‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 28 sur 162 · SCÈNE w GRANGER, PAQUIER, GENEVOTE · texte numérisé non relu

SCÈNE w GRANGER, PAQUIER, GENEVOTE

ORANGER

Mademoiselle, soyez-vous venue autant à la bonne heure que la grâce aux Pendus, quand ils sont sur l'eschelle.

GENEVOTE

Est-ce l'Amour qui vous a rendu criminel ? Vraiment la faute est trop illustre pour ne vous la pas pardonner. Toute la pénitence que je vous ordonne de vostre faute % c'est de rire avec moy d'un petit Conte que je suis icy venue pour vous faire. Ce Conte, toutefois, se peut bien appeller une Histoire, car rien ne fut jamais plus véritable. Elle vient d'arriver, il n'y a pas deux heures, au plus facétieux personage de Paris, et vous ne sçauriez croire à quel poinct elle est plaisante. Quoy, vous n'en riez pas ?

GRANGER

Mademoiselle, je croy qu'elle» est divertissante au delà de ce qui [le] fut jamais ; et je le dois croire pour cela seulement que vous le dites, mais...

GENEVOTE

Mais vous n'en riez pas ?

GRANGER

Ha, a, a, a, a.

GENEVOTE

Il faut, avant que d'entrer en matière, vous anatomiser ce Squelette d'homme et de vestement [aux mesmes termes qu'un Sçavant m'en a tantost fait la description]. Voicy l'heure environ que le Soleil se couche, c'est l'heure aussi, par conséquent, que les lambeaux de son manteau se viennent rafraischir aux Estoilles. Leur Maistre ne les expose jamais au jour, parce qu'il craint que le Soleil, prenant une matière si combustible pour le berceau du Phœnix, ne bruslast et le nid et l'oiseau. Ce manteau donc, cette cape, cette casaque, cette simare, cette robe, cette soutane, ce pavillon, ce lange, ou cet habit, (car je suish encore à deviner ce que c'est, etye croy que le Syndic des Tailleurs y demeureroit « a quia ») ne fera pas dire aux gausseurs qu'il se moque du monde c en leur montrant la corde. Il est trop vieux le pénard pour en avoir une seule. Certains Dogmatistes disent avoir appris par tradition qu^il fut apporté du Caire, où on le trouva dans une vieille cave, à l'entour de je ne sçay quelle Momie, sous les sain-

a) 1654 : en ordonne. — b) on est. — c) fait bien dire aux gausseurs, qu'il fait peur aux larrons.

(1) Molière a imité cette scène dans Les Fourberies de Scapin, acte III, scène III, c'est le second emprunt pour cette dernière pièce que notre grand auteur comique a fait à Cyrano.

