LXXX LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
croit de son devoir d'avertir Cyrano : « Sa fréquentation devient compromettante et, pour lui, il craindrait la compagnie des Séléniens autant qu'une affreuse mort » :
A l'auteur des Estais et Empires de la Lune ou de l'Autre Monde.
Accepte ces six mescfians vers
Que ma main t'escrit de travers
Tant en moy la frayeur abonde.
Et permets qu'aujourd'huy j'esvite ton abord,
Car autant qu'une affreuse mort Je crains les Gens de « l'Autre monde » (1).
Regrettant d'avoir été trop loin, Royer atténue son accès
de franchise dans le sonnet suivant :
Un Esprit qu'en son vol nul obstacle n'arreste. Descouvre un Autre Monde à nos ambitieux. Qui tous esgalement respirent sa conquesle , Comme un noble chemin pour arriver aux Cieux.
Mais ce n'est point pour eux que la Palme s'apreste. Si f estais du Conseil des Destins et des Dieux, Pour prix de ton audace on chargeroit ta teste Des couronnes des Boys qui captivent ces lieux.
Mais non ! Je m'en dédys, l'inconstante Fortune n Semble avoir trop d'empire en celuy de la Lune, I Son pouvoir n'y paroist que pour tout renverser.
Peut-estre verrois-tu dans ces demeures mornes
Dès le premier instant ton Estât s'éclipser.
Et du moins chaque mois, en rétrécir les bornes.
La sincérité de Jean.JRoyer explique pourquoi Cyrano n'a célébré ni La Victime d'Estat., ni Annibal., et aussi l'absence de l'auteur de ces deux tragédies pendant leur impression à Paris. Bien que leur achevé d'imprimer porte la date de fin septembre 1649, elles étaient condamnées à rester une année encore dans les magasins de l'éditeur.
Jamais la situation n'avait été en apparence })lus favorable à Cyrano pour son Autre Monde. L'anarchie battait son plein dans la capitale ; la liberté d'insulter, de diffamer ne rencon-
(1) Ce sixain figure en tète du Ms. de la Bibi. Nat.