BRANCHE FRANÇAISE
Le 19 août 1846, des pasteurs et laïques au nombre de 920, représentant 50 Eglises ou « dénominations » distinctes, se réunissaient à Londres. Ils se séparèrent le 2 septembre, après avoir constitué une Alliance évangélique, non pas entre les Eglises elles-mêmes (ils n'en avaient ni l'intention ni le droit), mais entre les chrétiens désireux de s'associer dans l'amour fraternel, pour en resserrer les liens, et pour manifester, par leur union, la vivante unité du corps de Christ. L'adhésion à cette Alliance, acte purement personnel, n'impliquait le sacrifice d'aucune conviction, ni le relâchement d'aucun lien ecclésiastique.
La France protestante avait délégué à ces assemblées les pasteurs Bost, Frossard, Adolphe Monod (2), Vermeil, de l'Église réformée; Georges Fisch, de l'Eglise libre de Lyon; Rostan, de l'Eglise wcsleyenne. Des branches de l'Alliance évangélique se fondèrent aussitôt de toutes parts. Dans la branche fran-
(1) Nous tenons à signaler l'œuvre d'évangélisation entreprise depuis de longues années à Morlaix, sous la direction de M. le pasteur Alfred Jenkins, de l'Église baptiste, et secondé par plusieurs évangélistes. Elle compte plusieurs annexes comme La Madeleine, Lannéanou, Roscoff, Primel, où sont célébrés des cultes en langue bretonne. Une œuvre semblable, entreprise et soutenue par 1 Eglise presbytérienne du pays de Galles, en souvenir des liens de langue et de nationalité qui unissent le pays gallois à la Bretagne, est établie à Quimper et dirigée par M. le pasteur Jones. Elle a pour annexes Pont-l'Abbé et Douarnenez.
Si nous avons mentionné les œuvres d'évangélisation dont le siège est en Suisse, mais dont l'action se poursuit dans notre pays, c'est que leurs agents sont, pour le plus grand nombre, français et accomplissent une œuvre essentiellement religieuse et française. F- P-
(2) Celui-ci, au cours de ces assemblées, écrivait : « Je ne pourrais supporter la pensée qu'une pareille œuvre se poursuive de nos jours et que j'y demeure étranger. »
ÉVANGÉLISATION
çaise, la section organisée la première fut celle de Lyon, sons l'impulsion énergique de M. Georges Fisch, qui, plus lard, bien qu'il ne portât que le titre de secrétaire du Comité de Paris, fut pendant tant d'années la tête, ou plutôt le cœur toujours ardent et actif de la branche française de l'Alliance.
Des comités sectionnaires se formèrent alors dans les diverses régions de la France, mais l'on ne peut plus guère citer aujourd'hui que ceux de Lyon, de P. iris cl de Nimes. Il faut ajouter que si leur nombre est réduit, leur activité est plus réduite encore; on peut en convenir sans accuser qui que ce soit, et surtout sans avoir à déplorer un échec pour la sainte cause que l'Alliance a voulu servir. En effet, avec un succès toujours grandissant, elle a travaillé à se rendre superflue. II suffit, de jeter un coup d'oui sur les Notices qui composent le présent volume pour constater que les protestants de France, sans distinction d'Eglise, non seulement se reconnaissent pour frères, mais travaillent d'un même cœur à une foule d'œuvres communes.
Un membre du Comité de Paris disait dès 185.'} : « L'union des chrétiens a beaucoup marché; l'Alliance, au contraire, a fait peu de progrès. » Nous pourrions, après quarante années, répéter et même accentuer cette parole. Mais que cela ne nous rende pas ingrats envers les fondateurs de l'Alliance; que cela ne nous empêche pas de reconnaître les services signalés qu'elle a rendus, qu'elle peut rendre encore.
Elle a contribué pour une large part à rapprocher les chrétiens, et, par voie indirecte, les Eglises. Elle a (revisant et simpliliant les articles fondamentaux votés à Londres) adopté en 1854, une « Base » à laquelle on fait souvent allusion, mais qui est plus célèbre que connue, et dont il convient de donner ici le texte authentique (1).
