‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 32 sur 326 · SOCIÉTÉ CENTRALE PROTESTANTE D'ÉVANGÉLISATION · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ CENTRALE PROTESTANTE D'ÉVANGÉLISATION

Le 2 avril L835, à Bordeaux, quelques pasteurs de l'Eglise réformée se réunissaient en Conseil d'administration, et arrêtaient les principes de foi, de charité et d'activité de la Société chrétienne protestante de France, devenue plus tard la Société Centrale protestante d'évangélisation. Le 30 du même mois, ces principes et l'organisation de cette Société furent livrés à la connaissance du public. La profession de foi, remarquable par sa netteté et sa simplicité évangélique, proclame la « misère naturelle de l'homme, son état de péché et sou impuissance à sortir par lui-même de cet état; la rédemption par le sang de Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu ; la régénération et la sanctification par le Saint-Espril : le salut offert par la grâce divine à tout membre de la famille humaine, et assuré par la foi à quiconque ne le rejette point; et la

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nécessité des bonnes œuvres, comme conséquence de la foi, et non comme mérites devant Dieu. »

Le principe ecclésiastique de la Société est la conformité de son activité à la constitution légale et régulière de l'Eglise protestante de France. Nul esprit sectaire, nulle tendance autoritaire. « Nous nous sommes bornés, disent les fondateurs, à une déclaration de principes qui, dans notre conviction, constituent les bases essentielles du christianisme, et qui doivent servir de règle à la marche de notre Société. » — - « Nous protestons de notre charité fraternelle envers ceux-là même qui seraient dans l'erreur à nos yeux. Dieu nous garde de tout esprit étroit et exclusif qui nous ferait repousser ou condamner des hommes qui viendraient à nous comme des frères, nous offrant leur sympathie et leur appui. » Mais « l'unité de principes chez les directeurs d'une œuvre quelconque, et surtout d'une œuvre religieuse, étant une condition indispensable de succès pour cette œuvre, il en résulte évidemment que les membres actifs de notre Société sont dans la nécessité d'avoir les mêmes principes fondamentaux, afin que l'un ne travaille point à détruire ce que l'autre s'efforce d'édifier. »

Le but de l'œuvre est de « travailler à l'avancement du vrai christianisme et au bien de l'Eglise protestante de France légalement constituée », et cela, par les moyens que Dieu indiquera, notamment la distribution des Livres saints et de traités religieux, la fondation d'écoles et de bibliothèques, l'amélioration du culte, le réveil et la multiplication des Eglises consistoriales. On se propose de « rechercher l'édification plutôt que la controverse, et de faire l'œuvre avec simplicité, avec humilité, sans prétention à l'éclat, au bruit, à la domination ».

L'organisation de la Société confie la direction au Conseil d'administration qui résidera « provisoirement » à Bordeaux. Des Comités auxiliaires seront créés, en rapport avec le Conseil, avec des sous-comités ou branches locales. L'Assemblée générale, convoquée une fois par an, réélira ou remplacera chaque année, sur la présentation du Conseil, la moitié de ses membres. « Nous sommes loin de penser, ajoutent les organisateurs, que cette Constitution soit maintenant tout ce qu'elle doit être; mais les améliorations doivent se faire avec ordre et avec sagesse. Nous repousserons certains moyens d'action tels que consécrations d'hommes qui n'ont pas fait d'études régulières, prédications de personnes non autorisées par les usages de nos Eglises, et toutes autres choses qui tendraient à amener au milieu de nous une sorte de chaos en matière d'organisation et de discipline ecclésiastiques. »

Depuis cette constitution, le champ d'activité de la Société s'est infiniment

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étendu, en même temps que l'œuvre s'esl délimitée avec j)lus de précision; la fidélité aux principes, la largeur d'esprit, l'exclusion de tous procédés sectaires, excentriques ou violents; la prudence, la modestie et la constance dans l'activité : toutes ces vertus du début sont demeurées les caractères essentiels de l'œuvre, et lui ont assuré, à travers des ci reurs, des défaillances et des épreuves inévitables, un développement progressif; sain, large, ininterrompu, éminemment honorable, au sein des Eglises évangéliques de France et des nations protestantes qui depuis quarante ans n'ont cessé de lui accorder leur sympathie et leur aide.

