‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 293 sur 326 · PARIS — ŒUVRE DES LOYERS DES TERNES · texte numérisé non relu

PARIS — ŒUVRE DES LOYERS DES TERNES

A notre époque de malaise, où se posent tant de questions sociales aiguës et douloureuses, une des plus importantes, quoique d'apparence modeste, est celle du logement des pauvres; on sait pour quelle part importante et disproportionnée le loyer entre dans le budget de l'ouvrier des villes. L'habitude de le solder par trimestre augmente encore les difficultés de sa situation. Et s'il est dans l'impossibilité de faire face à cette échéance, c'est l'expulsion en perspective, c'est la misère, avec son cortège de dégradation morale, d'humiliation et de honte.

Une question qui intéresse directement une partie si considérable de la société ne saurait être examinée avec trop de soin, non dans un esprit d'orgueilleuse supériorité morale, mais avec toute la délicatesse d'une charité qui

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sait aimer sans phrases, et tendre la main sans ostentation. Trouver les moyens d'arracher la famille de L'ouvrier aux funestes conséquences d'une vie au jour le jour et de développer chez elle des habitudes d'économie et cet amour du foyer, source des vertus simples et des humbles dévouements, tel était le problème qui depuis longtemps obsédait ma pensée. J'essayai de le résoudre pratiquement par la création de l'Œuvre des loyers des Ternes, œuvre modeste entre toutes, mais dont le principe peut être d'une grande fécondité pour l'amélioration du sort des classes ouvrières. Je partis de ce principe que la charité, dans sa plus large acception, n'a pas de couleur politique ou religieuse. Elle fait appel à la bonne volonté de tous indistinctement. Je sollicitai l'approbation, le concours moral et bienveillant d'hommes aux idées et aux opinions très diverses, mais tous unis dans une même pensée : le relèvement du pauvre par l'épargne, et sa moralisation par le labeur. Forte des encouragements que j'en reçus, je me mis au travail. Je commençai avec 5 ou 6 familles. A la fin de la première année, le registre d'inscription comptait 73 noms.

Voilà douze ans que l'Œuvre existe, et je n'ai eu à regretter ni ma peine ni mes responsabilités. Les résultats ont dépassé mes espérances, surtout au point de vue moral. Nombre de familles ont été retenues sur le penchant de cet abîme d'où l'on remonte si difficilement — l'indigence. Des volontés défaillantes ont été raffermies, des cœurs abattus ont été relevés par une parole d'encouragement fraternel. Combien de traits touchants, combien de miracles d'économie, de privations noblement supportées, dont j'ai été le témoin! Et d'autre part, combien de témoignages de gratitude qui ont été pour moi la plus précieuse des récompenses!

Depuis que l'Œuvre existe, 546 familles ont participé d'une manière plus ou moins directe à ses avantages.

L'économie de l'Œuvre est des plus simples. Chaque lundi matin les ouvriers déposent une somme prélevée sur la paie du samedi précédent. Ce versement est inscrit sur un livret remis à ceux qui font partie de l'Œuvre. — Au règlement de compte, le déposant reçoit le 5 °/0 en sus de la somme qu'il a versée dans le courant du trimestre. En cas d'infirmité, de maladie ou de chômage forcé, le loyer est payé en partie ou en totalité, s'il y a lieu.

La moyenne des recettes a été chaque année de 1,800 fr., légèrement supérieure à celle des dépenses, puisque, au Ier janvier 1893, il y avait un solde en caisse de 564 fr. Les ressources de l'Œuvre sont alimentées par des souscriptions et des dons volontaires.

ŒUVRES SOCIALES

Enfin une bibliothèque de ."> à 600 volumes choisis, et appropriés au développement intellectuel et moral des familles, forme le complément indispensable de l'Œuvre.

PAULINE LaLOT, Présidente-fondatrice.

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