LXXII LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
Christianisme, qui perfectionne la Nature, ne s'est point encore advisé de la détruire...
» Outre que les lettres sainctes confondent bien souvent par un meslange très heureux l'affliction avec les visites de Dieu, un théologien n'a pas eu mauvaise grâce de dire que les vertus estoient semblables aux estoiles, après avoir fait voir le rapport qu'il y a de l'âme au ciel, de la foy à la Lune et de l'entendement au Soleil, pour ce que les vertus semblent tirer leur plus grand esclat de l'adversité, comme les estoiles ne brillent point d'avantage que quand la nuict est obscure. »
Est-il exact, comme il le dit, qu'il ait eu quelque part aux bonnes grâces de feu M. de Ghastillon ? C'est possible, mais nous n'avons aucune certitude à cet égard.
En moins de deux mois (février et mars), Cyrano descend encore quatre fois dans Farène pour combattre Mazarin.
A la tin de La Lettre de Consolation se lisait l'avis suivant :
« Amy lecteur. Je vous advertis qu'il y a une pièce qui s'appelle Le Gazettier des-interressé, qui sera une pièce de remarque pour le temps présent. »
Le Gazettier des-interressé (1), d'un style excellent, débute par cette belle déclaration de principe en avance de cent cinquante ans sur son époque :
« Ceux qui attaquent le cardinal Mazarin par sa naissance, et qui en
veulent faire son premier crime, ou qui s'imaginent que sa condition luy
deffendoit d'approcher de si près des degrez du Throsne, ne doivent pas
estre mis au rang des sages ; et j'ose dire que le feu mesme qui les échauffe,
les aveugle en cette rencontre. Nostre condition est une; il n'y a que la
iVertu qui nous distingue, et la Noblesse ne peut pas avoir tousjours esté
'vieille. Outre que ceux qui n'ont point receu de faveurs de la nature,
peuvent prétendre légitimement à celles de la fortune, il est certain que
[pieu relève la bassesse, et qu'il abaisse la grandeur quand il lui plaist,
I /comme dit Chilon, et comme l'Escriture nous l'enseigne, et que les roys
, qui en sont appeliez les vivantes et les plus parfaites images peuvent
■ l'imiter sans faillir, et faire quelque chose de rien, par une espèce de
création qui ne doit pas tenir lieu de miracle — C'est en cecy que la
volonté des roys peut estre et leur excuse et leur loy, qu'ils sont en droit
de tirer des hommes nés dans la fange et dans la poussière pour les
porter aux plus hautes charges, et que leur choix est bien souvent une
(1) Le Gazettier des-interessé. Paris. Jean Brunet, 16'à9, in-4° de 24 pp. chiffr. Il y u une Deuxiesme Suite du Gazetier des-inlcrressé, Paris, Vefve A. Musnier, 16^9, in-4* de 8 pp."; elle n'est pus de Cyrano.