A la période d'organisation succéda bientôt l'activité régulière. La première

Assemblée <>énérale eut lieu à Bordeaux le 2:} février 1837. Des œuvres de mis-

sion, des Sociétés bibliques, des écoles, des bibliothèques furent subventionnées. L'évangélisation directe n'entra que peu à peu en ligne de compte. Dès le deuxième exercice toutefois, un service de colportage est entrepris, et le premier colporteur est une femme, la veuve Edouard. Le troisième exercice comprend des évangélistes, tels que le pasteur morave Schiep, qui, pour les marins étrangers du port de Bordeaux, célèbre le culte en allemand, en hollandais et en danois. La Société gagne chaque jour des sympathies nouvelles, et les recettes, de 2,133 fr. au premier exercice, s'élèvent, cinq ans après, à 11.%:} fr. 8.') c, et en 1842-43, à 22,437 fr. 80 c, provenant de 30 départements et d'Angleterre. En tète des souscripteurs figurent d'abord M. Guizot, ministre de l'instruction publique, et un peu plus tard S. A. B. Madame la duchesse d'Orléans. L'œuvre s'étend dans la même mesure, et après sept ans d'existence la Société, outre les subventions qu'elle accordait à diverses institutions, possédait plusieurs écoles, salles d'asile, bibliothèques, entretenait 8 évangélistes et 5 colporteurs, et faisait prêcher l'Evangile et colporter les saints Livres à Angoulème, Périgueux, Limoges, Poitiers, Tours, et jusqu'à Troyes, Bouen, Amiens, Lille.

Jusque-là le Comité de Bordeaux était demeuré seul. Ce n'est qu'en 1843 que fut fondé le premier Comité auxiliaire : événement capital dans le développement de l'évangélisation et dans les origines de la Société Centrale.

Un jeune pasteur de l'Aisne, joignant au zèle de l'évangélisation le sens pratique et l'esprit d'organisation, M. Philippe-Louis Yernes, fut le principal fondateur et le premier secrétaire de la Société chrétienne protestante du Nord. Dans la suite il prit une part prépondérante dans l'organisation de la Société Centrale et. devenu pasteur à Paris, il en devint aussitôt, en 1851, le secrétaire-

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adjoint, et le secrétaire en fonctions en 1852. En cette qualité il demeura pendant de longues années l'ouvrier le plus actif de cette grande œuvre, dont il est resté jusqu'à ce jour l'âme et le conseiller le plus autorisé.

La Société du Nord fut constituée le 29 juin 1843 comme « auxiliaire de celle de France ». Elle conserva son indépendance administrative et financière, mais adopta le règlement de la Société-mère. Toutefois l'évangélisation, secours aux protestants disséminés et propagation des Livres saints, fut sa tâche immédiate et essentielle. Elle prit une si rapide extension que dès 1847 son budget dépassait celui de Bordeaux. Elle est restée la section la plus importante de la Société Centrale. Son budget, de 8,015 fr. 35 c. en 1844, s'est élevé en 1892 à 56,861 fr. 70 c. Après la Société chrétienne du Nord fut créée à Orléans, sur l'initiative de M. Vernes, et sous la présidence de M. Jean André, receveur général, la Société chrétienne du Centre; puis un Comité adjoint se forma à Paris. Une autre Société allait se constituer en Normandie. Alors M. Vernes, réunissant à Paris des délégués de ces divers Comités, entreprit d'établir une organisation centrale. « Le centre de notre Association, disait-il le 30 juillet 1846, ne peut demeurer désormais dans le Nord : aussi nous occupons-nous de la formation d'une Société chrétienne protestante générale, ayant son centre à Paris, dont les Sociétés actuelles de Bordeaux, du Nord, de Paris, d'Orléans, deviendraient les diverses branches. L'unité nécessaire émanerait d'un Comité général formé des délégués des Comités locaux; cette action centrale se combinerait avec la part légitime d'influence et d'action que chaque Société locale continuerait à exercer dans sa sphère. »

Le 12 janvier 1847, un comité se réunit à Paris pour constituer la Société Centrale protestante d'évangélisation, dont la première assemblée générale eut lieu au temple de l'Oratoire dès le 23 avril de la même année. La Société de Bordeaux, après quelque hésitation, s'affilia au mois de septembre suivant, et la Foreign aid Society de Londres adopta la Société Centrale au nombre des Sociétés d'évangélisation du continent qu'elle subventionnait.