tes Mazures d'une Piramide éboulée. A la vérité, les figures grotesques que les trous, les pièces, les taches et les filets y composent bizarement, ont beaucoup de rapport avec les [figures] hiéroglifiques des Egyptiens. C'est un plaisir sans pareil de contempler ce Fantosme arresté dans une rue. Vous y verrez amasser cent Curieux, tous en extase disputer de son origine : l'un soutenir que l'Imprimerie ny le papier n'estant pas encore inventez % les Doctes y avoient tracé l'Histoire universelle ; et sur cela remontant de Pharamond à César, de Romule à Priam, de Lycurgue à Deucalion, de Prométhée au premier homme, il ne laissera pas échaper un filet qui ne soit au moins le Simbole de la décadence d'une Monarchie; un autre voudra que ce soit le Tableau du Cahos ; un autre la Métempsicose de Pitagore ; un autre, divisant ses guenilles par chapitres, y verra b l'Alcoran divisé par azoares ; un autre la Sphère e de Copernic ; un autre le Livre de Salomon ; un autre enfin jurera que c'est le manteau du Prophète Elie, et que sa sécheresse est une marque qu'il a passé par le feu. Et moy pour vous blasoner cet Escu, je dis qu'il porte de Sable, engreslé sur la bordure, aux Lambeaux sans nombre. De V habit je grimperois au chapeau d, mais je pense qu'il suffira de dire que chaque pièce de son acoùtrement est un cabinet d'antique. Passons e de l'estofïe à la doublure, de la Châsse au Sainct et de la guaisne à l'espée. Traçons en deux paroles le crayon de nostre ridicule Docteur. Figurez-vous un rejeton de ce fameux Arbre Cocos1, qui, seul, fournit un pais entier des choses nécessaires à la vie. Premièrement, en ses cheveux on trouve de l'huile, de la graisse et des cordes de Luth ; Sa teste peut fournir de corne les Couteliers, et Son front les Négromanciens, de grimoire à invoquer le Diable ; Son cerveau, d'enclume ; Ses yeux, de cire, de vernis et d'escarlate ; Son visage, de rubis; Sa gorge, de doux; Sa barbe, de décrotoires 2 ; Ses doigts, de fuseaux; Sa peau, de lime; Son haleine, de vomitif; Sa parole, de ris ; Ses cotaires, de pois; Ses dartres, de farine ; Ses oreilles, d'aisles à moulin ; Son derrière, de vent à le faire tourner ; Sa bouche, de four-à-ban3 ; Et sa personne, d'Asne à porter la Mounée \ Pour son Nez, il mérite bien une égratignure particulière. Cet autentique Nez arrive partout un quart d'heure auparavant' son Maistre : Dix Savetiers, de raisonnable rondeur, vont travailler dessous à couvert de la pluye=. Hé bien, Monsieur, ne voilà pas un joly Ganymède ? Et c'est pourtant le Héros de l'Histoire que Je veux conter5. Cet honeste homme régente une classe dans l'Université, [c'est bien] le plus faquin, le plus chiche, le plus avare, le plus sordide, le plus mesquin... Mais riez donc !

a) 1654 : trouvez. — b) trouvera. — c) le système. — d) Du manteau je passerois aux habits. — e) Venons. — /) devant. — g) mon histoire.

(1) le cocotier. — (2) cure-dents. — (3) four banal où l'on cuisait le pain de tout un fief, de tout un quartier, de tout un village (P. L.). — (4) mouture. — (5) Cette bouffonnerie rappelle une épigramme de l'antliologie où il est question d'un certain Antidamas, dont le nez était si long qu'il servit un jour d'échelle à quelqu'un pour s'esquiver par la fenêtre pendant un incendie (Victor Fournel).

GRANGER

Ha, a, a, a, a.

GENEVOTE

Ce vieux rat de Collège a un Fils qui, je pense, est le receleur des perfections que la Nature a volées au Père, ce Chiche-pénard1, ce Radoteux*...

GRANGER

Ah ! malheureux, je suis trahy ! c'est sans doute ma propre histoire qu'elle me conte. Mademoiselle, passez ces épithètes ; il ne faut pas croire tous les mauvais rapports, outre que la vieillesse doit estre respectée.

GENEVOTE

Quoy ! le connoissez-vous ?

GRANGER

Non, en aucune façon.

GENEVOTE

0 bien, bien, escoutez donc. Ce vieux Bouc vouloith envoyer son Fils en je ne sçay quelle Ville, pour s'oster un rival ; et afin de venir à bout de son entreprise, il luy veut faire acroire qu'il est fou. Il le fait lier, et luy fait ainsi promettre tout ce qu'il veut. Mais le Fils n'est pas long-temps créancier de cette fourbe. Comment ! vous ne riez point de ce vieux Bossu de ce Maussadas à triple estage ?

GRANGER

Baste, baste, faites grâce à ce pauvre vieillard !

GENEVOTE

Or, escoutez le plus plaisant. Ce Goûteux, ce Loup-garou, ce Moinebourru*...

Passez outre, cela ne fait rien à l'Histoire,

GENEVOTE

Commanda à son Fils d'acheter quelque bagatelle pour faire un présent à son Oncle le Vénitien ; et son Fils, un quart d'heure après, luy manda qu'il venoit d'estre pris prisonnier par les Pirates Turcs, à l'embouchure du Golphe des Bons-Hommes 3 ; et ce qui n'est pas mal plaisant, c'est que le bonhomme aussi-tost envoya la rançon. Mais il n'a que faire de craindre pour sa pécune, elle ne courra poiut de risque sur la Mer du Levant.

GRANGER

Traistre Corbineli, tu m'as vendu ! mais je te feray donner la Salle*.

a) 1654 : radoteur. — b) veut.

