‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 90 sur 155 · DE CYRANO DE BERGERAC CIII · texte numérisé non relu

DE CYRANO DE BERGERAC CIII

messieurs ! S'il faut vous en croire, Erasme a perdu son temps, avec ses adages, Baïf s'est mocqué du monde de faire des Mimes, le comte de Cramail est un mauvais plaisant avec sa Comédie des Proverbes, et Voiture, tout Voiture qu'il est, a de grands comptes à vous rendre de cent sortes de petits jeux qui sont si fréquens dans ses Lettres. Que deviendra celle du Valentin, puisque Valentin y a? K quelle sauce mangerons-nous ma Commère la Carpe, et que ferons-nous de Madame l'Abbessc *** et de son chat ? Non, non, continua-t-il, les proverbes ne sont pas si peu ^e chose que vous croyez ; et si je ne vous avois montré des lettres, qui me tombèrent autresfois entre les mains, je vous ferois bien changer de langage. Mais, à propos, il m'en souvient d'une qui commence ainsi...

» A peine eut-il achevé la première période, qu'Ogier l'arresta tout court, et, prenant la parole :

« — Je reconnois, dit-il, cette lettre ; c'est une réponse que me fit autresfois un grand ministre, qui, pour se délasser de la plus importante négociation de l'Europe, avoit choisi cette matière de divertissement ; et je puis dire, continua-t-il, que cet excellent homme, qui effaçoit les plus grands politiques de son temps, avoit encore l'avantage de surpasser les plus beaux esprits dans les exercices des belles-lettres, et de la galanterie. Il estoit un des héros de Voiture, dontwous venez de parler, et quiconque a lu l'éloge que j'ay mis à la teste de mes ouvrages, n'a pas besoin de chercher son nom. Mais ne vous y trompez, ajouta-t-il, s'addressant à Cyrano, ces Lettres ne se faisoient pas tout de bon; c'étoit une irrégularité affectée; et il en est à peu près de ce petit amuzement, comme des caprices de ces grands peintres, qui égayent leur imagination sur des grotesques après l'avoir fatiguée sur les grands desseins. J'apprends (car, heureusement pour moy, je ne vous ay jamais lu) que vous n'en avez pas uzé de la sorte ; les allusions et les équivoques ont toujours fait vôtre capital ; c'estoit vos favorites, et vos bien aymées, et vous avez cru qu'on ne pouvoit bien écrire sans elles.

» Cyrano voulut répliquer; mais Vaugelas et Malherbe luy arrachèrent ses Lettres, et prononcèrent leur jugement de condamnation. »

On ne peut être exécuté avec plus de bonne grâce !

L'appréciation de Gabriel Guéret rappelle à Charles de Sercy que son privilège général du 31 décembre 1661 approchait de son terme ; il cherche à en obtenir le renouvellement ; le roi le lui accorde pour sept années, à partir du 29 septembre 1671.

Il n'est guère question de Cyrano de 1672 à 1675, Boileau lui accorde à peine une simple mention assez équivoque, dans son Art Poétique (1674) :

ÇIV HISTOIRE POSTHUME

Tayme mieux Bergerac et sa burlesque audace Que ses vers où Motin se morfond et nous glace ..

Mais, en 1676 (1), Sercy se décide à imprimer une édition complète — la première à pagination suivie — des Œuvres de Cyrano, la dernière étant de 1662-1666. On peut donc affirmer, sans exagération, que ï Histoire Comique, non plus que les Lettres, n'attirait un grand nombre de lecteurs.

Ce n'est pas leur mévente qui a nui à la réputation dont Cyrano jouissait aux yeux de quelques lettrés. Le sieur Corbinelli ayant compilé des Extraits de tous les plus beaux endroits des ouvrages des plus célèbres auteurs de ce temps lui fait place dans le quatrième tome. La moisson est variée sans être abondante : quelques passages des Estais et Empires de la Lune et du Soleil, des Lettres, du Pédant Joué, etc. Si notre libertin voisine avec Balzac et Molière, il est aussi plus à sa place dans la compagnie de Costar, Scudéry, d'Urfé, Gombauld, etc.

Sommaville avait porté la guigne à Charles de Sercy. Le privilège de 1671 expire le 29 septembre 1678, sans que l'édition de 1676 ait été épuisée, et c'est seulement le 18 avril 1681 qu'il en obtient le renouvellement, — cette fois, pour vingt années. Sercy s'en sert modestement pour remettre en circulation, sous le couvert d'un nouveau titre à la date de 1681, les exemplaires restés en magasin de 1676.

En 1687, à Londres, A. Lowell apporte une nouvelle version du Voyage dans la Lune, et il traduit pour la première fois Les Estais et Empires du Soleil. Nous ignorons l'accueil fait à cette adaptation par nos voisins d'Outre-Manche ; elle ne paraît pas avoir été réimprimée.

Le sieur Phérotée de La Croix, maître de langues, de géographie et de mathématiques, qui avait publié, en 1675, L'Art de la Poésie Françoise... A Lyon, Chez Thomas Amaulry, mince volume de 6 fî. et 120 pp., en donne, en 1694, une nouvelle édition, revue et considérablement augmentée (2). Dans la Section III des Auteurs Anciens et Modernes avec leurs Ouvrages, celle qui concerne le théâtre français, il met Cyrano

(1) Si, toutefois, il n'y a pas de lacune dans notre Bibliographie des Œuvres de Cyrano. Nous n'avons pas rencontré d'édition des Œuvres Diverses sous la date de 1671.

(2) L'Art de la Poésie Françoise ci Latine, avec une Idée de la Musique sous une nouvelle Métliode... : En trois parties, l'ar le sieur de La Croix. A Lyon, chez Thomas Amaulry, rue Mercière, au Mercure Galant. M.DC.XCIV [ICOk).

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