LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC LXIX
par Alexandre de Bergerac (1), soit en tout, pour Savinien, six cent seize livres quinze sols quatre deniers. De son côté, son frère Abel avait reçu quatre cent soixante-six livres trois sols six deniers, dont nourriture : deux cent quarante-sept livres onze sols six deniers ; loyer : quinze livres ; chaussures et autre linge : vingt-cinq livres ; raccommodage et blanchissage : vingt-deux livres ; bottes neuves et éperons : quarante livres ; un mois de leçon d'écriture chez Barbedor, maître écrivain à Paris : quatre livres ; hardes prises pour lui prisées lors de la vente des meubles de Tinventaire : six livres dix sols, etc. De tels chiffres sont plus éloquents que de grandes phrases ; en face d'eux que reste-t-il du Cyrano de Le Bret (2), de P. Lacroix, de P. Brun ?
XI. — LA FRONDE. — CYRANO COMPOSE DES MAZARINADES : « LE MINISTRE D'ÉTAT FLAMBÉ », « LES LETTRES DE CONSOL.\TION A M"" DE ROHAN ET A M'"* DE CHASTILLON >> , « LE G.\ZETIER DÉSINTÉRESSÉ », « LA SYBILLE MODERNE », « LE CONSEILLER FIDÈLE », « LA REMONSTRANCE DES TROIS EST ATS » (février-mars 1649).
Cyrano de Bergerac parcourt avec curiosité les premières mazarinades ; ces petits pamphlets répondaient à son genre
(1) Voici en quels termes s'exprime le commissaire Le Musnier dans son rapport du 5 mars 1649 (à la suite du compte des dépenses personnelles de Cyrano) : « De la somme de deux cens livres payée à François Bignon, marchand bourgeois de Paris, qui s'estoil obligé pour ledit Savinien de Cyrano envers Elle Pingou Isicî, M° chirurgien à Paris, en une somme de IIIIc 1., laquelle ayant esté depuis reduitte à la dite somme de Ile livres, à condition de payer comptant et ledit Bignon s'y estant obligé par corps, ledit S' de Cyrano auroit tant prié le S' Desbois qu'encores qu'il n'eut lors aucuns deniers de ladite succession en main, il ne laissa pas de payer ladite somme de Ile livres, afBn que ledit Bignon ne reçeut aucun desplaisir de la part dudit Pingou comme le tout appert par l'extrait de ladite quittance, qui est sur la minute de ladite obligation passée devant Guenichot et Chapperon, le 1"" avril 1645, et ladite quittance du dernier mars 1648 passée devant lesdits notaires et cy rapportées. »
'^2) Il est vraiment touchant d'entendre Le Bret parler de la vie si frugale de son ami : « Enfin, lecteur, il passa toujours pour un homme d'esprit très rare ; à quoy la Nature joignit tant de bonheur du costé des sens, qu'il se les soumit toujours autant qu'il voulut : de sorte qu'il ne but du vin que rarement, à cause (disoit-il) que son excès abrutit, et qu'il falloit estre autant sur la précaution à son égard que de l'arsenic (c'estoit à quoy il le comparoit), parce qu'on doit tout appréhender de ce poison, quelque précaution qu'on y apjjorte ; quand mesme il n'y auroit à en craindre que ce que le vulgaire nomme qui pro quo, qui le rend toujours dangereux. Il n'estoit pas moins modéré dans son manger, dont il bannissoit les ragousts tant qu'il pouvoit, dans la croyance que le plus simple vivre, et le moins mixtionné, estoit le meilleur. Ce qu'il confirmoit par l'exemple des hommes modernes, qui vivent si peu ; au contraire de ceux des premiers siècles, qui semblent n'avoir vescu si longtemps, qu'à cause de la simplicité de leurs repas :
Quippe aliter tune orbe novo cœioque rccenti Vivebant homines... »