‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 114 sur 162 · LES MAZARINADES DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

LES MAZARINADES DE CYRANO DE BERGERAC

Sur les huit mazarinades que l'on doit à Cyrano, deux sont des pièces laudatives sans intérêt, cinq sont contre le Cardinal et une en sa faveur; ces dernières méritent d'être réimprimées en entier si on veut juger notre libertin en tant que pamphlétaire. On verra avec quelle souplesse il sait s'adapter aux circonstances. Il remise ses flèches contre la Bible pour invoquer, au contraire, ce livre saint toutes les fois qu'il favorise sa polémique. Cyrano flatte le peuple, se plaît à parler en son nom et fait sa cour aux Princes en rééditant toutes les médisances et toutes les calomnies auxquelles Mazarin est en butte. Plus tard, il retournera sa veste avec la même désinvolture.

On s'étonnera peut-être que nous ne cherchions pas à démontrer ici que Cyrano est bien l'auteur des cinq mazarinades ci-après contre le Cardinal. P. Lacroix ne lui en a attribué qu'une : Le Ministre d'Etat flambé, et Pierre Brun lui a dénié toute participation à ces pamphlets outrageants. Nous disons plus loin (en tète de la Lettre contre les Frondeurs) un mot des arguments de P. Brun. Hypnotisé par son héros, il s'est refusé à croire qu'il a été frondeur avant d'être mazarin. Aucune raison n'est opérante contre un état d'esprit dicté par le sentiment, mais si l'érudit professeur avait consenti à lire les mazarinades signées D. B. (de Bergerac), il y aurait reconnu la plume, la bonne plume de Cyrano ; et s'il avait été au courant de ses incessants embarras d'argent — le jeu devant tarir sa bourse au fur et à mesure qu'elle s'emplissait — il ne se serait pas étonné de le voir descendre dans l'arène politique et se joindre aux premiers pamphlétaires vilipendant le Cardinal, d'autant que chaque mazarinade — et ceci pour le plus grand nombre de ces libelles — représentait quelques écus, ou davantage, suivant la qualité de leur auteur, versés par les chefs du parti des Princes ou, dans le camp opposé, par la caisse Royale. L'intérêt et la conviction marchaient ainsi de pair. Le caractère de Cyrano et son esprit satirique, libertin, frondeur, étaient incompatibles avec une neutralité complète pendant la période

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