(1) Vilain avare. — (2) Personnage fantastique qui, dans la croyance des parisiens, courait les rues la nuit, surtout à l'époque de l'Avent, en tordant le cou à ceux qui mettaient le nez à la fenêtre, en maltraitant les passants. —(3) Entre Chaillot et l'île des Cygnes. — (4) Dans les collèges, cette expression proverbiale signifiait donner le fouet, parce que l'exécution avait lieu dans une salle à ce destinée (P. L.). — On a

Il est vray, Mademoiselle, que je suis interdit ; mais jugez aussi par le trouble de mon visage de celuy de mon âme. L'image de vostre beauté joue incessamment dans mon cœur à Remue-ménage. Ce n'est pas toutefois du désordre d'un esprit égaré que fattens* ma récompense, mais de ma seule passion b que je prétens vous prouver par quatre Figures de Rhétorique : les Antithèses, les Métaphores, les Comparaisons et les Argumens. Et pour les déplier, escoulez parler 1' « Antithèse » :

« Si » mais je ne dis point si, car il est plus véritable que la vérité : « Si », dis-je, l'amère douceur et la douce amertume, le poison médicinal et la médecine empoisonnée, [qui] partent sans sortir de vous, ô Monstre indéfectueux, n'embrasoient mon esprit en le gluant c et n'y faisoient tantost vivre, tantost mourir, un immortel petit Géant (j'appelle ainsi les fiâmes invisibles dont ce Dieu nain d m'échauffe et me fait trembler). Ou « si » ces aveugles clair-voyans (je veux dire vos yeux, belle Tigresse, ces innocens coupables, mais plustost encore le siège et la lice, le repos et faction, le tout et la partie de l'unité de nos deux âmes) se publiant, sans dire mot, les amis ennemis de l'esclave liberté des hommes, n'avoient contraint volontairement mon génie dans la libre prison de vostre sorcière beauté, luy qui faisoit gloire auparavant d'une fermeté constante en son inconstance ; « Si », dis-je, tout cela n'avoit fait faire et défaire à mes pensées beaucoup de chemin en peu d'espace ; « Si » bref vous ne m'aviez apporté des ténèbres par vos rayons, « Je » n'aurois pas appelé de mon Juge à mon Juge, pour demander ce que je ne veux pas obtenir ; c'est, pitoyable inhumaine, la santé mortelle d'une aigre douce maladie qu'on rendroit incurable si on la guérissoit.

GENEVOTE

Comment appelez-vous cette Figure-là ?

GRANGER

Nos Ancestres jadis la baptisèrent « Antithèse ».

GENEVOTE

Et moy qui la confirme aujourd'huy, je luy change son nom et luy donne celuy de Galimathias.

GRANGER

Voicy la Métaphore et la Comparaison qui viennent à vos pieds demander audience.

GENEVOTE

Faites-les entrer.

o) 1654 : je prétens mériter. — b) c'est de la force de ma passion. — c) glaçant. — d) visibles dont le plus grand et le plus petit des Dieux.

reconnu encore dans cette scène un autre emprunt de Molière, non moins patent que le précédent (la scène des galères), c'est-à-dire la scène 3 de l'acte III des Fourberies de Scapin où Zerbinette vient raconter à Géronte lui-même le tour que son fils lui a joué par l'intermédiaire de ton valet.

GBANGER

Tout ainsi qu'un neigeux Torrent, fier enfant de l'Olympe, quand son chenu coupeau acravanté d'orages, et courbant sous le faix des froidureux cotons ; franc qu'il se voit de l'estroite Conciergerie ' où le calme le tenoit serf « Qua data porta ruit » 2, va ravager insolemment le sein fertile des pierreuses campagnes, et déshonorant sans vergogne, par le guéret champestre,la perruque dorée de Cérès aux pasles couleurs, fait brouter ilec le troupeau escaillé, où le coutre tranchant du mesnager Laboureur piéça se promenoit. Ainsi mes mortes espérances ne pouvant plus tenir contre l'impétuosité de mon désespoir", l'Huissier de ma tristesse, tenant en main la baguette de mes soupirs, a fait place à la majestéh de mes douleurs ; j'ay débarricadé mes clameurs, lasché la bride à mes sanglots, donné de l'espron à mes larmes, et fouetté mes cris devant moy. Ils feront bon voyage, car il me semble déjà que je voy la Sentinelle avancée de vostre bonté paroistre entre les cresneaux et sur la plate-forme de vos grâces, qui crie à mes soupirs : « Qui va là » ? Puis, ayant appelé le Coporal de vostre jugement, donné l'alarme au Corps de garde de vos pudicitez, demandé le mot du guet à mes soupirs, les avoir reconnus pour con fédérez e, laissé passer à cause du paquet de persévérance, et bref les articles [de] bonne intention signez de l'Amant et de l'Aimée, voir la Paix universelle entre les deux Estats de nostre Foy matrimoniale régner es siècles des siècles8.