Profession de foi, largeur chrétienne, organisation synodale et presbytérienne, — la Constitution de la nouvelle Société n'est autre que la Constitution primitive de la Société chrétienne de France, développée en raison de l'extension de l'œuvre. Elle se rattache au grand courant du protestantisme national « légalement constitué ». La Commission permanente, qui remplace l'ancien Conseil d'administration, comprend, avec les pasteurs GrandPierre et Vermeil, de l'Eglise réformée, M. Vallette, de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg.

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Dès I8'i8. III pasteurs en exercice des deux communions ont donné leur adhésion et envoyé leurs dons et ceux de leurs Eglises. Mais tout esprit d'intolérance est banni, tant à l'égard des Eglises libres que des frères dont la foi est moins positive que celle de la Société.

A mesure que l'œuvre compte un plus grand nombre de stations et d'agents, de nouveaux Comités auxiliaires, ou désormais de nouvelles sections s'établissent. Quelques-unes disparaissent plus tard ou fusionnent entre elles. Aujourd'hui La Société compte 15 sections territoriales, qui sont : l. Bordeaux, 1835; 2. Nord, 1843; 3. Centre, 1846; 4. Paris, 1847; 5. Normandie, 1847; (i. Sud-Ouest, 185:}; 7. Béarn, 1853; 8. Sud-Est, I SGO ; 9. Ouest, J 86:$ ; 10. Colonies, INC):}; 1 1 . Midi (précédemment Vannage, 1854), L864; 1 2. Centre-Sud , I S(>(> ; 13. Est, 1889; L4. Gévennes, 1891; 15. Environs de Paris, 1892.

Dès 1846, le poste d'Amiens, fondé par la Société de Bordeaux et développé par celle du Nord, avait été adopté et depuis lors subventionné par l'Etat comme paroisse de l'Eglise réformée. i2 autres Églises, fondées ou subventionnées par la Société Centrale, devinrent également officielles, de 1849 à 1878. Ainsi la Société, déchargée d'un côté, pouvait porter ailleurs ses efforts; car la dissémination protestante et quelques conquêtes sur l'Église romaine ne cessaient de lui imposer, d'année en année, des devoirs nouveaux.

En même temps qu'elle augmentait le nombre des paroisses au sein de 1 Eglise, la Société Centrale lui préparait aussi des pasteurs. Dès le début de son activité, elle s'était préoccupée d'assurer à l'évangélisation de la France des agents bien qualifiés, fidèles et instruits. En 1847, la Société de Bordeaux avait établi une Ecole préparatoire aux études théologiques, annexée au collège protestant de Sainte-Foy. De même, depuis quelques années, la Société Centrale subventionne l'Ecole préparatoire de Tournon. Mais une grande œuvre semblable, qui appartient uniquement à la Société Centrale et qui lui fait particulièrement honneur, c'est l'Ecole préparatoire de théologie aujourd'hui établie à Batignollcs. Fondée à Lille par la Société du Nord en J <S/i(> et transférée, après quelques vicissitudes, à Paris en 1852, cette Institution, depuis quarante ans, n'a changé qu'une seule fois de directeur. Depuis la rentrée des cours en 18(59, M. le pasteur Jean de Visme a pris la place de M. Boissonnas, où il a continué toutes les traditions de son prédécesseur. L'Ecole a fourni aux Enlises de France 250 pasteurs ou missionnaires, et compte actuellement .'II) élevés. Une autre institution scolaire, adoptée parla Société Centrale en 1891, c>t l'Ecole d'évangélisation de Marseille, transférée à Montpellier sous le nom

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d'Ecole Félix-Neff. Sauf une subvention de la Société, le budget de cette école est demeuré jusqu'à ce jour indépendant du budget soit des sections, soit de la Caisse centrale. Elle a pour but de former des évangélistes, et compte actuellement 8 élèves.

