestantisme son secours pour leur relèvement moral, une poignée de conférenciers hardis et ardents, qui allèrent proclamer l'Evangile dans les théâtres, dans les salles de bal ou les mairies. De nouvelles stations (Maligny, A vallon, Tonnerre, etc.) furent fondées à la suite de cette campagne.

Troisième Période (1881-1893).

M. G. Fisch mourut en juillet 1881, après avoir été dix-huit ans directeur de la Société. Le signataire de ces lignes lui succéda en juin 1882.

Le 24 avril 1883, la Société a célébré le cinquantenaire de sa fondation; tous ses membres fondateurs étaient morts, sauf MM. le comte Jules Delaborde. Jules Hollard, Henri Lutteroth, qui maintenant ont aussi disparu.

Une situation financière obérée, la multiplication d'amvres nouvelles ont limité l'essor de la Société, qui s'est appliquée à consolider ses postes existants,

EVANGELISAT10N

tout en en créant d'antres, ainsi à Anrillac (Cantal), à Chàtel-Censoir (Yonne), à Brive (Corrèze). A Brivë, un temple construit sur les plans d'un jeune architecte protestant, M. Rey, et inauguré en L891, a été élevé grâce aux efforts de la congrégation et de son pasteur.

( )rganisation.

La Société évangélique de France a eu, dès son origine, un Comité d'administration, dont faisaient partie deux secrétaires généraux, un trésorier et des

assesseurs; à partir de 1863, les fonctions de trésorier, qui comprenaient celles de directeur des travaux, ont été séparées de celles-ci, puis, par la force des choses y sont de nouveau réunies, bien qu'il y ait un trésorier en titre. Il n'y a plus aujourd'hui qu'un secrétaire général, qui est M. C. Friedel, de l'Institut.

La Société s'est organisée « en dehors de tout esprit de système et de secte », appelant à se rallier à elle « tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus, à quelque dénomination chrétienne qu'ils appartiennent ». Sa profession de foi, très évangélique et large, ne paraît que dans son quatrième rapport (1837), avec les « Instructions » pour ses agents. L'article h dit que « non seulement il n'y a dans l'établissement de la Société évangélique rien d'hostile aux Eglises légalement constituées en France, mais encore que son Comité désire concourir avec les pasteurs de ces Eglises à l'avancement du règne de Dieu ». Pendant l'exercice 1 848-49, sous l'influence du mouvement qui aboutit au Synode constituant des Eglises libres de France, et devant l'impuissance de l'Eglise réformée à se donner une Confession de foi, cet article 4 fut remplacé par un autre, qui demandait aux agents de « ne concourir à la formation d'aucune organisation ecclésiastique... qui pourrait affaiblir la nécessité de la foi individuelle en Jésus-Christ et sa profession expresse ». La Société pencha alors du côté des Eglises libres. Ses traditions

Page 1