SCÈNE VIII GRANGER, GAREAU, [GHASTEAUFORT, PAQUIER
ORANGER
Quel climat sont allés habiter nos Rosciens ? L'Antipode, ou nostre Zenit ? Je vous décoche le bonjour, Chevalier du grand Revers ; et vous l'Homme à l'héritage, salut et dilection !
GAREAU
Parguene, je sis venu nonobstant pour vous défrincher ma sussion encore une petite escousse. Excusez l'importunance-da ; car c'est la mainagère de mon Onque qui ne feset que huyer environ moy que je venis< Que velez-vous que je vous dise ? ol feset la guieblesse. « He I vramant. disoit-elle a à part soy, Mathieu* Granger, pis qu'il set tout, c'est à ly à sçavoir ça.Va-t-en, va, Jean, il te dorra un consille là dessus. » Dame, j'y sis venu.
GRANGER
0 ! mon cher amy, par Apollon claire-face qui communique sa lumière aux choses les plus obscures, ne nous veuille rejetter dedans le creux manoir spelonque généalogique.
GAREAU
Parguene, Monsieu, sacoutez don eun tantet, et vous orez, si je ne vous la boute pas aussi à jour' qu'un cribe.
GRANGER
Ma parole est aussi tenable qu'un décret du Destin.
GAREAU
(Il luy présente une fressure de veau pendue au bout d'un baston.) 0 bian, comme dit Pilatre, « quod scrisi, quod scrisi », n'importe, n'importe, ce nianmoins, tanquia, qu'odon [comme dit l'autre], vêla une petite douceur que nostre Mère-grand vous envoyé.
GRANGER
Va, cher amy, je ne suis pas Jurisconsulte mercenaire.
GAREAU
Là, là, prenez tousjours ; vaut mieux un tian, que deux tu l'auras,.
GRANGER
Je te dis encore un coup que je te remercie.
GAREAU
Prenez, vous dis-je, vous ne sçavez pas qui vous prendra. o) 1654 : ce feset-elle. — b) Monsieu. — e) clair.
G RANGER
Et fi ! champestre Etérogène, prens-tu mes vestemens pour la marmite de ta maison ?
GAREAU
Ho, ho, tredinse, il ne sera pas dit que j'usions d'obliviance ; cor que je siomes petits, je ne sommes pas vilains.
G RANGER
Veux-tu donc me diffamer « à capite ad calcem » ?
GAREAU
Bonnefy, vous le prendrais. Je sçay bien, comme dit l'autre, que je ne sis pas digne d'estre capabe ; mais stampandant oui n'y a rian qui ressembe si bien à eun chat qu'eune chate. Bonnefy, vous le prendrais da, car on me huiret ; et pis, vous en garderiais de la rancœur encontre moy.
GRANGER
0 vénérable confrère de Pan, des Faunes, des Silvains, des Satyres et des Driades, cesse enfin par un excès de miséricorde* de diffamer mes ornemens, et je te permets, par rémunération, de rester spectateur d'une invention théâtrale [la plus hilarieuse du monde].
J'y entre aussi, et, pour récompense, je te permets, en cas d'alarme, de te mettre à couvert sous le bouclier impénétrable de mon terrible nom.
GRANGER
J'en suis d'accord, car que sçauroit refuser un mary le jour de ses nopces ?
paquier, à Ghasteaufort
Mais, Monsieur, je voudrois bien sçavoir qui vous estes, vous qui vouliez entrer.
CHASTEAUFORT
Je suis le Fils du Tonnerre; le Frère aisné de la Foudre ; le Cousin de l'Esclair ; l'Oncle du Tintamarre ; le Neveu de Garon ; le Gendre des Furies ; le Mary de la Parque ; le Ruffien de la Mort ; le Père, l'Ancestre et le Bisayeul des Esclaircissemens.
PAQUIER
Voyez si j'avois tort de luy refuser l'entrée. Jamais b un si grand Homme auroit-il pu passer par un si petit passage c ? Monsieur, on vous souffre, à condition que vous laisserez vos parens à la porte, car avec le Bruit, le Tonnerre, et le Tintamarre, nous n'aurions pas de silence d.
CHASTEAUFORT
Garde-toy bien une autre fois de te méprendre. D'abord que quel-
a) 1654 : bonne volonté. — b) Comment. — c\ pourroit-il passer par une si petite porte. — d) on ne pourroit rien entendre.
qu'un viendra s'offrir, demande-luy son nom, car s'il s'appelle la Pierre, la Montagne, la Tour, la Roche, la Bute, [Fortchasteau], Chasteaufort, ou de quelqu'autre titre inébranlable, tu peux l'asseurer que c'est moy.
PAQUIER
Vous portez plusieurs noms, parce* que vous avez plusieurs Pères (Ils entrent).