SCÈNE VI
livilla, seule .
Dites, dites le vostre, Agrippine inûdelle,
Qui de Germanicus oubliant la querelle,
Devenez sans respect des droicts de l'amitié
De son lasche Assassin l'exécrable moitié !
Femme indigne du nom qui soustient vostre race,
Et qui du grand Auguste avez perdu la trace,
Rougissez, en voyant vostre Espoux au tombeau,
D'estouffer sa mémoire au lict de son Bourreau !...
Mais que dis-je, insensée ? Ah ! mon trouble est extrême !
Ce reproche honteux rejaillit sur moy-mesme,
Puis que de rang égal, et filles d'Empereurs,
Nous tombons, elle et moy, dans les mesmes erreurs.
Elle ayme ce que j'ayme, et quoy que je contemple
De lasche dans son cœur, son cœur suit mon exemple ;
Et puis il s'est donné... Mais le Traistre est-il sien ?
132 LA MORT d'aGRIPPINE, TRAGEDIE
M'ayant faict sa maistresse, a-t-il droict sur mon bien !
Non ; si par son Hymen ma naissance j'affronte,
J'en cueilleray la gloire ayant semé la honte,
Pour me le conserver je hazarderay tout,
Je n'entreprendray rien que je ne pousse à bout.
Rien, par qui dans sa mort mon bras ne se signale,
Si je puis descouvrir qu'il serve ma Rivale.
Qu'il y pense, ou bien-tost des effets inhumains Feront de son suplice un exemple aux Romains ; Oùy, par les Dieux vengeurs, lasche, je te proteste, Si ton manque de foy me paroist manifeste, Qu'avant que le Soleil ait son char remonté, Tu seras comme ceux qui n'ont jamais esté !