‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 39 sur 155 · XLIV LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

XLIV LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC

Que c'est une richesse extrême D'être sain dans la pauvreté ; Mais c'est bien la pauvreté même De n'avoir argent ni santé :

Un petit grenier est mon Louvre.

Mon manteau jour et nuit me couvre.

On me donne un drap en trois mois ; Pour tout rideau j'ai la muraille Avec une coete de paille (1) Dessus un matelas de bois.

La nuit, quand le sommeil m'abat (2),

Les rats commencent leur tempeste,

Les chats célèbrent le sabat

Au haut du toit dessus ma teste ;

Je n'ai pu dormir de la nuit,

Tant les chats ont mené de bruit (3)

A l'élection de leur Prince,

Il opinoient tous à la fois,

Chacun voulant donner sa voix (4)

Dans le conseil de sa province.

Hélas ! avant ma maladie,

J'étois frais comme un maquereau ;

J'avois la face rebondie,

J'étois souple comme un bourreau;

Maintenant, la toux m'aténuë,

Je crache ma rate menue

En flegme nacarat onde,

J'ai la gorge toute salée,

J'en sens ma fourchette avalée

Et le triboulet dessoudé (5).

Je ne suis plus entre les blonds, Puisque ma teste se dépouille ; On n'y voit plus mes cheveux longs.

Non plus que sur une citrouille :

(1) Var, du Rec. de Seicy : Avec une botte de puille.

(2) Id. : Si tost que le sommeil m'abat.

(3\ id. : Tant les galants m'ont fait du bruit.

f/A Id. : Chacun vouloil donner sa voix [Et tous opinoient à la

fois.

(5) Var. des quatre derniers vers du Rcc. de Sercy : Je vomis des flegmes tout verts [Je sens ma fressure opilée, [J'en ay la fourchette avalée [Et le triboulet à l'envers.

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