‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 82 sur 155 · XCIV LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

XCIV LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC

enterré en l'églize dudit lieu, et que Abel de Cyrano, escuier, sieur de Mauvières, son frère, est son seul et unique héritier. Fait audit village de Santnois le susdit jour, trentiesme jour de juillet mil six cens cinquantecinq pour servir et valloir audit sieur de Mauvières ainsy que de raison. Signé : de Cyrano. »

Nous avons dit « son très petit héritage », parce que Abel avait dû, de ses propres deniers et pour éviter des poursuites judiciaires, désintéresser, l'année même qui précéda la mort de Cyrano, plusieurs créanciers récalcitrants de son frère !

Maintenant que nous connaissons la vie de Cyrano, faut-il accepter comme exact, sur son intellectualité, le témoignage d'un contemporain qui a vécu intimement avec lui pendant plusieurs années et qui a été souvent cité dans sa biographie : Ch. Goypeau Dassoucy ?

Nous laissons au lecteur le soin d'en juger, après avoit lu les « Œuvres » de Cyrano.

Aux yeux de Dassaucy, notre libertin est à classer, avec Chapelle, dans la catégorie des faux athées du xvii' siècle :

« Pour des faux athées, j'en peux discourir, parce que j'ay eu de longues habitudes avec eux, dont j'ay retiré d'autant plus d'utilité que j'ay eu plus de loisir d'observer leur vie, et d'envisager leur erreur. Ce sont des hommes fort débauchez et fort méchans, plongez dans toutes sortes d'ordures, et addonnez à toutes sortes de vices les plus abominables. Ce sont des Esprits adustes (1), des imaginations chaudes et fortes, mais vicieuses, esprits déliez, mais détraquez et tendans à la folie, gens de peu de capacité et raisonnant mal, non seulement de toutes les choses / célestes, mais de toutes les affaires du monde. Ceux-cy ont esté premièrement méchans, et puis Athées ; et voyant enfin que les outrages qu'ils ont faits à Dieu et à la Nature, sont montez à un tel excez, qu'ils ne peuvent rien espérer de sa miséricorde, et tout craindre de sa justice, ils se font de l'athéisme un rempart contre sa sévérité ; et comme un Gouverneur de place coupable de plusieurs crimes de lèze-Majesté se rebelle, et prend les armes contre son Roy, ils se rebellent contre leur Maistre, et prennent les armes contre Dieu, pour essayer de l'anéantir et le détruire, le renient, et font semblant de le méconnoistre et luy tournent le dos, pour ne point voir le visage de leur juge irrité ; et pour montrer que cela est véritable, c'est que, bien qu'ils fassent tout leur pouvoir pour l'oublier, ils n'en peuvent venir à bout. Ils ne parlent quasi jamais d'autre chose en compa-

(1) Brûlés.

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