Depuis 1879 l'Etat n'adopte plus aucun poste nouveau. La tâche de la Société Centrale en est singulièrement étendue. A côté des postes nouveaux elle doit conserver les anciens, faire œuvre d'Eglise en même temps que d'évangélisation. De plus, le mouvement de la population s'accentue vers les villes et vers les centres industriels, en sorte que la Société Centrale est appelée à constituer des communautés importantes, tandis que maintes paroisses anciennes et autrefois florissantes sont très réduites.

La Société Centrale est ainsi devenue un organe vital du protestantisme et comme un prolongement de l'Eglise réformée. Les pasteurs de son ressort sont agrégés, à titre auxiliaire, aux Eglises officielles; beaucoup passent de la Société à l'Eglise, beaucoup de l'Eglise à la Société.

Dans ces nouvelles conditions, celle-ci n'a point dévié une seule année de sa ligne de conduite primitive. Avec la protection du Tout-Puissant, la fermeté de la foi, la largeur d'esprit, la prudence dans les conseils et la persévérance dans l'action lui ont assuré, de 1879 à 1893, comme de 1847 à 1878, la même évolution lente, régulière, sûre et ininterrompue, sans éclat extraordinaire, mais sans chute ni décadence. Qu'on en juge par les chiffres suivants :

Le budget de la Société s'est élevé

de 1846 à 47, 1er exercice, à environ 32,900 fr.

1851 à 52, 6e 51,150 fr.

1856 à 57, I Ie I 15,750 fr.

1861 à 62, 16e — 157,900 fr.

1866 à 67, 21" — 188,300 fr.

La guerre produit un arrêt dans cette progression, et le budget s'abaisse, en 1871-72, à 177,300 fr. Mais il se relève aussitôt, et dès 1876-77, 31e exercice, atteint 215,600 fr. Sauf une seule hausse exceptionnelle, en 1881-82, 36e exercice (281,000 fr.), il oscille, de 1880 à 1889, autour de 220 à 230,000 fr., et en 1889-90 s'élève à 287,600 fr. Enfin le 46e et dernier exercice, 1891-92, dépasse 300,000 fr.

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Si nous laissons de côté l'année de fondation, les dépenses totales de la Société Centrale, de 1817 à 1892, sections et école préparatoire comprises, s'élèvent :

de 1847 à 1862, I"' quinzaine, à environ 1,335,000 fr. I8G2 à 1877, ±' 2,872,000 fr.

1878 à 1892, :Y 3,670,000 fr.

En ajoutant à ces sommes les dépenses de la première année, nous obtenons pour quarante-six années d'activité un total d'environ 7,910.000 fr.

Ce chiffre respectable est loin de représenter l'ensemble des sacrifices auxquels a donné lieu, par le ministère de la Société Centrale, l'évangélisation de la France et des colonies. Un grand nombre de postes sont soutenus, de concert avec la Société Centrale, par des particuliers, des Synodes, d'autres Sociétés. Les lieux de culte sont construits à l'aide de collectes spéciales. Des dons en nature, des services gratuits diminuent quelquefois les frais.

Or voici l'œuvre visible qui jusqu'à ce jour a été accomplie par le moyen ou avec l'aide de la Société Centrale :

43 postes reconnus par l'Etat; 250 pasteurs et missionnaires formés par la seule Ecole préparatoire; plus de 90 lieux de culte édifiés, sans compter les presbytères ou quelques autres constructions; environ 123 postes actuels, avec 230 annexes, et 700 localités irrégulièrement visitées; 107 agents, directeurs, pasteurs, évangélistes , colporteurs, instituteurs et institutrices; le concours, faiblement indemnisé, d'une trentaine de pasteurs de l'Eglise réformée. L'activité de la Société s'applique à environ 25,000 protestants, soit à 200 par agent. Il faut y ajouter des milliers de catholiques qui, régulièrement ou par occasion, entendent la bonne nouvelle du salut par grâce en Jésus-Christ. L'œuvre s'exerce dans une soixantaine de départements ainsi qu'en Algérie et en Tunisie. Elle s'est étendue jusqu'aux Antilles, et s'étendra peut-être prochainement jusqu'au Tonkin.

