PARIS — LÀ SOCIÉTÉ FRATERNELLE
Le 20 février 1887, quelques amis, réunis à la chapelle du Nord (à Paris, 17, rue des Petits-Hôtels) autour de M. le pasteur Fallot, déc idaient la fondation de la Société fraternelle; ils appartenaient atix fractions les plus diverses du protestantisme et obéissaient à ces graves préoccupations qui commençaient alors à hanter les meilleurs esprits et qui devaient provoquer quelques mois plus tard la création de l'Association protestante pour l'étude pratique des Questions sociales.
« La Société fraternelle, dit l'article 1er de ses statuts, a pour but de grouper les hommes et les femmes de bonne volonté désireux de pratiquer avec intelligence et droiture les commandements de Jésus-Christ. Elle souhaite d'assurer à ses membres les bienfaits de la mutualité comprise dans le sens le plus large. Aux malades, elle s'efforcera de procurer les soins nécessaires; aux travailleurs qui chôment, le moyen d'attendre la reprise du travail; à ceux qui cherchent un gagne-pain, une occupation conforme à leurs aptitudes. »
Si l'on y regarde de près, on verra qu'il ne s'est pas agi simplement d'ajouter une autre Société de secours mutuels, revêtue d'un caractère purement administratif, à celles qui existent déjà en grand nombre. Il y a là l'essai d'une institution nouvelle qui s'appuie sur le principe de la solidarité et de la fraternité chrétiennes pour réaliser vraiment l'assistance réciproque dans le domaine matériel et dans le domaine moral.
L'ambition des fondateurs était d'ailleurs plus grande encore: « La Société fraternelle, ont-ils écrit dans l'article 2 des statuts, s'efforcera, en outre, de diriger l'attention de ses membres sur les questions d'intérêt social qu'aucun disciple de Jésus-Christ n'a le droit d'ignorer. Elle les étudiera avec la prudence que réclament les circonstances, mais aussi avec la passion de la vérité et la foi au triomphe de la justice qu'inspire l'Évangile. Elle provoquera à cet effet des conférences qui pourront être suivies de discussion. »
A dire vrai, c'est cette seconde partie du programme qui a surtout attiré l'attention du public. La Société fraternelle, par le fonctionnement régulier de
ÉPARGNE ET PRÉVOYANCE
ses divers services, est allée au secours de bien des détresses, mais c'est là une activité silencieuse et cachée. Elle a dû ses plus grands succès aux conférences dont elle a pris l'initiative et cpii sont données le second dimanche de chaque mois à 2 heures. On ne saurait s'en étonner. D'une part elle a pu porter devant le monde protestant de la capitale les questions les plus palpitantes de l'heure actuelle et elle est parvenue à s'assurer le concours de nos orateurs les plus éloquents et les plus compétents. D'autre part elle ouvre largement ses portes. Elle ne réserve pas ses conférences à ses seuls adhérents ; elle y invite quiconque s'intéresse à cet ordre de problèmes ; elle convoque régulièrement les membres parisiens de l'Association protestante pour l'étude des Questions sociales ; elle fait connaître par la voie de la presse religieuse les jours de ses réunions et les sujets qui y seront traités.
La Société fraternelle se compose d'abord de membres participants, dont la cotisation mensuelle est de 1 fr. 50 c. pour les hommes et i fr. pour les femmes. En cas de maladie ces membres sont visités, ils ont gratuitement les soins médicaux et les remèdes qu'exigent leur état, ils reçoivent une allocation quotidienne qui est de 2 fr. pour les hommes et de 1 fr. 50 c. pour les femmes. La Société comprend en outre des membres honoraires qui s'engagent à verser chaque année une cotisation minimum de 12 fr.
L'expérience dure depuis six ans. Elle est concluante. Il est désormais démontré que les hommes des classes les plus séparées peuvent poursuivre en commun une œuvre de mutualité et de concorde : ouvriers des professions les plus multiples, commerçants, industriels, pasteurs, professeurs, tous les membres de la Société fraternelle ont à cet égard leur conviction arrêtée. 11 est également démontré que, sur le terrain social, les représentants des nuances les plus différentes du protestantisme peuvent se rencontrer et se tendre la main : la Société fraternelle ne se rattache à aucune Eglise particulière et comprend des membres de toutes les Eglises. Il est enfin démontré à tous ceux qui ont suivi les débats de cette jeune mais active association que le vieil Evangile contient encore le remède de nos maux les plus modernes et que lui seul pourra vraiment réaliser le rétablissement de la famille humaine.
Raoul Allier.
ŒUVRES SOCIALES