‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 23 sur 155 · LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC XXIX · texte numérisé non relu

LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC XXIX

vais (1), dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais, à Paris. Le principal, depuis avril 1615, Jean Grangier (2), professeur de réthorique au collège d'Harcourt, puis professeur d'éloquence latine au Collège de France, était non seulement un savant de premier ordre, mais encore un excellent pédagogue et un administrateur remar{[uable. Il avait relevé la prospérité un moment chancelante de ce collège et rétabli la discipline tant soit peu compromise sous son prédécesseur. Son éloge était dans toutes les bouches ; on disait proverbialement : « Il n'y a qu'un Grangier pour dicter, un Bourbon (3) pour écrire et un Marsile (4) pour enseigner » (5). Sous la direction de Grangier, l'impétueux Cyrano se vit bientôt maîtrisé; mais il ne lui pardonna pas sa soumission, au moins apparente, obtenue au prix de quelques « fouettées ». Il s'en est vengé en caricaturant son vieux maître dans Le Pédant Joué (6). Notre parisien termina ses humanités au moment où la fortune paternelle fléchissait sensiblement. Ce n'est pas qu'Abel de Cyrano fût sur le point d'être ruiné, loin delà ; s'il a\ait réclamé, dès 1630, une somme de deux mille huit cent cinquante livres, prêtée autrefois au maréchal d'Estrées, et contracté plusieurs emprunts, dont l'un à sa belle-sœur, Marie Le Camus, veuve de Pierre de Cyrano, si quatre mille livres, avancées à Catherine Millet, tante de sa femme, étaient perdues, il se trouvait encore en posture d'acheter trente-deux mille livres une rente de deux mille livres

(1) Chose assez surprenante : Le Bret ne parle pas de l'entrée de Savinien au collège de Beauvais ; il laisse entendre que son père le renvoya simplement à Paris ; mais c'est peu vraisemblable.

(2) P. Lacroix a tracé la caricature, et non le portrait de J. Grangier : « Le savant Jean Grangier, j)ar son érudition immense, par son éloquence pédantesque, par ses querelles avec les grands et petits boursiers, avec les régents et les pédagogues du collège, par son caractère violent et par son avarice sordide, a marqué dans l'histoire de l'Université de Paris. Tous les écoliers le connaissaient et se racontaient l'un à l'autre ses beaux traits de cuistrerie, ses bons mots de grammairien, ses discours en grand style de rhétorique. »

(3) Nicolas Bourbon, poète latin, né à Bar-sur-Aube, était fils d'un médecin et petit-neveu du fameux Nicolas Bourbon, excellent poète latin, mort en 1542. Notre Nicolas Bourbon enseigna la rhétorique au collège des Grassins, puis au collège de Calvy, et, enfin, au collège d'Harcourt. Il fut nommé, après la mort de Henri IV, professeur royal en éloquence grecque, et il fut choisi comme l'un des premiers académiciens. Il mourut le G août 1644, âgé d'environ soixante-dix ans.

(4) Théodore Marsile, philologue, né en Hollande, à Arnhem, en 1548, mort à Paris en 1617 ; il occupa la chaire d'éloquence latine au Collège de France.

(5) Le collège de Dormans-Beauvais et la chapelle de Saint-Jean l'Evangéliste, par le Révérend Père M. D. Chapotin, 1870.

(6) Le Pédant Joué, acte I, scène VIII.

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