GENEVOTE

Amen.

GRAXGER

Donc, pour nous y acheminer, soyez comme un Jupiter qui s'appaise pourd de l'encens ; je seray comme Alexandre à vous en prodiguer. Soyez de mesme que le Lion qui fleschit aux e larmes ; Je seray de mesme qu'Heraclite à force de pleurer. Soyez tout ainsi que le Naphte auprès du feu ; et je seray tout ainsi que le Mont zEtna, qui ne sçauroit s'esteindre. Soyez ne plus ne moins que le bon Terroir qui rend ce qu'on luy preste ; et je seray ne plus ne moins que Triptolème à vous encemencer. Soyez ainsi que les Abeilles qui changent en miel les plus arriéres fleurs ; et les fleurs de ma Rhétorique, ainsi que celles d'Attique, se chargeront de Mâne. Soyez telle en fermeté que la Remore qui bride la Nef au plus fort de la tempeste ; et je seray tel que le Vaisseau de Caligula qui en fut arresté « Ne multus sim » *. Soyez à la façon des Trous qui ne refusent point de mortier ; et je seray à la façon de la Truelle qui bouchera vostre crevasse.

GENEVOTE

Yrayment, Monsieur, quoy que vous soyez incomparable, vous n'estes pas un homme sans comparaison.

a) 1654 : déplaisir. — b) grandeur. — c) amis. — d) par. — e) se laisse fléchir par les.

(1) prison. — (2) se rue par la porte ouverte. — (3) Allusion à la formule finale dei oremus : in saecuia saecutorum. — 4) Pour ne pas être bref.

GRANGER

Ce n'est pas par la Métaphore seule, pain quotidien des Scholares, que je prétends capter vostre bénévolence. Voyons si mes arguraens trouveront forme à vostre pied ; car si ce contingent Métaphisique avoit couru du « Possibile ad factum » ', je jure par toutes les Eaux infernales, parles Palus trois fois saincts du Gocite et du Stix, par la Couronne de fer de l'Enfumé Pluton, par l'éternel Gadnas du Silence, par la fourche et la béquille du Cyclope boiteux a, bref par l'Entousiasme prophétique du Tripied Sibilin, de vous rendre en beauté, non point la Déesse Paphienne, mais celle qui fera honte à celle-là. Et pour [en] descendre aux preuves, j'argumente ainsi : Du Monde, la plus belle partie, c'est l'Europe. La plus belle partie de l'Europe, c'est la France, « Secundum Geographos » 2. La plus belle Ville de France, c'est Paris. Le plus beau Quartier de Paris, c'est l'Université, « Propter Musas »3. Le plus beau Collège de l'Université, je soutiens, à la barbe de Sorbonne, de Navarre et de Harcour, que c'est Beauvais ; et son nom est le respondant de sa beauté, puis qu'on le nomma Beauvais « quasi » beau à voir. La plus belle Chambre de Beauvais est la mienne ; « Atqui » * le plus beau de ma Chambre, c'est moy. Ergo5, je suis le plus beau du monde. « Et hinc infero »6 que vous, Pucelete Mignardelete, Mignardelete Pucelete, estant encore plus belle que moy, il seroit, je dis « Sole ipso clarius » 7, que vous incorporant au corps de l'Université en vous incorporant au mien, vous seriez plus belle que le plus beau du monde.

GENEVOTE

[Vrayment] si j'avois dormy une nuit auprès de vous, je serois docte comme Hésiode, pour avoir dormy sur le Parnasse.

