‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 70 sur 155 · LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC LXXXI · texte numérisé non relu

LA. VIE DE CYRANO DE BERGERAC LXXXI

trait aucune entrave ; la censure n'existait plus, ou seulement pour la forme ; mais la médaille avait son revers : la clientèle ordinaire des libraires s'intéressait à la seule politique et ignorait les nouveautés littéraires. De bons esprits, d'ailleurs — ils étaient nombreux — estimaient qu'un jour ou l'autre, le calme renaissant, l'éponge ne serait peut-être pas passée sur les excès de langage dont la trace subsisterait. Une preuve que Cyrano était incomj)lètcment rassuré sur l'innocuité de L'Autre Monde, c'est la réserve qu'il semble s'être imposée vis-à-vis de Le Bret, Dassoucy, Chapelle et Tristan L'Hermite, à moins que ces derniers, effrayés, comme Royer, de sa témérité, aient décliné l'honneur de célébrer l'œuvre capitale de leur ami !

Cette déconvenue agite sa bile. Les couplets féroces de Blot (1), du chevalier de Rivière, vilipendant la reine, réclamant la tête du cardinal, se moquant de la Bible, du pape, de toutes les religions, se transmettaient de bouche en bouche ; les imiter n'était qu'un jeu pour Cyrano. Il ne s'est pas fait faute de fronder sous cette forme, mais où retrouver ses chansons libertines ? Elles existent, anonymes, dans les manuscrits de l'époque, sans que rien permette de les identifier, de les attribuer avec certitude. Voici, cependant, un coupiet signé dans le manuscrit Potocki :

La troupe des bons catholiques Va boire à ses chers hérétiques :

Sus, compagnons, prenons du vin ; Que nul plaisir ne nous eschappe !

Vous direz : «Foutre de Calvin. »

Et je dira)' : «Foutre du Pape. » (2)

Ses relations avec Dassoucy, dans les premiers mois de 1650, étaient encore excellentes ; il lui marquait quelque reconnaissance de l'avoir souvent hébergé en 1648 et durant une partie de 1649. Aussi a-t-il été l'un des premiers à connaître L'Oc/t/t' ère

(1) Les Chansons Libertines de Claude de Chouvigny, baron de Bloi-l'Eglise, précédées d'une notice biographique et suivies de couplets de ses amis : Le Grand Condé, Marigny, le chevalier de Rivière. Paris, 1919.

(2) Variante :

Le parly des bons catholiques Et jjour que personne n'échappe !

Boit à vous autres hérétiques : Vous direz : « Nargue de Calvin. »

Mes chers amis prenons du vin ; Et nous dirons : « Nargue du pape. »

(Ms. 126G6)

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