Elle a tenu de grandes assemblées œcuméniques à Londres (1851), Paris (1855), Berlin (1857), Genève (1861), Amsterdam (1867), New-York (1873), Bàle (1879), Copenhague (1884), Florence (1891). Ces assemblées, où la France a toujours été largement représentée (2), ont été une occasion de rapprochement
(1) « La branche française de l'Alliance évangélique admet au nombre de ses membres tous les chrétiens qui, voulant vivre dans l'amour fraternel, expriment l'intention de confesser avec elle, conformément aux Ecritures inspirées de Dieu, leur foi commune au Dieu Sauveur : au Père, qui les a aimés et qui les justifie par grâce, par la foi en son Fils ; au Fils, qui les a rachetés par son sacrilice expiatoire ; et au Saint- Esprit, l'auteur de loin- régénération et de leur sanctification,' un seul Dieu béni éternellement, à la gloire duquel ils désirent consacrer leur vie. »
(2) Rappelons tout au moins les noms de nos délégués à la première de ces conférences universelles : Racine Braud, Charles Cook, J.-P. Cook, Gaulhey, Ch. Meyrueis, Adolphe, Frédéric et Jean Monod, Edmond de Pressensé, X. Roussel. MM. Guillaume Monod. Casalis, G. Fisch, D'' Gustave Monod,
ALLIANCE ÉVANGÉLIQUE
pour les chrétiens de toute Église et de toute nation; elles ont donné lieu à des travaux importants, et, surtout, elles ont mis en lumière, aux yeux de tous, l'unité fondamentale du protestantisme évangélique.
L'Alliance est intervenue à diverses reprises auprès des gouvernements, pour la défense de la liberté religieuse. Citons notamment les démarches faites en faveur des époux Madiaï, à Florence (1852), de Matamoros, en Espagne (1863), des luthériens des provinces Baltiques de la Russie (1870). Notre branche française a pris part aux diverses députations qui furent alors envoyées à l'étranger. C'est par le Comité de Paris, sur l'invitation de M. Bersier, que fut fondé, dans la séance du 25 juillet 1870, le Comité auxiliaire évangélique de secours aux soldats blessés ou malades, qui rendit de si grands services pendant la guerre, et qui ensuite continua longtemps encore à patroner les orphelins.
Un grand nombre de réunions de prières, d'édification et de réveil sont convoquées par l'Alliance, notamment le service de sainte Cène par lequel se termine, à Paris, la série des Assemblées annuelles des diverses Sociétés. Depuis bien des années, au commencement de novembre, la section de Lyon consacre deux jours à des réunions spéciales, auxquelles elle invite les frères de France et de Suisse.
Mais surtout, c'est à l'Alliance que revient le privilège de dresser le programme de la « Semaine de prières », au commencement de chaque année, et d'y convier tous les chrétiens évangéliques. Cet honneur lui appartient non seulement parce qu'il est tout naturel qu'elle se charge d'une fonction comme celle-là, mais encore parce que l'idée même de consacrer à la prière la première semaine de l'année a été mise en avant par l'Alliance évangélique dès son assemblée constituante, en 1846. (L'invitation, il est vrai, s'adressait alors « aux membres et amis de l'Alliance », et c'était pour l'Alliance même qu'on les invitait à prier). — En 1859, des missionnaires de Lodiana (Indes-Orientales) proposèrent une réunion universelle de prières, mais en faveur des Missions, et pendant la seconde semaine de janvier. — Enfin, en 1801, les deux invitations n'en firent plus qu'une, et l'Alliance évangélique fut chargée d'inviter « tous les chrétiens » à prier, pendant la première semaine de l'année, pour « tous les intérêts du royaume de Dieu ».
Recolin, ont été tour à tour présidents de la branche française. Le président actuel est M. le pasteur Hocart (de l'Église évangélique méthodiste), le secrétaire M. le pasteur Aug. Fisch (de l Uuion des Eglises libres).
L'Alliance n'a pas, à proprement parler, de budget : ses dépenses occasionnelles sont couvertes par des quêtes et des souscriptions spéciales.