SCÈNE V GRANGER, CHARLOT, [PAQUIER
G RANGER
Que tu demeures plus long-temps icy? Viste, Chariot, il faut partir. Songe à l'Adieu dont tu prendras congé des Dieux-Foyers, protecteurs
a) 1654 : partant. — b) pour ce que les murailles.
(1) Le couvent des Bonshommes de Nigeon ou Minimes à Chaillot (R. de G.).
du toict paternel ; car demain l'Aurore porte-safran ' ne se sera pas plustost jettée des bras de Tithon dans ceux de Céphale qu'il te faudra fier à la discrétion de Neptun Guide-nefs. C'est à Venise où je t'envoye, « Tuus enim patruus » s m'a mandé, qu'estant orbe3 d'hoirs masles , il avoit besoin d'un personnage sur la fidélité duquel il pût se reposer du maniement de ses facultez. Puis [que] donc tu n'as jamais voulu t'abreuver aux Marets, Fils de l'ongle du Cheval emplumé *, et que la Lyrique harmonie du sçavant meurtrier de Pithon 5 n'a jamais enflé ta parole, essaye si, dans la marchandise, Mercure aux pieds aislez te prestera son Caducée. Ainsi le turbulent Eole te soit aussi affable qu'aux pacifiques Nids des petits Alcions ! Enfin, Chariot, il faut partir.
CHARLOT
Pour où aller, [mon Père] ?
GRANGER
A Venise, mon fils.
CHARLOT
Je voy bien, Monsieur, que vous voulez éprouver si je serois assez lâche pour vous abandonner, et par mon absence vous arracher d'entre les bras un fils unique. Mais non, mon Père, si vos tendresses sont assez grandes pour sacrifier vostre joye à mon avancement, mon affection sera* si forte, qu'elle m'empeschera bien de vous obéir. Aussi quoy que vous puissiez alléguer, je dcmeureray sans cesse auprès de vous et seray vostre baston de vieillesse.