GRANGER

Mais j'ay d'autres armes encore qui sont toutes neuves à force d'estre vieilles, dont je présume outrepercer vostre tendrelete poitrine. C'est l'éloquence du franc Gaulois8. Or oyez.

Et déa Boyne de haut parage, Mie de mes pensées, Cresme, Fleur et Parangon des Infantes, vous qui chevauchez par illec du fin feste de cestuy vostre magnifique et moult doucereux palfroy, jouxte lequel gésir soûliez en bonne couche ; prenez émoy de ma déconvenue. Las ! oyez le méchef d'un dolent moribond qui, crevé d'anhan sur un chétif grabat, onques ne sentit au cœur joye. Point ne boutez en sourde oubliance cil à qui piéça Fortune porte guignon. Las ! hélas ! réconfortez un pauvret en

a) 1654 : la béquille de Vulcain.

(1) Du possible au fait. — (2) selon les géographes. — (3) à cause des Muses. — (4) Or. — 5) Donc. — (6) et, de la, j'infère. — (7) plus clair que le jour. — (8) A cette époque les romans à grand style et à grands sentiments avaient complètement détrôné les anciens romans de chevalerie qui ne se lisaient plus... La connaissance de la vieille langue était donc reléguée parmi les défroques de la pédanterie. Ce fut Chapelain qui essaya de remettre en vogue et en honneur la littérature gauloise (P. L.).

marisson, à qui il conviendra soy gendarmer contre soy, s'occir, ou se déconfir par quelqu'aulre tour de mal engin, se ne vous garmantez de luy donner soûlas ; car de finer ainsin piéça ne luy chaut. Or soyez ma Pucelle aux yeux vers1 comme un Faucon, quant à raoy je seray vostre coint Damoisel, qui, par rémunération d'une si grande mercy, se aucune chose avez à besogner de son avoir, à-tout son tranchant glaive il redressera vos torts, et défera vos griefs ; il déconfira des Chevaliers félons ; il hachera des Andriaques ; il fera des Chapelis inénarrables, il martellera des Paladins ores à dextre, ores à senestre ; bref tant et si beau joustera, qu'il n'y aura pièce de fiers, orgueilleux, outrecuidez, et démesurez Géans, lesquels en dépit des armes Fées, et du Haubert de fine trempe, il ne pourfende jus les arçons. Quel ébaudissement de voir adonc issir le sang, à grand randon, du flanc pantois de ïendamné' Sarasin ; et pour festoyement de cas tant beau, se voir léans guerdoné d'un los de plénière Chevalerie.

GENEVOTE

Monsieur, il est vray, je ne le puis celer, c'est à ce coup que je rends les armes. Enfin je m'abandonne tout à vous ; Usez de mes desirsh aussi librement que le Chat [fait] de la Souris : Rognez, tranchez, taillez ; faisles-en comme des Choux de vostre jardin.

Je trouve pourtant bien du « distinguo » entre les Femmes et les Choux ; car des Choux la teste seule' est bonne, et des Femmes c'est ce qui n'en vaut rien.

GRANGER

Auriez-vous donc agréable, Mademoiselle, lors que la nuit au visage de More, aura, de ses haillons noirs, embéguiné le minois souffreteux de nostre Zénith ; que je transporte mon individu aux Lares domestiques de vostre toit, pour humer à longs traits vostre Eloquence mellifluë, et faire sur vostre couche un sacrifice à la Déesse tutélaire de Paphos ?

GENEVOTE

Oiiy, venez ; mais venez avec une eschelle, et montez par ma fenestre, car mon frère serre tous les jours les clefs de nostre maison sous son chevet.

GRANGER

O! que ne suis-je maintenant [Julius] César, ou le Pape Grégoire', qui firent passer le Soleil sous leur férule ! Je ne le reculerois, ni ne

a) 1654 : l'endemené. — b) moy. — c) en.

(1) vairs, c'est-à-dire de couleur changeante. — (2) Allusion au calendrier Julien, dressé par Jules César, et au calendrier Grégorien, réformé par le pape Grégoire XIII (P. L.).

l'arresterois en Thieste ou en Josué', mais je le contraindrois de marquer minuit à six heures.

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