XXVIII LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
Journée. Ce curé entendait être écouté et obéi. Il n'hésitait pas, le cas échéant, à corriger vertement l'écolier rébarbatif. Savinien, raisonneur et batailleur, se rebellait et ne tenait compte ni des leçons ni des corrections. Malgré sa vive amitié pour l'un de ses condisciples, Henry Le Bret (1), amitié qui ne devait finir qu'avec sa vie, Savinien se plaignit si souvent à son père que celui-ci, d'un caractère faible, importuné de ses doléances, sans s'informer s'il serait mieux ailleurs, le retira brusquement des mains du curé.
Entre temps, sa vivacité, sa gaieté, son espièglerie lui avaient gagné le cœur de sa marraine, Marie Feydeau; elle lui lègue, en 1628, six cents livres. Cette somme, destitiée d'abord à la poursuite des études de Denys, son frère aîné, devait revenir à Savinien à la mort de ses parents :
« Fut présent noble homme Abel de Cyrano, sieur de Mauvières, près Chevreuse, paroisse de Saint-Forget, demeurant audit Mauvières, étant de présent en cette ville de Paris logé rue des Prouvaires, paroisse Saint-Eustache, lequel a reconnu et confessé avoir eu et reçu de daraoiselle Marie Feydeau, veuve de feu noble homme Louis Perrot, vivant conseiller et secrétaire du Roi, à ce présente, la somme de six cents livres de laquelle somme ladite damoiselle Perrot fait don à Savinien de Cyrano, son filleul, fils dudit sieur de Mauvières et de damoiselle Espérance Bellanger, sa femme, cousine d'ic^lle damoiselle Perrot, à la charge néanmoins d'employer par ledit sieur de Mauvières lesdites six cents livres pour la continuation des études de Denys de Cyrano, son fils aîné, âgé de quatorze ans, pour après le décès des sieur et dame de Mauvières ladite somme de six cents livres devoir être reprise sur leurs biens par ledit Savinien de Cyrano leur dit fils, donataire d'icelle et pardessus les droits successifs de sesdits père et mère. »
Abel de Cyrano fit entrer son fils au collège de Beau-
(1) Henry Le Bret était fils de Nicolas Le Bret, marié le 26 novembre 1611, à Marie Mallaquin, au Mesnil-Saint-Denis (aujourd'hui canton de Chevreuse) ; de ce mariage, nafiuirent deux filles : Louise et Marie, baptisées toutes deux dans l'église du Mesnil, la dernière mariée à Jean Herculet, bourgeois de Paris, et valet de chambre de la Reine, mort en 1649 ; un garçon, mort très jeune et inhumé dans la même église, en 1621, et, enfin, Henry, qui a dû naitre à Paris, quand le service de son père le retenait près de la duchesse de Guise, dont il était l'écuyer. Tout comme Cyrano, il abandonna la carrière militîiire pour devenir avocat en Parlement. Enfin, renonçant au monde, il reçut la prêtrise en 1656. Secrétaire de l'évêque de Monlauban, Pierre de Bertier ; en 1659 chanoine du chapitre cathédral ; en 1663 grand-prévôt de la cathédrale, il mourut à quatre-vingt-treize ans, le 9 août 1710, dans cette même ville de Monlauban. Il a publié dix-sept ouvrages. (Em. Forestié neveu, Biographie de Henry Le Bret, 1890.)