‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 120 sur 162 · REMONSTRA.NCE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

REMONSTRA.NCE DU CLERGÉ

ce qu'elles peuvent pour empescher que la vérité mesrae ne soit infaillible, pour renverser la demeure du sainct Esprit, et pour ruiner un corps dont Jésus-Christ est la teste. Ouy, Madame, la Religion n'a pas moins d'ennemis à vaincre qu'elle a de trouppes qui vous environnent ; vos gardes sont devenus ses persécuteurs, et les Temples, qui ne retentissoient naguères que de cantiques et de louanges à Dieu, ne retentissent plus icy à l'entour que de hurlemens affreux et de blasphèmes espouvantables. Les Pasteurs y sont traitez comme les brebis, les larcins y passent pour des droits de guerre, et les crimes se commettent où l'on avoit coustume de les absoudre. Vostre Rédempteur et le nostre leur peut bien dire aujourd'hui, comme il disoit autrefois, que sa maison est nommée maison de prière, et qu'ils en ont fait nne caverne de volleurs. Nous pouvons nous escrier avec l'Apostre qu'ils ont les pieds légers à verser le sang, puis qu'ils ne courent qu'aux meurtres, et si leur violence continue, j'apréhende enfin de continuer aussi avec le mesme sainct Paul en parlant à Dieu : « Ils ont démoli tes Autels, massacré tes Prophètes, j'ay resté seul, et ils me cherchent encore pour m'oster la vie. » C'est une espèce de prodige, Madame, que les cris de tant d'innocens ne viennent point jusque à vos oreilles et qu'elles n'ayent point encore esté frappées du bruit de la misère publique. Pour nous, qui confessons avec le grand Tertullien qu'il vaut mieux encore faillir que tromper, nous avons creu qu'il nous serait tousjours plus advantageux d'instruire vostre Majesté de tous nos désordres que de les luy déguiser par quelque bassesse ou par quelque crainte, que nostre Minrstère estoit honoré d'un très noble privilège pour estre ou muet ou complaisant, et que la flatterie estoit honteuse ou criminelle sur les lèvres de ceux qui sont appeliez à une vocation comme la nostre, puis que le feu avoit esté employé autrefois dans une rencontre à peu près semblable, pour purifier celles d'un Prophète. Ne treuvez donc pas, s'il vous plaist, estrange que nous nous plaignions icy d'une consternation qui répugne si fort à vos sentimens et à vos desseins, que nous engagions vostre piété dans la querelle de Dieu, et que nous vous redemandions l'honneur de celuy qui fait les Roys et qui les concerve, devant qui la sagesse du monde n'est que folie, et devant qui toute la gloire et toute la pompe des Souverains et des Princes ne sont que ténèbres et poussière. C'est luy, Madame, qui confond tous les conseils et toutes les entreprises des hommes, comme dit David, et si quelqu'un a conseillé à vostre Majesté de refuser à ses sujets la paix qu'elle peut et qu'elle doit leur accorder, il n'a qu'à se ressouvenir que Dieu est un Dieu de miséricorde et de paix, et que Salomon, qui fut le plus grand et le plus sage de tous les Roys, n'a point de titre plus glorieux dans l'Escriture que celuy de Roy paisible. La conférence de Ruel vous en fournit tous les moyens aujourd'huy, Madame, et nous ne doutons plus aussi, après les très humbles remonstrances que nous avons faites à vostre Majesté, qu'elle n'apporte un prompt remède aux maux qui nous pressent et à ceux qui nous

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