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DE LA FRANCE

Le dimanche 30 avril 1871, quelques amis du règne de Dieu, réunis a Neuchàtel, s'accordèrent à penser qu'à la suite des événements qui avaient fini par jeter toute une armée sur le territoire suisse, nous avions quelque chose à faire en réponse à cette dispensation providentielle.

EVANGELISATION

L'accueil sympathique que les soldats français avaient trouvé au milieu de nous cl les marques de reconnaissance touchantes que nous avions reçues de ces hôtes involontaires nous engageaient, semblait-il, à leur rendre la visite qu'ils venaienl de nous faire. Bien souvent ils nous avaient demandé cette Bible i|in avait fait de nous un peuple secourable, et nous ne nous étions pas toujours vus en état de répondre à cette demande. Le moment n'était-il pas venu, une fois rentrés chez eux. d'aller à eux et de leur porter ce trésor?

La Société fut fondée le \ mai suivant. Une circulaire adressée aux membres de nos Églises et de plusieurs Eglises voisines éveilla l'intérêt et nous procura bien \ite les moyens de mettre la main à l'œuvre. Un ami de Montbéliard, pour nous mettre au large sans tarder, nous envoya 5,000 fr. M. Davies, agent de la Société biblique britannique et étrangère pour l'Allemagne, mit à notre disposition, dés les premières semaines. 10,000 exemplaires des Livres saints et nous en assura 10,000 autres pour les semaines qui suivraient. Au moyen des listes <pie la chancellerie fédérale avait fait dresser de tous les soldats internés, nous pûmes nous procurer leurs noms avec leurs adresses et constater les contrées d'où provenaient le plus grand nombre de ceux qui avaient été reçus che/. nous. C'étaient surtout l'Yonne, le Cher, l'Ariège, la Loire et la Haulc- Loire, la Lozère et le Puy-de-Dôme. Enfin nous nous mimes en quête d'agents ecclésiastiques ou laïques qui, au moyen de ces listes officielles, iraient retrouver chez eux ces récents visiteurs, et leur porteraient avec nos salutations la Parole de Dieu et le message de paix. Nous leur remîmes, comme carte de visite nue feuille adressée « à nos frères et amis en France qui ont récemment séjourné en Suisse et à leurs familles », où nous leur disions qu'après leur avoir ofFerl le pain du corps, nous venions aujourd'hui leur présenter un bien plus précieux, le saint Livre, le message du salut; (pie nous ne faisions par là que leur rendre ce que la France nous avait donné il y a trqis siècles, puisque r étail d elle que nous était venue la lumière évangélique dont nous jouissions et dont plusieurs d'entre eux avaient été frappés en vivant au milieu de nous.

Cette Adresse était encadrée de vignettes représentant quelques scènes de 1 internement et une vue caractéristique des principales villes de Suisse où ils avaient reçu l'hospitalité, Genève, Lausanne, Berne, Neuchàtel. Tirée successivement jusqu à 20,000 exemplaires, elle servit de passeport à nos messagers, qui parcoururent plusieurs des départements indiqués et d'autres encore, d'où nous étaient arrivés aussi des internés, tantôt les visitant à domicile, tantôt, là

SOCIETE NEUCH A T ELO I S E

où cela était possible, les réunissant en assemblées publiques pour leur délivrer le message fraternel dont ils étaient chargés. Ces visites se sont étendues à la Vendée et à la Bretagne, au Poitou et à la Bourgogne, à l'Allier et au Lyonnais, au Dauphiné et à la Provence. Nous ne savons si elles ont produit quelque impression durable; elles furent partout favorablement accueillies.

Quoi qu'il en soit de cette première forme de notre activité, elle devint bientôt l'occasion et le point de départ de quelques œuvres plus durables, et d'abord du maintien de l'œuvre déjà existante à Montluçon, dans l'Allier. Au moment où nos deux envoyés y arrivèrent, .M. Seitte, instituteur évangélique qui la dirigeait, était, faute des ressources nécessaires pour la continuer, sur le point de l'abandonner. La visite de nos amis fut le lien qui la rattacha à nous, et nous l'avons dès lors soutenue jusqu'en 1884, où la diminution de nos ressources nous a forcés de nous décharger à son égard de toute responsabilité financière et où nous avons dû la remettre à la Société Centrale, qui s'en était occupée de concert avec nous. C'est aujourd'hui l une des ouvres évangéliques les plus prospères et les plus intéressantes qui s'accomplissent en France, et nous ne saurions trop la recommander à nos lecteurs.

