CLXEI INSTRUCTION CONTRE PIERRE DE CYRANO
S'il sçait ce que c'est que les ouvrages de Cyrano de Bergerac, qu'il dit estre son oncle
A dit que ses ouvrages sont, entre autres choses : Agrippine, tragédie ; des Lettres Satyriques et Amoureuses ; Les Etatz de V Empire de la Lune et du Soleil, et la comédie du Pédant Joiié.
S'il sçait d'où estait originaire Cyrano de Bergerac.
A dit qu'il estoit originaire de Paris et fils d'Abel Cyrano, ayeul du répondant, qui estoit de Paris et y vivoit de son bien ; ajoute le répondant qu'il croit que Cyrano de Bergerac, son oncle, a esté baptisé ou sur les fonts de la paroisse Saint-^sicolas-des-Champs ou sur ceux de Saint- Eustache, et que le nom de Bergerac que portoit son oncle, avec celuy de Cyrano, vient d'une petite terre ou hameau située près de Chevreuse, ainsi que celle de Mauvières, dont le père du répondant portoit le nom, lesquelles deux terres ont été vendues par l'ayeul du répondant en 1636.
S'il ne sçait pas doit Abel de Cyrano, son ayeul, estoit originaire.
A dit qu'il a entendu dire qu'il estoit originaire de Paris et que son bisayeul estoit originaire de Sardaigne.
S'il y a longtemps que son père est mort.
A dit que son père est mort il y vingt et un ans et qu'il n'y a pas plus de cinq mois et demy que sa mère , avec laquelle luy répondant demeuroit, est décédée et a esté enterrée dans l'église Saint-Benoist.
S il sçait de quelle famille estoit sa mère.
A dit qu'elle estoit fille de Simon Marcy, marchand mercier au faubourg Saint-Jacques, dit de Soy ; que celle de Cyrano de Bergerac, son oncle, se nomraoit Espérance Bélanger et estoit fille d'Etienne, Bélanger, duquel le répondant n'a pas sceu la qualité.
Quelles ont esté ses occupations.
A dit qu'il a estudié jusqu'en seconde au Collège des Jésuites; qu'ensuitle il est entré en qualité de cadet dans le régiment de Navarre, et après y avoir servy deux années, il est entré dans le régiment colonel-général de la cavallerie, où il a servy trois campagnes, et qu'enfin il est entré dans la gendarmerie, compagnie des gendarrnes de Flandre, brigade de feu M. de Marsin, où il a servy dix campagnes, s'estant trouv* aux batailles de Slinkerque, de la Marsaille et de Fleurus ; qu'il a esté dangereusement blessé à la dernière d'un coup de feu à la teste, et qu'estant tombé malade en l'année 16^8, il demanda son congé qu'il obtint de M. le marquis de Beauvau, qui csloit pour lors au quartier à Ham.
Quelles ont esté ses occupations depuis l'année 1698, qu'il a quitté le service.
A dit qu'il n'en a eu aucune et qu'il s'est retiré auprès de sa mère, qui n'est décédée, comme il nous l'a dit, que depuis cinq mois.
S'il a des frères et sœurs.
A dit qu'il n'a qu'une sœur, laquelle est mariée au sieur Vlaighels, commis dans les gabelles de Saint-Quentin.
INSTRUCTION CONTRK PIKRUK DE CYRANO, 1707 CLXIII
S'il a de quoy subsister en cette ville de Paris sans rien faire.
A dit qu'il jouit de quatre cens livres de rentes, qui luy appartiennent, sur l'Hostel de Ville de Paris et proviennent de la succession de son père.
S'il ne s'est pas abandonne aux dernières infamies.
A dit que, provoqué par le vin et l'eau-de-vie dont sa fainéantise luy a malheureusement fait contracter l'habitude, il s'est livré à des infamies dont il se repent et en demande pardon à Dieu et au Roy.
Quelles sont ces infamies.
A dit qu'il a horreur de nous les déclarer et qu'il nous supplie très humblement de l'en dispenser.
Interpellé de nous les déclarer.
A dit
S'il n'a pas esté dans quelque autre église et ne s'y est pas aussi abandonné à ces mesmes abominations.
A dit que non.
Pourquoy il s'adonnoit plustost à faire ses abominations dans l'église de Nostre-Dame que dans d'autres églises.
A dit que c'est parce qu'ordinairement il buvoit et s'enyvroit dans ses quartiers.
S'il n'a pas trouvé des personnes qui luy ont fait des reproches au sujet de ses infamies, mesme menasse de se plaindre.
A dit qu'il s'est trouvé quelques femmes qui luy ont dit de se retirer sans .luy faire d'autres menasses.
Si le suisse de Nostre-Dame qui l'a arresté ne le trouva pas continuant ses infamies.
A dit que non, qu'il y avoit alors plus de quinze jours qu'il ne luy estoit arrivé de s'abandonner ainsy ; que le jour qu'il fut arresté, il n'avoit fait que passer au travers de l'église, et le suisse l'ayant suivy rue Neuvede-Nostre-Dame. il luy osta son épée et le jetta chez le commissaire de La Marre ; ajoute le répondant que dans le temps qu'il a esté arresté, mesme quelques jours auparavant, il estoit rentré en luy-mesme et avoit conçu une si grande horreur de ses abominations qu'il ne cherchoit que le moment d'en faire pénitence, el affin de s'éloigner de touttes occasions et des gens qui l'excittoient à boire, il avoit résolu de sortir de la Ville de Paris et de se retirer à Saint-Quentin, près de sa sœur, chez laquelle il se proposoit de tenir une conduite plus réglée.
Qui sont les gens qu'il fréquentait ordinairement et qui l'excittoient à boire.
A dit qu'il y avoit le nommé Lourdet, mercier, l'Hôpital, colporteur,