DE CYRANO DE BERGERAC CV
(le Bergerac parmi les dix-neuf auteurs de premier ordre, en compagnie de Bigre, Boisrobert, Des Brosses, Claveret, Douville, Pierre Du Ryer, Gillet, Gombauld, Magnon, Maréchal, La Ménardière, Molière, Pichou, Rotrou, Scarron, de Scudéry, de La Serre et Tristan VHermite. Le grand Corneille et son frère, ainsi que Racine, figurent dans les neuf poètes de troisième ordre ! Voilà ufi classement que la postérité n'a pas encore ratifié !!
Malgré le silence de mort qui pèse sur Cyrano pendant les six dernières années du xvii® siècle, on constate les progrès^ de l'esprit philosophique, c'est-à-dire de l'esprit anti-chrétien, hostile à la tradition, dont il avait été l'initiateur; ils se manifestent par l'attention accordée aux élucubrations des Utopistes du xvii^ siècle, qu'on voit renaître de leurs cendres. Cyrano commence la série : deux éditions (une à Paris et une contrefaçon imprimée en province) en 1699, une autre en 1700, deux en 1709, une en 1710. Les Aventures de Jacques Sadeur, du cordelier défroqué Gabriel de Foigny, publiées à Genève en 1676, réimprimées à Paris en 1692 (avec des suppressions), vont l'être encore en 1705 ; L'Histoire des Sévarambes, du protestant Denis Voiras d'Alais (édition originale 1677-1679), est réimprimée en 1702 et 1716.
Dans l'intervalle, un admirateur de Cyrano met au jour, en 1704, dans le Recueil de plusieurs Sermons Récréatifs (Cologne), un Sermon burlesque de ce curé de Colignac, très malmené dans L'Histoire des Estats et Empires du Soleil, au moment où un fidèle de Dassoucy publie son œuvre posthume : Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioché, au bout du Pont-Neuf. La coïncidence serait curieuse, si le Sermon{i) appartenait à Cyrano.
Ce renouveau — il aurait pu réjouir Cyrano dans l'au-delà, s'il prenait encore souci de se survivre — ^ a malheureusement pour lui une contre-partie pénible. Sa propre famille perd pour la seconde fois ses titres de noblesse, et l'un de ses membres couvre de honte le nom de Cyrano. Son cousin Jérôme-Dominique, un des fils de Pierre II, seigneur de Cassan, dans la maison duquel il était mort, est condamné par défaut, le 13 novembre 1704, par les commissaires du roi chargés de la recherche
(1) Nous le publions à Y Appendice des Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, T. II.