REMONSTRANCE DU CLERGÉ
font d'autant moins trembler qu'elles n'ont pour but que l'intérest d'une Mère persécutée dont vous relevez avec tant de soumission, et sans laquelle vous seriez tousjours à plaindre quand vous porteriez des loix partout où le Soleil porte sa lumière. Cette Mère persécutée est l'espouse de Jésus- Christ, qui n'ose presque plus se vanter d'estre entre les filles ce qu'est le muguet entre les espines. qui pourroit douter en quelque sorte si c'est elle-mesme à qui parle son espoux, quand il luy dit qu'elle est la plus belle de toutes les femmes, et que celles qui l'ont veuë l'ont appelée bien-heureuse. Elle ne se treuve plus redoutable comme les armées en bataille, elle n'ose plus dire qu'elle est sans tache, que la saison mauvaise est passée et que le temps des resjouyssances est venu ; et si elle ouvre la bouche, ce n'est plus que pour ces tristes parolles : « Si vous voyez mon bien-aymé, faites-luy sçavoir qu'on m'a battue, qu'on m'a blessée, et que mon voile m'a esté osté par ceux qui gardent les murailles de la ville. » L'estat où elle a esté réduitte depuis deux mois par ceux qui gardent les murailles de Paris, de peur que le pain n'y trouvast un passage libre, luy fait redoubler ces mesmes plaintes et luy fait redire encore qu'elle cherche de tous costés celuy qu'elle ayme sans le rencontrer. Certes, Madame, nous avons tous cru que vostre Majesté ne pouvoit estre informée de tous ces désordres, et que c'estoient deux choses incompatibles en vous, que de sçavoir ce mal-heur et de le souffrir. Outre que nous apprenons de l'Histoire Saincte que les Roys ne sont establis que pour rendre la justice, l'histoire prophane et la raison nous ont fait connoistre qu'il n'y avoit rien au monde de -plus utile ny de plus grand que cette vertu. Dans cette créance, qui a gagné mesme l'esprit des barbares et des sauvages, il est de la nécessité que ceux qui font l'office des Roys en partagent les qualitez comme ils en partagent la grandeur, et qu'ils rendent la justice aux hommes, s'ils ne veulent deffier celle de Dieu. Les premières années de vostre vie et celles de vostre Régence nous ont esté si glorieuses qu'il y auroit en nous de l'ingratitude, si nous nous lassions de publier qu'on a tousjours reconnu en vostre Majesté les parfaites marques et les caractères visibles d'une Reyne toute grande, d'une Mère toute bonne, d'une femme toute sage et d'une Chrestienne toute dévote. Mais comme un Ancien n'a pas eu mauvaise grâce de dire que les personnes qui estoient dessus le Throsne n'avoient accoustumé de voir et d'entendre que par les yeux et par les oreilles de celles qui avoient accoustumé de les approcher, nous venons nous prosterner encore à vos pieds pour vous remonstrer que tous nos sanctuaires sont prophanez, toutes nos Eglises pillées, toutes nos Religieuses fugitives, tous nos Prestres esgarez, la plus part de nos mystères abolis et toutes nos espérances presque perdues. La barque de sainct Pierre n'est plus icy qu'un vaisseau qui flotte au gré des vents et de la tempeste, et qui ne sçait en quel endroit aborder, et quoy que Jésus- Christ nous assure que les portes de l'Enfer n'auront point de force contre son Eglise, les trouppes qui environnent vostre Majesté, Madame, font