ŒUVRE DES AFFLIGÉS
En 1881, M. le pasteur Armand-Delille se vit dépossédé de la chapelle de la rue Royale, qui fut, à Paris, le premier loyer d'évangélisation agressive. Rien que l'âge et la fatigue lui donnassent le droit de penser au repos, il ne pouvait s'y résoudre, et à un de ses jeunes collaborateurs qui venait de lui dire : « Il ne me reste plus qu'à me croiser les bras, » il répondit : « Non, joignez les mains, et Dieu nous ouvrira une porte plus large et plus belle encore que celle qu'il nous a fermée. » Le 22 novembre suivant s'ouvrit, en effet, aux abords du cimetière parisien dit « de Saint-Ouen » la première réunion de l'Œuvre des Affligés.
Cette œuvre est née d'une compassion bien naturelle et d'une réflexion bien simple. Les cimetières parisiens sont le séjour des vivants autant que celui des morts. Elles sont nombreuses, les tombes qui reçoivent tous les mois, quand ce n'est pas toutes les semaines, la visite d'une veuve, d'une mère, de toute une famille, venant y apporter des fleurs avec des larmes. On s'entretient de ceux qui ne sont plus; on leur parle, on donne des soins pieux à l'humble monument qui porte leur nom, — hélas! et l'on reprend le chemin de la ville, d'un pas lent, d'un cœur désolé.
Depuis longtemps les chrétiens (protestants et catholiques — il y a sur ce sujet une page magnifique de Louis Veuillot) se demandaient ce qu'ils pourraient
EYANGKLISATION
faire pour ouvrir à ces affligés la source de la consolation et de l'espérance. M. Armand-Delille donna à cette question une réponse pratique.
En 1880, l'Œuvre fut étendue au cimetière parisien dit « de Pantin », qui passe pour le plus vaste du monde. A Saint-Oucn, dans une chapelle, et à Pantin, dans une salle, l'Évangile est annoncé le dimanche et à certains jours
de la semaine. Ce sont des lectures de la Bible, des allocutions familières, des cantiques faciles à chanter et à retenir. Le public entre et sort à son gré. Le nombre des assistants est variable, niais leur attitude est presque toujours sympathique, et souvent celui qui n'était venu d'abord que comme curieux devient un auditeur assidu.
Un collaborateur se tient à la porte, et, tout en distribuant des traités, invite les passants à entrer. Nous les retenons d'autant mieux que nous n'oublions pas un instant le but immédiat de notre mission. Ce qui n'est pas l'Evangile ne saurait les inté- ARMAND-DELILLE resser, ne pouvant pas les
consoler. Nous nous efforçons d'entrer en rapport avec eux, de les visiter à leur domicile et d'achever ainsi ce que la réunion a commencé. Nous pénétrons de la sorte dans des centaines de familles, étrangères jusque-là, pour la plupart, à toute vie religieuse. Les fruits de cette activité, nous avons pu les constater d'année en année. Nous avons vu des indifférents, des incrédules, et jusqu'à des libres penseurs militants se convertir. Nous axons assisté à des lits de mort où l'on sentait la présence et la paix de Dieu. Nous avons vu des affligés, des désespérés se consoler et se réjouir en Christ.