‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 59 sur 155 · LXX LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

LXX LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC

d'esprit, c'était une sorte d'escrime tout à fait dans ses moyens. Frapper rudement avec la plume ou avec l'épée, n'était-ce pas toujours frapper ? Il prend Mazarin pour cible et lance, au début de février 1649, sous ses initiales D. B. (de Bergerac) : Le Ministre d'Etat flambé (1). Le sujet qu'il développe en soixante-six stances de sept vers se résume en deux vers :

Et vous faites à rebours Le gaillard péché de luxure.

Ce chaste — malgré lui — suivant Le Bret, se complaît dans les développements obscènes ; sa verve égrillarde y est tout à fait à l'aise. 11 commence, afin que nul n'en ignore, à dire : C'est bien moi, Cyrano, l'auteur !

D'où diable me vient cette humeur ?

Mon âme n'est-elle point dupée ?

Moi qui ne suis qu'un escrimeur, Suis-je bien devenu rimeur ?

Ou ma verve est-elle occupée ?

Et faut-il dans cette rumeur, Joindre ainsi la plume à l'épée ?

Il diffame ensuite Mazarin avec un acharnement inouï:

Ha, ha, je vous tiens, Mazarin, Esprit malin de nostre France, Qui, pour obséder son destin, Faites le soir et le malin Main basse dessus sa pitance ; A ce coup vous serez bien fin Si vous évitez la potence

Vos malices ont eu leur cours Presque par toute la nature, Vous avez fait cent mauvais tours.

Vous avez joué tous les jours Et Créateur et créature.

Et vous avez fait à rebours Le gaillard péché de luxure.

(1) Pierre Brun refuse à Cyrano : Le Ministre d'Etat flambé, sous le prétexte que notre libcrlin ëtait « mazarin » ; l'argutncnt est sans valeur. Cyrano, au début de la Fronde, étant donné su n)enlalilé, ne pouvait être que Frondeur; plus tard, il s'est tourné vers le cardinal parce qu'il a cru y ti'ouver son compte.

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