La carte de la Société Centrale offre un aperçu synoptique de l'Œuvre. Le territoire est réparti en 15 sections, dont une pour les colonies. La section centrale de Paris comprend les régions qui ne sont encore rattachées à aucune section. Chaque section a son Comité, et est représentée à la Commission permanente, qui est à la fois le Comité central et le Comité de la section de Paris. Deux lois l'an, cette Commission, augmentée de délégués spéciaux des sections, siège en Comité général pour l'établissement du budget et pour le gouvernement suprême de la Société. L'agent général ou directeur de la Société

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est lui-même assisté d une Commission exécutive, pour préparer et accomplir les résolutions des Commissions supérieures.

La Société Centrale a pour but essentiel de procurer des secours religieux aux protestants qui en sont privés. Ceux-ci sont de trois sortes : 1) agglomérés, 2) disséminés, 3) récemment sortis du catholicisme.

Des agglomérations de protestants se rencontrent dans les centres administratifs et industriels.

Au Puy (Haute-Loire), en outre de quelques familles du pays ou immigrées des régions protestantes de l'Ardèche et de la Lozère, les administrations de l'Etat, les établissements scolaires de tout ordre et la garnison, amènent et renouvellent constamment une population protestante évaluée à une centaine d'âmes. L'annexe de ce poste, Firminy, consiste au contraire en une population ouvrière.

Morteau (Doubs) et ses deux annexes comprennent jusqu'à 600 protestants attirés par l'industrie horlogère et aussi, hélas! par l'attrait de la frontière que l'on franchit selon les risques ou les profits, dans un sens ou dans l'autre. L'œuvre d'évangélisation y est essentiellement aussi une œuvre de moralisation. A Sotteville et Quevilly, dans la banlieue de Rouen, les ateliers du chemin de fer de l'Ouest et des filatures fournissent à l'agent de la Société une paroisse de 275 âmes. La Société de tempérance y est un précieux auxiliaire de l'évangélisation.

Des protestants disséminés individuellement ou par quelques personnes ou familles se trouvent dans l'Hérault, où M. le pasteur Castelnau, agent de la Société, visite plus de 20 localités, contenant chacune de 5 à 25 protestants, et formant un total d'environ 400 âmes. M. Besançon, évangéliste à Colombiers (Charente-Inférieure), visite au moins 30 villages ou hameaux, de I à 12 protestants pour la plupart. M. Bureau, agent à Sfa' , pour moins de 200 âmes parcourt la moitié de la Tunisie.

Le département de la Savoie est un champ d'activité qui comprend à la fois l'agglomération et la dissémination; Chambéry est un chef-lieu important où l'administration, la magistrature, les écoles, l'armée, le chemin de fer, les banques, alimentent une paroisse-mère devenue poste officiel de l'Eglise réformée. En outre le pasteur exerce son ministère pour des milliers de coreligionnaires, pendant la saison des bains, à Aix, Challes et Brides. Il relève partiellement de la Société Centrale pour le soin des disséminés de tout le département.

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Or il n'est montagne si élevée ou vallée si écartée où il ne se rencontre çà et là quelque berger, fruitier, manœuvre ou employé d'origine protestante.

On a récemment évalué à plusieurs dizaines de milliers les protestants qui, en France, sont encore privés de secours religieux. Il faut ajouter, avec douleur et avec humiliation, que chaque jour il s'en perd, à la fois par l'indifférence et par la pression du clergé, par l'intérêt ou la fausse honte, et parla multitude de mariages mixtes qui tournent à notre détriment.

Nous rencontrons clans la dissémination beaucoup d'indifférence. Les fonctionnaires surtout ont peur de se faire du tort en se déclarant protestants. Quelques-uns cependant, et assez souvent des officiers, se montrent fidèles, prêtent leurs salons pour des réunions, font eux-mêmes une lecture pieuse ou aident à diriger une école du dimanche. Que de fois, derrière le zèle de tels hommes on découvre l'influence discrète et bénie de la femme! Que de fois la fidélité de La femme rachète en quelque sorte la tiédeur de l'homme! Parfois, en revanche, c'est dans l'irréligion ou dans le fanatisme catholique de la femme que nos efforts rencontrent le principal obstacle. Dans les rangs du peuple la fidélité est souvent remarquable. M. le pasteur D. Ollicr, agent de la Société Centrale à Lille, se loue des disséminés des environs : malgré leur extrême dispersion et la difficulté de se rendre dans les centres de culte, « leur fidélité est absolue ». Un autre agent cite des protestants indifférents autrefois qui, dans la dispersion, reviennent à la religion.