Au mois d'août 1871 nous reçûmes une lettre de Foëcy nous offrant l'usage d'une grande voiture, que des frères anglais avaient fait construire en vue de l'évangélisation et de la dissémination de la Parole de Dieu, et qui était dans ce moment sans emploi. Avant eu le bonheur de trouver un homme admirablement apte à diriger cette œuvre difficile et compliquée, M. Pointet, employé de la Société biblique du canton de Vaud, nous acceptâmes cette offre de concert avec le Comité de cette Société et nous lui confiâmes la direction de la Voiture biblique, tâche laborieuse et souvent dangereuse. Pendant bien des années la voiture a été la demeure de M. et Mme Pointet, sa vénérée compagne, leur servant à la fois d'appartement, de cuisine, de magasin et de chaire. C'est ainsi qu'ils ont sillonné à plusieurs reprises la France entière, du nord au sud et de l'est à l'ouest. La mort de cette fidèle compagne n'a point ralenti le zèle ni brisé le courage de notre ami, qui poursuit encore son œuvre avec la même vigueur, non plus il est vrai tout à fait de la même manière. A la lourde et massive voiture à deux chevaux a été substitué un léger tilbury à un cheval. Nous avons dû nous-mêmes transmettre la direction de l'œuvre à la Société du « Bibelstand », à Londres, qui en était au fond la vraie fondatrice. Depuis le mois de septembre 1871, où la voiture a commencé son travail, elle a vendu environ 3,000 Bibles, 120,310 Nouveaux Testaments et distribué

ÉVANGÉLISATION

1,027,500 portions d'évangiles; en outre elle a répandu 205,437 Almanachs chrétiens.

Une des premières missions, en 1871, avait été dirigée du côté du Midi (Lyon, Valence, Gap). Dos assemblées nombreuses d'internés ayant été tenues à cette occasion, il en résulta une demande d'établir dans la dernière de ces villes un ministère protestant à poste fixe. Comment refuser de concourir à F établissement du ministère évangélique dans la ville qui avait donné Farel à la Suisse romande et particulièrement à Neuchâtel? Nous accueillîmes cette demande avec un joyeux empressement, et depuis LS72 les protestants de Gap jouissent des soins du pastoral évangélique. C'est ainsi qu'après trois siècles il nous a été donné de rendre le bienfait de la prédication évangélique à celle ville de qui nos contrées l'avaient reçu. Nous bénissons Dieu de cette réciprocité, qui esl nue grâce autant pour ceux qui l'exercent que pour ceux qui en sont l'objet.

Au printemps de LS7:>, un grand industriel du département du Doubs et un jeune pasteur, son ami, désirant payer non seulement de leur bourse, mais aussi de leur personne, nous annoncèrent qu'ils étaient disposés à taire une course de colportage et d'évangélisation en France et qu'ils attendaient nos directions. 11 fut convenu qu'ils se rendraient dans la Haute-Loire et la Lozère. C'est de leur passage au Puy-en-Velay que datent les démarches qui nous amenèrent à établir dans cette» ville un ministère prolestant régulier, qui a subsisté jusqu'à ce jour avec le concours de la Société Centrale de Paris, de la Société des Protestants disséminés de Genève et d'une autre Société française.

Il est particulièrement important que dans cette ville, préfectorale aussi bien cpie Gap, placée sons la protection d'une statue colossale de la sainte Vierge, cl où règne le catholicisme le plus bigot, le protestantisme soit dignement représenté comme il l'a été depuis vingt ans et comme il Test à celte heure. S'il n'y a pas à Cap et au Puy de nombreuses conversions particulières, nous avons lieu d'espérer (pie le protestantisme s'y fait connaître et apprécier et qu'un jour éclatera le mouvement salutaire qui s'y prépare lentement. Le zèle du pasteur qui exerce au Puy son ministère, vise à l'établissement d'une chapelle-presbytère qui consoliderait dans cette ville et cette contrée l'action de l'Evangile.

Sans parler des quelques allocations que nous avons pu faire de temps en temps à diverses œuvres, voilà le tableau de notre modeste activité. Nous regrettons de n'avoir pu faire davantage. Nous avons cherché à obéir aux indices

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