SCÈNE V GRANGER le jeune, GRANGER, CORBINELI, PAQUIER
CORBINELI
Le voicy comme si Dieu nous le devoit. Permettez que je luy parle un peu particulièrement, car vostre mine effarouchante ne l'apprivoiseroit pas4.
GRANGER Fais à ta fantaisie.
CORBINELI
Je vous allois chercher. Vous ne sçavez pas ? On vient de condamner vostre raison à la mort. En voulez-vous appeller ? J'ay moy-mesme receu les ordres et les instrumens de vous enyvrer ; mais si j'en suis crû, vous blesserez vostre ennemi de sa propre espée. Il prétend, le bon Idiot' faire ce soirh les nopces de vostre Sœur avec Monsieur de La Tremblaye, et le contract des siennes avec mademoiselle Genevote : Craignant donc que vostre présence n'apportast beaucoup d'obstacles à la perfection de ses desseins, il m'a donné charge de vous saouler à la Taverne c; et je trouve, moy, que c'est un acheminement, le meilleur du monde, pour l'exécution de ce que je vous ay tantost mandé par Paquier* [que vous ay envoyé].
granger le jeune Quoy ! pour contrefaire le mort ?
CORBINELI
Oiïy ; car je lui persuaderay que dans l'escume du vin vous aurez
pris querelle, et que [Il luy parle bas à l'oreille.] Mais viste, allez
promptement estudier vos Postures ; nous amuserons cependant, Paquier et moy, vostre Père, pour donner du temps à vostre feinte yvrognerie... Venez icy mesme représenter vostre personnage, et nous luy ferons accroire qu'en suite vostre querelle... [etc.]