SCÈNE PREMIÈRE TIRÈRE, SÉJANUS
TIBÈRE
Enfin Rome est soumise, et mes Troupes logées
Sont autour du Palais en bataille rangées,
Et je puis foudroyer d'un bras victorieux
Ces superbes Titans qui s'osent prendre aux Dieux ;
Je dois par Agrippine ouvrir leurs sépultures,
Sa mort décidera toutes nos avantures.
SÉJANUS
Seigneur, daigne en son sang le tien considérer!
TIBÈRE
Quand j'ay de mauvais sang, je me le fais tirer.
SÉJANUS
Prens garde aussi de perdre Agrippine innocente ! D'un coup si dangereux la suitte m'épouvante ; Rome publie à faux, par de si prompts effets, Que pour t'abandonner à de plus grands forfaits, Tu chasse le tesmoin de qui l'aspect t'affronte, Et punis la vertu dont l'esclat te fait honte.
TIBÈRE
Quoy I la craindre, et n'oser mettre un terme à ses jours ! Ou bien la laisser vivre, et la craindre tousjours 1
LA MORT d'aGRIPPINE, TRAGEDIE 133
L'un m'est trop dangereux, l'autre m'est impossible.
SEJANUS
Seigneur, comme elle rend son abord accessible, Qu'un Espion fidèle évente ses secrets : Je m'offre à cet employ.
TIBÈRE
Je l'ay mandée exprez.
Ce langage muet des yeux avecque l'âme Me pourra découvrir le complot qu'elle trame ; Je feindray de sçavoir qu'elle en veut à mes jours, Afin que si son front paslit à ce discours, Il soit, pour la convaincre, un indice contr'elle ; Ou si plein de fierté son front ne la décelle, Me croyant en secret du complot adverty, Elle abandonne au moins l'intérest du party. Brisons là, Séjanus, je la voy qui s'avance... A la faire parler observe ma prudence.