Les protestants sortis du catholicisme sont nombreux, et le plus souvent remplacent avantageusement, comme quantité et comme valeur religieuse, les coreligionnaires que nous perdons. Il arrive aussi qu'ils ne servent qu'à grossir, du moins à la seconde génération, le nombre de nos indifférents. La Société Centrale ne fait point parmi les catholiques œuvre d'attaque et de prosélytisme direct. Elle évangélise les catholiques en môme temps que les protestants, ou quand elle y est expressément et sérieusement appelée. Sa méthode n'est pas de blesser et de tourner en ridicule l'adversaire, mais de présenter la divine lumière de l'Evangile dans sa pureté et dans sa splendeur; de prendre les âmes travaillées par le doute, le péché, la souffrance, et de les amener au pied de la Croix, renversant en passant les obstacles dont soit l'athéisme, soit l'idolâtrie, ont encombré le chemin, et de les mettre en contact avec le Dieu d'amour réconciliant le monde avec lui par le sang de la Croix; de montrer enfin les sources d'eaux vives qui, découlant du Calvaire, s'en vont purifier et féconder tous les domaines de la vie morale, domestique et sociale. L'évangélisation, en

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Gl

outre, ne se borne pas à des conférences ou cultes publics, niais comprend essentiellement aussi des réunions particulières, au domicile des gens, et la cure d'âme là même où le terrain est à peine défriché.

Les catholiques sont amenés au protestantisme par trois causes principales qui sont : la Bible, l'irritation contre le clergé, et les actes religieux de notre culte. La Parole de Dieu, à elle seule, sans pasteur et sans interprétation, opère toujours de grands miracles. Le « père Jacob », humble montagnard des Alpes, a été amené à Jésus-Christ par la seule lecture de la Bible, et il est devenu spontanément le premier évangéliste de Monteynard (Isère). Un père de famille sicilien tout à fait impie a été converti, au fond de la Tunisie, de la même manière, et a fait baptiser tardivement, par le pasteur Bureau, agent de la Société Centrale à Sfax, ses nombreux enfants. La révolte d'une paroisse contre son curé semble une source de conquêtes bien impure. Il a cependant plu à Dieu d'en faire sortir quelques-unes de nos œuvres les plus manifestement bénies. La plus remarquable est, sans contredit, celle de Saint-Aubin -de-Blaye (Gironde). Privés de conducteur spirituel, et ne trouvant pas clans le catholicisme ce qu'il fallait à leur âme, un certain nombre d'habitants de cette commune se décidèrent à appeler un pasteur. M. Morand, agent de la Société Centrale à Bordeaux, et les pasteurs de cette ville, visitèrent Saint-Aubin. Une soixantaine de personne assistèrent à la première conférence. Puis l'auditoire augmenta, la salle des réunions devint insuffisante, et la salle de la mairie, agrandie par les soins du conseil municipal, fut affectée au culte évangélique. Le 31 août 1890, un pasteur fut installé et le 17 avril 1892 un temple fut inauguré à Saint-Aubin. L'auditoire moyen dépasse 300 personnes, plus de 500 sont acquises à l'Eglise réformée, beaucoup au royaume de Dieu. L'annexe d'Anglade, à 14 kilomètres, a son temple aussi et réclame un pasteur. Le mouvement se propage; les conversations, à l'auberge ou à la foire, ne roulent plus sur la politique, mais sur la religion, le culte, la personne et la famille du pasteur. Les dernières élections municipales se sont faites sur la question religieuse et la liste protestante a triomphé.

Les actes du culte réformé, auxquels des catholiques ont l'occasion d'assister, sont aussi de fréquentes occasions de conquêtes. En Charente, où la population est très détachée de l'Eglise romaine, un baptême donna lieu, au Tâtre, à un mouvement religieux qui a rattaché plus de 100 personnes au protestantisme. Un mariage à Chasseneuil, et à Saint-Maigrin la mort chrétienne et l'enterrement protestant d'un petit garçon, ont marqué, de même,

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